Avant Le Pen père et fille, ces guerres familiales qui ont marqué la vie politique française

Entre Jean-Marie Le Pen et sa fille, la fracture est profonde. Mais ce n'est pas la première au sein d'un parti politique en France. Source: Reuters
Entre Jean-Marie Le Pen et sa fille, la fracture est profonde. Mais ce n'est pas la première au sein d'un parti politique en France.

Si la guerre au FN concerne un père et sa fille, ce n'est pas la première fois qu'un parti politique français est confronté à une guerre interne.

Jean-Marie Le Pen est convoqué demain, jeudi 20 août, devant le bureau politique du Front national. Le père de Marine Le Pen pourrait être exclu du parti qu'il a créé en 1972. Sa fille souhaite en effet l'exclure du Front national depuis ses déclarations controversées sur Pétain et les chambres à gaz, qu'il continue à qualifier de «détail» de la seconde guerre mondiale.

Une exclusion que Jean-Marie Le Pen a fait annuler par la justice, avant de répudier sa fille en direct sur Europe 1 : «C'est une félonie, j'ai honte que la présidente du FN porte mon nom et je souhaite qu'elle le perde le plus vite possible», avait-il ainsi lancé. «Je ne souhaite pas qu'elle fasse campagne sur mon nom. Je ne reconnais pas de lien avec quelqu'un qui me trahit de manière aussi scandaleuse.»

Après des actions en justice, des déclarations de part et d'autre, une consultation des militants, l'avenir du patriarche de la famille Le Pen devrait être décidé, ce jeudi. Mais la guerre ne sera peut-être pas pour autant terminée.

Surtout, si celle-ci est différente car elle se joue dans le cercle familial, ce n'est pas la première fois qu'une «famille politique» est déchirée par un conflit de personnes. Retour sur ces «guerres» intestines au sein des partis politiques français avec trois exemple qui ont marqué la vie politique.

Chirac et Balladur, l’affrontement pour le leadership à droite

En 1995, la droite française se déchire entre deux hommes. D'un côté, un ancien premier ministre, et maire de Paris : Jacques Chirac. De l'autre, le premier ministre de François Mitterrand, Édouard Balladur.

Membres de la même famille politique, le RPR, les deux hommes entrent en concurrence quand Édouard Balladur, grisé par des sondages avantageux, décide de se lancer à la course à l’Élysée. Le ticket était pourtant promis à Jacques Chirac qui devait faire d’Édouard Balladur son premier ministre. Mais en septembre 1993, ce dernier lâche : «Jacques… Ne vous y trompez pas. Je ne serai jamais votre Premier ministre».

La guerre est ouverte et Balladur est donné favori dans les sondages. Mais au prix d'une campagne de qualité, Jacques Chirac, pas avare en phrases chocs (la fameuse : «Ce type, c'est quand même un remède contre l'amour, non ?» à propos de Balladur...) va faire son retard.

Et si aucun des deux ne lâche prise, qu'ils sont tous les deux candidats, c'est bien Jacques Chirac qui sera élu président de la République.

Villepin et Sarkozy, les héritiers

Près de 10 ans plus tard, une nouvelle guerre fratricide divise la droite française. Tels des héritiers de Chirac et de Balladur, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac, et Dominique de Villepin, Premier ministre, entrent en guerre pour le leadership de la droite. Leur opposition, qui remonte à 1995 - Sarkozy soutenant alors Balladur, et Villepin Chirac – va prendre une nouvelle tournure en 2005, lorsque Dominique de Villepin devient le «patron» de Sarkozy en devenant Premier ministre.

Les deux hommes vont s'opposer sévèrement. Politiquement d'abord, sur le CPE, Nicolas Sarkozy lançant un jour à son Premier ministre, alors que les étudiants sont dans la rue, «Dominique, faut arrêter les conneries! Je ne vous laisserai pas tuer mes chances de gagner la présidentielle!».

La rivalité prendra un tour plus personnel avec l'affaire Clearstream, du nom de cette banque Luxembourgeoise. Dominique de Villepin sera ainsi accusé d'avoir falsifié des listings de la société luxembourgeoise afin de compromettre les chances de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle. Sarkozy promettra alors de pendre Dominique de Villepin «à un croc de boucher».

Finalement relaxé par la justice, Dominique de Villepin dénoncera «l'acharnement de Sarkozy», avant de qualifié ce dernier, alors Président de la République de «problème de la France». Les deux affirment aujourd'hui être réconciliés. Un promesse qui n'engage qu'eux.

Mais le conflit n'est pas forcément terminé au sein de la droite française. Celui entre Juppé et Sarkozy qui s'annonce, n'est finalement que l'héritage de tout ceux là.

Mitterrand – Rocard, la haine d'un Président pour son Premier ministre

Le Parti socialiste aussi a connu sa guerre fratricide. Unis pendant près de 30 ans par une haine mutuelle, François Mitterrand et Michel Rocard ne cesseront de s'opposer, entre coups bas, humiliations publiques et vengeances. «Quel incompétent», disait par exemple Rocard de Mitterrand. «Quelle inculture», répondait celui qui aura dirigé la France pendant 14 ans.

Déjà opposés depuis de longues années, la lutte entre les deux hommes prend son envol lorsque Michel Rocard annonce sa volonté d'être le candidat du Parti socialiste à l'élection présidentielle de 1981. Il sera laminé par François Mitterrand, malgré des sondages à son avantage pendant longtemps, et ne se présentera finalement pas.

Finalement, après plusieurs années de guerre ouverte, François Mitterrand surprendra tout le monde en faisant de son principal opposant son Premier ministre. Avec pour objectif d'affaiblir ce dernier. Sans succès, car Rocard continuera de jouir d'une importante popularité.

Une quasi «cohabitation» s'installe alors entre deux hommes de la même famille politique. Mitterrand y mettra fin quelques mois plus tard en congédiant son Premier ministre. « Rocard, c’est zéro, double zéro !» lâchera-t-il à Fabius au moment de nommer Edith Cresson à Matignon, en remplacement de Michel Rocard. «Il n’a rien fait en trois ans ! » « En 1991, il me hait, je le sais. Moi, je le méprise », écrira même Michel Rocard dans son autobiographie. En 1994, Mitterrand assènera le coup de grâce à Michel Rocard en soutenant Bernard Tapie aux élections européennes face à son ancien premier ministre.

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