Condamné à 30 ans de réclusion criminelle, le djihadiste Tyler Vilus échappe à la perpétuité

- Avec AFP

Condamné à 30 ans de réclusion criminelle, le djihadiste Tyler Vilus échappe à la perpétuité© Benoit PEYRUCQ Source: AFP
Un dessin du djihadiste Tyler Vilus au tribunal, le 25 juin 2020.

Emir du groupe Etat islamique et figure de la galaxie terroriste française, Tyler Vilus a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour des crimes commis en Syrie de 2013 à 2015, une première. Le ministère public avait requis la perpétuité.

Le 3 juillet, la cour d’assises (spécialement composée) de Paris a déclaré le djihadiste Tyler Vilus coupable des trois infractions criminelles qui lui étaient reprochées, à savoir qu'il avait bien adhéré à une association de malfaiteurs terroriste en Syrie, dirigé un groupe terroriste et participé à la commission de deux meurtres.

Il a par conséquent été condamné à 30 ans de prison assortis d’une période de sûreté des deux tiers, mais évite la réclusion à perpétuité qui avait été requise contre lui par le ministère public. Le président a expliqué à Tyler Vilus que la cour avait décidé de ne pas prononcer de perpétuité, «ce qu'il était possible de faire», la justice l'ayant jugé coupable de toutes les infractions, y compris sa participation à l'exécution de deux prisonniers, mais qu'elle avait voulu lui «laisser une lueur d'espoir» pour qu'il puisse «évoluer».

Estimant que l'attitude de l'accusé n'avait guère été encourageante, le président Laurent Raviot a toutefois souligné qu'il avait reconnu un élément très important, finissant par avouer son intention de «mourir les armes à la main» lorsqu'il avait quitté la Syrie au cours de l'été 2015. Saluant le début d'un cheminement, le magistrat a appelé le djihadiste à bien réaliser la façon différente «dont la justice est rendue dans une République comme la nôtre et la manière dont la justice a été rendue à Shaddadi en avril 2015».

Exécution filmée

C'est dans cette ville de l'Est de la Syrie que Tyler Vilus, devenu policier de l'EI, avait participé à l'exécution filmée de deux prisonniers d'une balle dans la tête. Visage découvert, équipé d'un talkie-walkie et d'un pistolet automatique, Tyler Vilus se tenait alors debout, à 2 mètres des bourreaux.

Il a été jugé coupable de ce crime, qu'il n'a jamais reconnu, affirmant à l'audience qu'il se trouvait là un peu par hasard «à la sortie de la mosquée». Pour l'accusation, Tyler Vilus ne faisait qu'exercer là sa fonction de policier : «Il fait partie de l'unité chargée d'infliger les châtiments, il est parfaitement logique qu'il soit sur une scène d'exécution.»

Toutes les étapes du parcours de l'accusé sont imbriquées dans celles de la construction du califat

Dans ce dossier hors norme, si la cour a refusé de fermer la porte à tout espoir de rédemption, elle a suivi point par point le raisonnement de l'avocat général Guillaume Michelin, reconnaissant l'émir de l'EI coupable d'association de malfaiteurs terroriste, d'avoir dirigé un groupe de combattants, et aussi de «meurtre en bande organisée» en lien avec une entreprise terroriste.

Félicité pour son efficacité meurtrière

Tyler Vilus a été l'un des premiers de sa génération à gagner la Syrie, dès la fin 2012, et l'un des rares individus encore vivants à en être revenu. «Toutes les étapes du parcours de l'accusé sont imbriquées dans celles de la construction du califat», avait assené le représentant du parquet général au cours du procès. 

«Ouvrir le dossier Vilus, c'est ouvrir le bottin des personnalités djihadistes francophones. Il les connaît presque toutes», avait-il ajouté avant d'énumérer les noms de son «frère» Rached Riahi, membre de la filière de Cannes-Torcy, du Belge Mehdi Nemmouche et, surtout, de l'équipe des attentats du 13 novembre 2015.

Installé dans la région d'Alep (Nord-Ouest) en mars 2013, Tyler Vilus avait annoncé dès l'été sa promotion à sa mère Christine Rivière, elle-même condamnée à 10 ans pour trois séjours en Syrie auprès de son fils : «En plus d'être flic, je suis devenu émir d'un groupe de Français.»

Pour l'avocat général, il est «un chef de guerre» : posté à Hraytan, dans la périphérie d'Alep, il a été à la tête d'un groupe de combattants francophones au cours «d'opérations de nettoyage», il a été «félicité pour son efficacité meurtrière». A partir de 2014, il s'était établi comme «policier islamique» à Shaddadi, où s'est déroulée la terrible scène d'exécution filmée par l'EI.

Si aucune preuve n'a permis de le rattacher aux attentats du 13-Novembre, l'avocat général a estimé qu'il était revenu en France pour «frapper», comme il l'a dit à Abdelhamid Abaaoud, le coordonnateur des attentats parisiens, après son arrestation en Turquie le 2 juillet 2015.

Ayant gardé son téléphone quelques jours, il avait écrit : «sa change rien.quand je sort jagis». Il affirmera qu'il cherchait à amadouer l'EI pour gagner la Mauritanie via Prague.

Un scénario contredit par ses propres déclarations à la cour, où il a reconnu avoir alors toujours le projet de «mourir les armes à la main». Ce sont ces mots-là, arrachés en fin de procès, qui lui valent d'échapper à la peine maximale.

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