Interdire aux médias de diffuser noms et photos de terroristes ? Une proposition de loi l'envisage

Interdire aux médias de diffuser noms et photos de terroristes ? Une proposition de loi l'envisage© José Jordan Source: AFP
Arrestation d'un djihadiste présumé en mars 2017 en Espagne.

Masquer l’identité et le visage des terroristes ? Les attentats en 2012 ont amorcé un phénomène d'ultra-médiatisation et la presse choisit de publier ou non ces informations. Aujourd’hui, la députée Brigitte Kuster propose une loi d'anonymisation.

Depuis l'affaire Merah, les attentats islamistes ont donné lieu à une ultra-médiatisation des auteurs des forfaits. Photos de vacances, vidéos de leur vie privée ou de leur exactions, nom de famille… aujourd’hui aucune loi n’interdit de divulguer des informations sur les terroristes. En réaction, la députée de la 4e circonscription de Paris Brigitte Kustner (Les Républicains) a donc déposé une proposition de loi le 27 septembre 2017 dont elle est l'auteur, en compagnie d’une quinzaine d’élus.

Cette loi proposée par la députée viserait à interdire de «diffuser, de quelque manière que ce soit, le nom de famille et l’image des personnes physiques poursuivies pour un acte de terrorisme ou ayant été jugées coupables d’un acte de terrorisme».

Jusqu’ici seul le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a édicté un code de bonne conduite relatif à la couverture des attaques terroristes en application de la loi du 21 juillet 2016 prorogeant l’application de l’état d’urgence. Mais il n’appelle qu’à la «vigilance» et aux «précautions», laissés à la libre appréciation des chaines d'information, et cela uniquement dans l’audiovisuel

Un projet de loi pour empêcher la mythification des terroristes ?

Dans l’exposé des motifs de ce projet de loi, la députée Brigitte Kustner développe ses arguments: «N’existe-t-il pas un risque d’octroyer à l’assassin une gloire posthume auprès de personnes radicalisées et en quête de modèles ?»

Brigitte Kustner évoque la modulation du devoir d'informer de la presse : «Toutes les rédactions se sont posées, en responsabilité, ces questions qui se nichent au cœur d’enjeux fondamentaux, dont le principal concerne les limitations que la liberté de la presse est susceptible de supporter au nom d’impératifs supérieurs, comme la sauvegarde de l’ordre public ou le respect de la dignité humaine.»

Elle rappelle également que la médiatisation de la barbarie est un point clé de la stratégie de Daesh et de la machine terroriste. «Comment, dès lors, peuvent-ils accomplir leur indispensable devoir d’informer les citoyens sans devenir les caisses de résonance de la barbarie ?» 

La presse divisée sur la médiatisation des djihadistes

Mohamed Merah à Toulouse en 2012, les frères Kouachi et Salah Abdeslam à Paris en 2015, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel à Nice en 2016 : on connaît tout ou presque tout d'eux, leur vie, les parcours qui les ont amenés à commettre l’irréparable. Une médiatisation des moindres détails de la vie des terroristes qui a fait réagir plusieurs médias français en 2016, qui ont décidé de modifier les règles de diffusion des images des auteurs d'attentats. Selon Le Monde, le mercredi 27 juillet 2016, Le Monde, BFM-TV, Europe 1 et France Médias Monde (RFI, France 24 et Monte Carlo Doualiya) ont annoncé qu’ils ne publieraient plus de portraits de ces criminels.

Le directeur du journal Le Monde, Jérôme Fenoglio, a expliqué qu'ils ont notamment décidé de ne plus publier d’images extraites des documents de propagande ou de revendication de l’Etat Islamique (EI). «A la suite de l’attentat de Nice, nous ne publierons plus de photographies des auteurs de tueries, pour éviter d’éventuels effets de glorification posthume», a-t-il annoncé. Mais un mail envoyé aux salariés du journal, il précise cette décision : «Cette demande porte principalement sur des images tirées de leur vie quotidienne ou sur celles, souvent prises par eux-mêmes, précédant leur passage à l’acte.»

Il autorisera en revanche la publication des «documents de type pièce d’identité, ou les images apportant différents type de preuves (par exemple capture écran attestant d’une présence à tel endroit». Ce qui signifie qu’en réalité, la diffusion d'un certain type de photos au moins est possible. BFM et Le Monde ont choisi de diffuser les noms, tandis qu’Europe1 et La Croix décidé de ne plus le faire. A l'inverse, la position de France Télévision et du Figaro consiste à tout dévoiler. Parallèlement, une pétition avait été déposée sur change.org et avait récolté près de 168 000 soutiens. En 2016 également, le candidat à la primaire de droite Geoffroy Didier avait fait une proposition d’anonymisation, mais elle n'avait pas atteint l'Assemblée.

Mais malgré les initiatives de quelques organes de presse, la course aux informations continue. A chaque nouvel attentat on apprend, tôt ou tard, l’identité de l’assaillant. La proposition de loi survient à la lueur des derniers attentats, l'attaque au couteau à Marseille et la fusillade de Las Vegas le 1er octobre, dont la vie des auteurs a été largement disséquée dans les médias.

Spécialistes et opinion partagés sur l'anonymat des terroristes

A l'époque des prises de décision des médias, des spécialistes du djihadisme et des personnalités médiatiques avaient fait donné leur avis sur Twitter. Le djihadologue David Thomson restait très sceptique.

Le chercheur et consultant Romain Caillet abondait dans son sens.

L'animatrice Alexandra Sublet était en revanche rassurée par les mesures prises.

Et l'actrice Frédérique Bel appellait à mettre fin à la Star Ac du crime idéologique.

Du côté des internautes, les réactions étaient tout aussi contrastées. Certains redoutaient le complotisme.

D'autres se moquaient en proposant de ne même plus parler des attentats.

Mais les partisans de l'anonymat manifestaient leur satisfaction.

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