Crise des migrants : Londres et Paris affichent leur fermeté à l'égard des migrants économiques

Source: Reuters

Les ministres de l'Intérieur français et britannique ont tenu un point-presse commun pour rendre public leur plan de «coopération» . Plus de policiers, de caméras, de contrôles, mais surtout plus de centres en Afrique pour contenir les populations.

«Entre 60 et 65% de ceux qui franchissent les frontières de l'Union européenne sont des migrants économiques irréguliers qui ne relèvent pas du statut de réfugié en Europe» a assèné le ministre de l'Intérieur français avant de poursuivre «et c'est pour cela qu'il serait très important de pouvoir organiser, avec le soutien des pays de la bande sahélo-saharienne, des centres de maintien de ces populations, notamment au Niger».

Plaidant pour que l'Union européenne mette la main à la poche «avant la fin de l'année au plus tard», Bernard Cazeneuve est également revenu sur l'une de ses marottes: la création de «hot-spot» sur les côtes grecque et italienne afin d'enregistrer et donc de trier les migrants dès leur arrivée en Europe. Une politique de fermeté, affichée à l'égard de ceux qui prennent la route de l'exil pour des raisons économiques, que semble pleinement partager la secrétaire du Home Office. «La majorité des migrants sont des réfugiés économiques, nous devons donc nous assurer que ce flux tarisse» a ainsi renchéri Theresa May.

Des remerciements pour oublier les malentendus ?

Des dossiers cruciaux que Bernard Cazeneuve a bien l'intention de plaider cette après-midi auprès de son homologue allemand, Thomas de Maizières. «Nous avons tout analysé, tout organisé, il est temps que l'action soit désormais notre moteur» a asséné en substance le ministre de l'Intérieur français, bien décidé à faire rapidement bouger les lignes à Bruxelles, fort de ses appuis à Londres et Berlin.

Mais cette conférence de presse conjointe aura aussi été l'occasion de voir la France et le Royaume-Uni se réconcilier après les brouilles de l'été. En effet, alors que 2000 migrants prenaient d'assaut chaque nuit les navettes de l'Eurotunnel pour tenter de rallier l'Angleterre, Paris et Londres se renvoyaient la balle mutuellement avec humeur.

Certains députés britanniques, apeurés par cette «nuée de migrants» selon les propres mots de David Cameron, voulaient envoyer l'armée à Calais, les Français de leur côté répliquaient vertement en promettant de leur côté de «laisser filer les migrants» sur Londres.

Aussi l'heure était aujourd'hui à l'apaisement -les deux ministres se sont longuement félicités- à l'auto-satisfaction et enfin aux projets communs.

S'adressant particulièrement aux médias français (et un peu aussi à son homologue britannique), Bernard Cazeneuve a tenu à souligner le travail effectué par les forces de l'ordre pour «sauver des vies et arrêter des criminels». 1300 policiers et gendarmes sur site, 19 filières de passeurs démantelées, 514 trafiquants arrêtés, 1000 reconduites à la frontière effectuées, a ainsi égrené le ministre, certain jure-t-il que cette «fermeté comme vecteur de notre politique commune» sera à terme payante.

Source: Reuters

Les deux ministres ont ensuite détaillé les mesures contenues dans l'accord signé le matin même, et qui avaient déjà largement fuitées dans la presse.

Mesures conjointes envisagées par la France et le Royaume-Uni pour Calais

C'est donc une envoloppe «de 35 millions d'euros» qui a été mise sur la table par le Royaume-Uni selon Bernard Cazeneuve, dont une (infime?) partie sera néanmoins consacrée à l'humanitaire, le sort «des migrants les plus vulnérables qui sont aussi des victimes» ayant en effet été brièvement évoqué par la secrétaire du Home Office, qui a promis de soutenir des associations oeuvrant sur place.

Si l'ONU par la voix de son Haut-Commissaire aux réfugiés a salué ce vaste plan de coopération franco-britannique «en particulier les mesures de protection et humanitaires annoncées, qui reconnaissent à la fois l'importance de la lutte contre le trafic d'êtres humains et contre l'exploitation d'individus vulnérables», pour les associations en revanche, le compte n'y est toujours pas !

« [Ces mesures] renforcent l’aspect sécuritaire et le Calais cul-de-sac, migratoire, des politiques européennes va continuer» a taclé Pierre Henry, directeur général de France Terre d'Asile sur France Info alors que Bernard Cazeneuve et Theresa May n'avaient pas encore éteint leurs micros.

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