France

Couverture médiatique des Gilets Jaunes : le CSA réunit les chaînes d'information, dont RT France

Dans un contexte de défiance des manifestants envers les médias traditionnels, l'autorité française de régulation se penche sur le traitement médiatique de la mobilisation. Le CSA souhaite s'entretenir avec les patrons des différentes chaînes.

Le 8 janvier, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a invité RT France et les autres chaînes d'information à une «discussion générale», organisée le 10 janvier à l'initiative de l'autorité de régulation, afin d'évoquer la couverture du mouvement des Gilets jaunes par les médias. Le CSA, qui n'a pour l'heure relevé «aucun problème majeur» dans le traitement médiatique du mouvement selon Le Figaro, affirme vouloir «mener une réflexion collective» afin de mieux comprendre le positionnement choisi par les diverses chaînes et les difficultés rencontrées par celles-ci.

Le même jour, le président de la République Emmanuel Macron s'est entretenu avec Olivier Schrameck, président du CSA. L'autorité française de régulation de l'audiovisuel s'était réunie la veille pour aborder le traitement médiatique des manifestations et des incidents qui se sont produits dans le cadre des différents actes de la mobilisation, qui secoue la France depuis plusieurs semaines.

La couverture médiatique des Gilets jaunes en question

Alors que les Gilets jaunes ont régulièrement protesté (le plus souvent de manière pacifique, malgré des cas isolés d'agressions de journalistes) contre la couverture du mouvement par les médias traditionnels, pourquoi le traitement de ce mouvement singulier attire-t-il l'attention de cette autorité administrative et de certains responsables politiques ?

Pour Jean-Gabriel Ganascia, professeur d'informatique et président du comité d'éthique du CNRS invité du journal télévisé de RT France, il faut souligner l'impossibilité de contrôler la diffusion de l'information, dans une époque caractérisée par les nouvelles technologies. «Avec un téléphone portable, n'importe qui est capable de prendre de l'information et de la diffuser sans aucun contrôle», remarque-t-il, ajoutant que cela permet d'un côté à des individus victimes d'abus de le faire savoir à l'ensemble de la population, mais aussi que cela peut générer de la confusion et la diffusion d'informations non vérifiées. «C'est une équation extrêmement difficile à laquelle se retrouvent confrontés tous les médias», conclut le spécialiste.

Emmanuelle Gave, avocate au barreau de Paris, estime elle que «la vraie question qui se pose, c'est celle des libertés publiques».

La couverture médiatique des rassemblements, et des épisodes de violences qui ont émaillé certains d'entre eux, n'intéresse pas seulement le CSA, mais également certains membres du gouvernement.

Marlène Schiappa veut signaler RT France auprès du CSA

Dans un entretien au Point mis en ligne le 6 janvier, Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, affirmait ainsi qu'elle entendait saisir le CSA au sujet d'une séquence ayant été diffusée en direct sur la chaîne RT France.

Dans la séquence en question, diffusée lors du direct de la chaîne RT France le 22 décembre dernier, on voyait une reporter de notre chaîne, couvrant l'acte 6 de la mobilisation des Gilets jaunes à Paris, tendre le micro, dans la rue, à une femme portant un gilet jaune, au milieu d'un groupe de manifestants. A l'issue d'une série de questions, notre journaliste lui demande : «Qu'est-ce qui aujourd'hui pourrait vous faire enlever ce gilet jaune ?» La manifestante répond : «Que Macron il dégage, parce qu'il commence à nous prendre la tête, il écoute personne, il pense qu'à son petit confort, à sa petite Brigitte ; mais nous on veut voir Brigitte à poil sur un tas de palettes, voilà !» 

Cette séquence précise n'a pas été isolée et partagée sur les réseaux sociaux par RT France, et n'a pas été rediffusée sur notre chaîne. Elle a en revanche été isolée et relayée par un compte YouTube intitulé «The Boss». Quant aux propos tenus, ils n'engagent que la personne interrogée.

En tout état de cause, conformément à la convention signée avec le CSA, «RT France défend le respect des droits des femmes et leur dignité et n’encourage en aucun cas les comportements discriminatoires ou violents en raison du sexe, de la race, de la religion, de la nationalité ou de l’orientation sexuelle», rappelle Lorenzo Ricci, responsable Communication de RT France. «Près de la moitié des employés de RT France sont des femmes et la parité est une préoccupation majeure de notre média, dont je rappelle qu'il est dirigé par Madame Xenia Fedorova. Nous rejetons avec force toute accusation de misogynie qui pourrait être faite à notre encontre», ajoute-t-il.

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