France

«On a essayé de me tuer» : dans l’œil du cyclone, Benalla livre au Monde sa version des faits

En parallèle des auditions des personnages clefs de l'affaire Benalla, celui-ci s'est confié au journal Le Monde. L'ancien chargé de mission auprès d'Emmanuel Macron y évoque notamment un environnement professionnel marqué par certaines frictions.

Au beau milieu des témoignages recueillis par les commissions d'enquête parlementaires dans le cadre de l'affaire Benalla, le quotidien Le Monde a publié sur son site le verbatim de son entretien avec celui qui fut «chargé de mission auprès du chef de cabinet du président de la République» avant que sa procédure de licenciement ne soit entamée le 20 juillet 2018 par l'Elysée.

On a essayé de m’atteindre, de me tuer

Si Alexandre Benalla reconnaît avoir commis une faute, il considère qu'elle est avant tout «politique» et estime être au cœur d'un règlement de compte, allant jusqu'à affirmer : «On a essayé de m’atteindre, de me tuer, et c’était l’opportunité aussi d’atteindre le président de la République.»

Au cours de cet entretien qui s'est déroulé en présence du «communicant» Marc Francelet et de la «proche du couple Macron» Michèle Marchand, Alexandre Benalla revient, entre autres, sur un environnement professionnel tendu et sur sa version des faits.

Un environnement professionnel marqué par des frictions

Le jeune homme de 26 ans annonce la couleur : «Ma nomination à ce poste, ça a fait chier beaucoup de gens. Je suis l’extraterrestre de la bande !»

On fait le sale boulot

Alors qu'il décrit les inimitiés qui se sont développées au sein de son milieu professionnel, notamment avec le groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), Alexandre Benalla évoque «des frictions, sous la forme de non-dits» : «On fait le sale boulot. Et on s’expose forcément. Et quand on s’expose face à ce type de personnes, ils vous disent "oui" avec un sourire, mais ils n’oublient pas… Je ne fais pas partie du club.»

Interrogé sur sa volonté de réorganiser le service de protection d'Emmanuel Macron, il confie : «On avait bien avancé, mais on avait en face un ministère de l’Intérieur qui refusait de participer à l’élaboration de cela», un sujet qui l'encourage par ailleurs à exprimer son attitude vis-à-vis du service de la protection (SDLP) : «Ils nous appellent dix fois par jour pour être dans l’avion avec le président. Ils n’ont qu’un pouvoir de nuisance qu’ils savent mettre en œuvre si vous ne leur donnez pas ce qu’ils veulent.»

Ne niant pas être au cœur de règlements de comptes internes à la police, Alexandre Benalla est catégorique : «Il y avait en premier une volonté d’atteindre le président de la République, c’est sûr et certain», poursuivant : «Il y a énormément de gens qui se frottent les mains en se disant "ça y est, on s’est débarrassé de lui, il ne va plus nous emmerder, c’est fini".»

S'il s'estime être le maillon faible de l'histoire, l'ancien chargé de mission auprès d'Emmanuel Macron pense que «des gens qui travaillent autour [de Gérard Collomb] auraient pu vouloir [sortir cette information]».

Les syndicats de police ne disent que des conneries

Vivement critiqué par les syndicats de policiers, Alexandre Benalla a affirmé de façon on ne peut plus directe : «Les syndicats de police ne disent que des conneries».

A l'image de ces tensions entre la police et le jeune homme de 26 ans, celui-ci n'hésite d'ailleurs pas à commenter les récents propos tenus lors de son audition par Alain Gibelin, directeur de l’ordre public de la préfecture de police de Paris : «Il dit qu’il n’a appris que le 2 mai que j’étais présent à la manifestation la veille. Ce n’est pas vrai. On a déjeuné quelques jours avant [...] il m’a demandé si je venais toujours le 1er mai et si j’avais reçu l’équipement que je devais recevoir.»

Un 1er mai, place la Contrescarpe : la version Benalla

Je ne demande pas à être observateur. Je suis invité à être sur place par Laurent Simonin

L'ancien chargé de mission auprès du cabinet d'Emmanuel Macron décrit ainsi les raisons de sa présence lors de l'intervention policière du 1er mai : «Je ne demande pas à être observateur. Je suis invité à être sur place par Laurent Simonin, chef d’état-major à la Préfecture de police.»

On me procure ensuite des rangers et une radio [...] Je suis surpris.

Jugeant que la préparation et l’encadrement de cette mission d’observation «n'a pas été au niveau», Alexandre Benalla affirme par ailleurs avoir été approché deux jours avant la manifestation : «L’officier de liaison de l’Elysee vient deux jours avant la manifestation avec un sac qu’il me remet [...] On me procure ensuite des rangers et une radio. Je n’y connais rien, déjà je suis surpris.»

C’est des débiles, les mecs en face, lui y compris

Quant au déroulement des faits et à la raison de ses actes sur place, Alexandre Benalla décrit un cadre de «guérilla urbaine, des gens masqués, avec des bras d’honneur» : «A un moment, je vois ce couple qui s’enlaçait tendrement au milieu de la place cinq minutes avant. Ils avaient insulté avant [...] la fille jette une chaise, son copain se met au milieu de la place, il jette une bouteille qui arrive sur la tête d’un CRS [...] elle est hystérique et lui aussi.» Interrogé sur la violence de l'intervention, Alexandre Benalla souhaite nuancer : «Il n’y a aucun coup [...] C’est des débiles, les mecs en face, lui y compris», poursuivant : «C’est exactement le même geste que j’ai fait à Emmanuel Macron quand il a pris un œuf au Salon de l’agriculture : il n’a pas déposé plainte pour violence et il n’a eu mal au cou plus que ça le lendemain !»

Si je n’étais pas collaborateur de l’Elysée, je referais la même chose.

Si Alexandre Benalla affirme avoir le sentiment «d’avoir fait une grosse bêtise», il explique toutefois : «Si je n’étais pas collaborateur de l’Elysée, je referais la même chose.»

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