France

Médine au Bataclan : Le Pen, Ménard et des élus LR s'insurgent contre la programmation du rappeur

La programmation au Bataclan de deux dates de concert du rappeur Médine a suscité de vives réactions. Affichant leur indignation, des personnalités politiques de droite et du RN sont montées au créneau pour réclamer l'annulation de ces spectacles.

Près de trois mois avant la date des concerts de Médine au Bataclan, la programmation fait d'ores et déjà couler beaucoup d'encre. Si l'événement est largement commenté sur les réseaux sociaux, il l'est également au sein de la classe politique, des élus de droite et souverainistes dénonçant l'invitation d'un rappeur aux textes provocateurs à se produire dans une salle de spectacle frappée par les attentats sanglants de novembre 2015. D'autres personnalités, néanmoins, ont tenu à apporter leur soutien à Médine.

Colère chez LR, RN et les Patriotes

La dirigeante du Rassemblement national (RN, ex-Front national), Marine Le Pen, s'est indignée que le rappeur puisse «déverser ses saloperies sur le lieu même du carnage du Bataclan», accusant indirectement le rappeur de «complaisance», voire d’«incitation» au «fondamentalisme islamiste».

De même Robert Ménard, maire de Béziers élu avec le soutien du Front national, a dénoncé une «provocation inadmissible», déplorant que «les familles des victimes ne so[ie]nt pas respectées».

Chez Les Républicains (LR) aussi, la programmation de Médine au Bataclan a du mal à passer. Parmi les élus du parti de droite, la députée Valérie Boyer s'est ouvertement interrogée, sur Twitter, concernant la pertinence de ces concerts.

Chez LR également, le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, et le maire de Meaux, Jean-François Copé, dénoncent une programmation «insupportable».

Enfin, chez les Patriotes (le parti créé par Florian Philippot après son départ du Front national), l'eurodéputée Sophie Montel considère qu'il s'agit d'une «provocation honteuse qui salirait la mémoire des victimes» des attentats du Bataclan.

Des personnalités à la rescousse du rappeur

Néanmoins, certaines personnalités ont tenu à apporter leur soutien au rappeur source de polémique. L'humoriste Yassine Belattar, nommé par Emmanuel Macron au Conseil présidentiel des villes, s'est inquiété d'une potentielle annulation de la programmation. Il a souhaité rappeler que selon lui, «faire le Bataclan, c'est banaliser cette salle et la faire vivre, sinon elle disparaîtra».

Pour l'ex-directeur du CCIF (collectif contre l'islamophobie en France), Marwan Muhammad, «les racistes tentent de monter un buzz contre [Médine]».

Semblant également soutenir la liberté de Médine de se produire au Bataclan, l'humoriste Waly Dia a, quant à lui, établi un parallèle entre cette polémique et celles ayant concerné les chanteurs Black M et Mennel Ibtissem : «Black M, Mennel et Medine ils vont nous sortir un single commun, ça va s'appeler "Coucou Les Fachos". Et plus rien ne sera jamais pareil après ça.»

La polémique ne date pas d'hier

Si la programmation du rappeur Médine enflamme les réseaux sociaux depuis plusieurs jours, elle avait pourtant été officialisée depuis près de trois mois. En effet, le 19 mars dernier, le label du rappeur Médine annonçait sur Twitter que son artiste se produirait le 20 octobre 2018 dans la salle parisienne.

Un mois plus tard, alors que la première date affichait complet, le rappeur du Havre offrait la possibilité aux fans retardataires de prendre leurs places à l'occasion d'une deuxième programmation prévue pour le 19 octobre 2018.

Quant aux textes provocateurs de Médine dénoncés par ses détracteurs, il s'agit notamment de ceux de sa chanson Don't laïk, dont le clip a été diffusé en 2015 : «Crucifions les laïcards comme à Golgotha», «si j'applique la Charia les voleurs pourront plus faire de main courante», «Marianne est une femen tatouée "Fuck God" sur les mamelles» ou encore «J'mets des fatwas sur la tête des cons».

Face aux critiques, le rappeur, qui assume une ligne provocatrice en tant qu'artiste, a toutefois déjà reconnu avoir eu «la sensation d’être allé trop loin». Dans une interview accordée aux Inrocks en mars 2017, il déclarait ainsi : «La provocation n’a d’utilité que quand elle suscite un débat, pas quand elle déclenche un rideau de fer. Avec Don’t laïk, c’était inaudible et le clip a accentué la polémique. J’ai eu la sensation d’être allé trop loin.»

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