Vives protestations contre la nomination d'un macroniste à la tête de LCP

Vives protestations contre la nomination d'un macroniste à la tête de LCP
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Un collège de l’Assemblée nationale, à majorité LREM, a élu un proche d’Emmanuel Macron, le documentariste Bertrand Delais, nouveau président de La Chaîne parlementaire. Les politiques de tous bords et les téléspectateurs s'indignent.

La légalité du processus ne fait aucun doute : le réalisateur et journaliste Bertrand Delais a été élu par le Bureau de l'Assemblée nationale le 14 mars avec 13 voix pour et 7 contre, à la tête de La Chaîne parlementaire LCP-AN. Mais cette nomination fait grincer des dents, dans la sphère politique et les médias, jusqu'au sein de la chaîne LCP elle-même. Car le documentariste est considéré comme un proche d’Emmanuel Macron, qu’il a rencontré dès 2011 au comité de rédaction de la revue Esprit.

Toutes les voix de l'opposition se sont élevées dans un concert de protestations unanimes pour dénoncer une décision qui pèserait sur l'indépendance de la chaîne. A commencer par celles des socialistes, dont le porte-parole à l'Assemblée nationale, Olivier Faure, a étrillé le «pouvoir qui méthodiquement cherche à neutraliser tous les contre-pouvoirs : la presse, le Parlement, les syndicats, les élus locaux».

Le député La France insoumise Alexis Corbière, qui avait quelques jours auparavant dénoncé l'ingérence du pouvoir dans la presse, s'est emporté contre un «hagiographe» de la majorité et «une mainmise du parti présidentiel sur un média».

La députée de Seine-Saint-Denis de La France insoumise, Clémentine Autain, a déploré «un parfum d'ORTF» et un «nouvel obus contre le pluralisme».

La porte-parole Les Républicains Lydia Guirous s'agace qu'un «réalisateur de documentaires hagiographiques sur Jupiter assure donc l'indépendance de la rédaction».

Marine le Pen, présidente du Front national, a tweeté qu'il y avait en France un «vrai problème avec les médias et le traitement de l'information».

La même virulence est palpable dans les critiques émises par plusieurs acteurs des médias. La journaliste du Média, Aude Lancelin, a jugé que cette nomination s'était faite «toute honte bue», tandis qu'un journaliste de Marianne a établi un relevé des articles de Bertrand Delais publiés dans le Huffpost pendant la campagne présidentielle, et qu'il estime élogieux vis-à-vis d'Emmanuel Macron.

La réserve et l'inquiétude sont aussi de mise à LCP : un membre de la Société des journalistes a exprimé son scepticisme : «En interne, on se demande s'il n'est pas un envoyé de l'Elysée pour nous mettre au pas.»

Certains téléspectateurs, sur Twitter, s'interrogent : LCP va-t-elle devenir «La Chaîne présidentielle» ?

François de Rugy, qui s'est abstenu de voter, a dévoilé le nom de Bertrand Delais le 14 mars au matin au sein de l'Assemblée nationale. Les députés macronistes auraient fait bloc pour que le documentariste soit élu. Selon le magazine Marianne, plusieurs élus de la majorité ont en effet attribué la note de 18/20 au dossier écrit du réalisateur, lui permettant de prendre l’avantage.

Pour l'oral qu'il a passé le 12 février, le documentariste a obtenu 15,3 de la part des députés LREM, tandis que ceux de l’opposition l'avaient noté 12,4/20 en moyenne. Il a finalement été gratifié de la note globale de 14,81, l'emportant sur le second compétiteur, Thierry Guerrier, noté 13,48/20. La troisième candidate sur les 11 initiaux était la présidente sortante Marie-Eve Malouines, éreintée par une motion de défiance votée à une écrasante majorité par les journalistes de LCP. Elle n'avait donc presque aucune chance d'être réélue, après sa gestion de crise très contestée durant laquelle le journaliste accusé d’agression sexuelle Frédéric Haziza avait été suspendu de la rédaction, puis réintégré. Elle a obtenu la note finale 13,39/20.

Le délégué général de LREM Christophe Castaner a défendu ce choix sur BFMTV. Il a déclaré que Bertrand Delais avait obtenu «les meilleures notes de tous les candidats». «On n'est pas forcément de qualité parce qu'on est critique négatif contre le président de la République, et l'inverse est vrai aussi», a-t-il affirmé.

Lire aussi : Motion de défiance votée à LCP: le retour de Frédéric Haziza, accusé d'agression sexuelle, passe mal

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