L'ex-avocate des cheminots marocains de la SNCF accusée de retenir l'argent gagné

- Avec AFP

L'ex-avocate des cheminots marocains de la SNCF accusée de retenir l'argent gagné© STEPHANE DE SAKUTIN Source: AFP
Clélie de Lesquen-Jonas, félicitée par les plaignants le 31 janvier
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22 retraités d'origine nord-africaine qui ont fait condamner la SNCF à hauteur de 170 millions d'euros, attaquent leur ex-avocate pour «abus de confiance». Cette dernière, qui nie les accusations, aurait perçu sept millions d'euros.

L'histoire de 848 ex-salariés de la SNCF, principalement marocains, avait connu un dénouement heureux le 31 janvier, la cour d'appel de Paris leur ayant donné gain de cause en condamnant l'entreprise publique à leur verser plus de 170 millions d'euros de dommages et intérêts. Après la décision, qui mettait un terme à plus de 12 ans de procédure, certains chibanis («cheveux blancs» en arabe, recrutés directement au Maroc dans les années 1970) avaient porté en triomphe leur avocate, Clélie de Lesquen-Jonas.

L'avocate est aujourd'hui accusée par 22 d'entre eux d'«abus de confiance», selon une plainte consultée le 2 juin par l'AFP et révélée par Mediapart.

Selon les plaignants, leurs indemnités ont été versées sur le compte professionnel de leur avocate Clélie de Lesquen-Jonas, qui aurait refusé «d'adresser à ses clients les fonds leur revenant», conditionnant leur versement «à la signature d'une convention comportant un honoraire de résultat de 5%». La plainte a été enregistrée par le parquet de Paris le 7 mai.

Or, toujours selon la plainte, l'avocate avait déjà «facturé forfaitairement son intervention», à hauteur de 6 000 euros devant le conseil de prud'hommes et de 30 000 euros devant la cour d'appel. Ces sommes auraient été acquittées, selon le document.

Contactée par l'AFP, l'avocate a dénoncé une «fake news» et prévenu qu'elle lancerait «probablement une action en diffamation».

«Je n'ai jamais conditionné la remise des fonds à la signature d'une convention», s'est défendue Clélie de Lesquen-Jonas, qui a fait valoir que le «processus de règlement est forcément long quand vous avez 850 clients». Elle a ajouté que les sommes dues aux plaignants ont été réglées le 1er juin, en y retranchant néanmoins «la note d'honoraires qui fait l'objet aujourd'hui d'un contentieux» dont est saisi le bâtonnier. Selon les chiffres avancés par Mediapart, elle aurait ainsi déjà perçu 7 millions d'euros.

Selon la plainte, les plaignants doivent, chacun, toucher des sommes allant de 17 000 à 287 000 euros. 

Le confrère de l'avocate, Maxime Cessieux, qui représente les 22 chibanis, a par ailleurs fait savoir qu'une «plainte complémentaire [allait] être déposée la semaine prochaine», avec de nouveaux plaignants.

L'avocate dénonce une manipulation

L'avocate mise en cause, qui se prévaut du soutien de «plus de 800 clients», attribue la plainte contre elle à une «minorité agissante manipulée par une société basée au Maroc créée en mars». Selon elle, cette société, nommée BBA, a été créée par Abdelkader Bendali, un consultant marocain qui était aux côtés des chibanis au début de leur procédure contre la SNCF, et a récemment «envoyé plus de 800 factures» aux chibanis.

«L'escroquerie, elle est là», assure Clélie de Lesquen-Jonas, qui affirme vouloir seulement «protéger [ses] clients».

Abdelkader Bendali, contacté par l'AFP, a formulé les même accusations «d'escroquerie» à l'encontre de l'avocate, tout en certifiant être «en train de préparer une assignation contre cette dame». «La justice tranchera», a-t-il affirmé. Il a attesté avoir, «pendant dix ans, organisé le dossier» des chibanis contre la SNCF, «reconstitué la carrière de chacun».

Selon lui, «tout au début» de la procédure, «chaque cheminot s'était engagé à verser 15% d'honoraires de résultats», qu'il était chargé de «répartir au prorata entre les différents intervenants – avocats, professeurs, actuaires». Quand Clélie de Lesquen-Jonas a commencé à intervenir dans le dossier, il affirme lui avoir «promis qu'elle aurait 2%» d'honoraires.

Il affirme, en outre, que «Madame de Lesquen n'est pas l'auteur d'une seule phrase» des écritures présentées à la cour d'appel. «Cette dame a fait de la figuration et elle s'empare d'un chèque de 9 millions d'euros», a-t-il asséné.

Lire aussi : La SNCF paiera des millions d’euros d’indemnités à ses employés marocains pour discrimination

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