En visite au Canada, le pape François reconnaît le «génocide» causé par les pensionnats autochtones

- Avec AFP

Le pape lors de son vol de retour après sa visite au Canada, le 29 juillet 2022.© Guglielmo MANGIAPANE Source: AFP
Le pape François a demandé pardon aux autochtones du Grand Nord en reconnaissant qu'ils avaient été victimes d'un «génocide».
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En visite dans le Grand Nord, le pape François s'est exprimé au sujet de la colonisation des Amériques, période pour laquelle il a reconnu un «génocide». Le souverain pontife a également évoqué un possible retrait en raison de son état de santé.

Le pape François a reconnu que le drame des pensionnats pour autochtones au Canada s'assimilait à un «génocide», au retour d'un voyage de six jours à l'issue duquel il a admis qu'il devrait se ménager ou se retirer.

Lors de ce «pèlerinage pénitentiel» qui a mené le souverain pontife de l'ouest du Canada, au Québec puis dans le Grand Nord, il a demandé pardon à plusieurs reprises aux Amérindiens canadiens pour ce système dans lequel au moins 6 000 enfants ont péri entre la fin du XIXe siècle et les années 1990.

«Je n'ai pas prononcé le mot [durant le voyage] parce que cela ne m'est pas venu à l'esprit, mais j'ai décrit le génocide. Et j'ai présenté mes excuses, demandé pardon pour ce processus qui est un génocide», a déclaré le pape lors d'une conférence de presse dans l'avion le ramenant à Rome dans la nuit du 29 au 30 juillet. «Enlever les enfants, changer la culture, changer la mentalité, changer les traditions, changer une race, disons le comme ça, toute une culture», a ajouté le souverain pontife en référence aux pensionnats pour enfants autochtones (Premières Nations, Métis et Inuits).

L'Argentin a encore exprimé ses regrets au nom de l'Eglise sur son compte Twitter : «L'Eglise au Canada été blessée par le mal perpétré par certains de ses enfants. Je voudrais demander à nouveau le pardon de toutes les victimes d'abus. La douleur et la honte que nous ressentons doivent devenir une occasion de conversion : plus jamais ça !»

Quelque 150 000 enfants auraient été enrôlés de force dans ces pensionnats. Nombre d'entre eux ont subi des abus physiques ou sexuels, et des milliers n'en sont jamais revenus, victimes de maladie, de malnutrition ou de négligence.

La renonciation évoquée par le Pape

Diminué par de vives douleurs au genou le contraignant à se déplacer en fauteuil roulant, le pape de 85 ans a aussi confié qu'il ne pourrait «plus voyager» au même rythme qu'auparavant, évoquant également la possibilité de se «mettre de côté». «Je ne crois pas que je puisse conserver le même rythme de voyage qu'auparavant. Je crois qu'à mon âge, et avec ces limites, je dois me ménager pour pouvoir servir l'Eglise, ou au contraire penser à la possibilité de me mettre de côté», à l'image de la renonciation historique de Benoît XVI en 2013.

«En toute honnêteté, ce n'est pas une catastrophe. On peut changer de pape. Ce n'est pas un problème. Mais je crois que je dois me limiter un peu, avec ces efforts», a-t-il ajouté, répétant que la porte restait «ouverte» pour une éventuelle renonciation. «Mais jusqu'à aujourd'hui je n’ai pas poussé cette porte», a-t-il expliqué, disant vouloir continuer à voyager.

Pour la dernière escale de son voyage, à Iqaluit, capitale du Nunavut dans le Grand Nord canadien, le pape avait été accueilli au son de chants de gorge inuits, au milieu des maisons colorées. Dans cette petite ville accessible uniquement en avion et où vivent un peu plus de 7 000 personnes, principalement des autochtones, le pape a de nouveau évoqué les «grandes souffrances» de ceux placés de force dans des pensionnats visant à «tuer l'indien dans le cœur de l'enfant».

«Les familles ont été désagrégées, les enfants emportés, loin de leur milieu ; l'hiver est descendu sur tout», a-t-il déploré devant la foule réunie entre l'école et le terrain de basket à quelques mètres des falaises et de la mer. Ils étaient nombreux à se tenir par la main ou à s'enlacer en l'écoutant parler. 

Les autochtones exigent plus que de simples excuses de la papauté

Tout au long du voyage, les autochtones ont parlé d'une «libération d'émotion» en entendant les paroles du chef spirituel des 1,3 milliard de catholiques. Mais comme à chacune de ses étapes de voyages, certains survivants ou leurs descendants sont venus rappeler qu'ils attendent davantage.

Certains ont demandé le retour des objets d'art autochtones conservés au Vatican depuis des décennies et l'ouverture des archives des pensionnats. Ils ont aussi réclamé à François d'abroger des décrets papaux à l'origine de la «doctrine de la découverte». Celle-ci fait référence aux édits papaux du XVe siècle qui autorisaient les puissances européennes à coloniser les terres et les peuples non chrétiens.

Les excuses du pape n'étaient pas complètes

Interrogé à ce sujet dans l'avion, François a  jugé «mauvaise» et «injuste» cette «doctrine de la colonisation». «Cette mentalité selon laquelle nous sommes supérieurs et les indigènes ne comptent pas est grave. Pour cela, nous devons travailler dans ce sens. Revenir en arrière et assainir tout ce qui a été mal fait, mais en ayant conscience qu'aujourd'hui aussi, il existe le même colonialisme», a-t-il répondu.

Pour certains comme Kilikvak Kabloona, présidente de l'organisation Nunavut Tunngavik qui représente les Inuits du Nunavut, «les excuses du pape n'étaient pas complètes» car il n'a pas directement évoqué les «abus sexuels» subis par les autochtones.

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