France

Blocage total de la Guyane à partir du 10 avril, les «500 frères» reçus par le policier blessé

Le collectif «Pou La Gwiyann dékolé», qui pilote le mouvement agitant la Guyane depuis plus de deux semaines, a annoncé le blocage «total» du département à partir du 10 avril, après qu'un policier a été blessé le 7 avril dans une manifestation.

Les barrages érigés dans les villes guyanaises seront ouverts le 9 avril de 7h (12h à Paris) à minuit (5h le 10 avril), puis il y aura «fermeture totale jusqu'à nouvel ordre», avec «interdiction», même pour les personnes voulant passer «à pied», «à moto» ou «à vélo», de les franchir, a annoncé l'un des cadres du collectif Pou La Gwiyann dékolé (Pour que la Guyane décolle), sur la radio Péyi.

Le commissaire Joël Terry, numéro 2 de la police en Guyane, a reçu le 8 avril sur le seuil de sa chambre d'hôpital quelques dizaines de membres des «500 frères contre la délinquance», très actifs durant la manifestation. Son geste a permis de tranquilliser les esprits.

Si la situation était beaucoup plus calme le 8 avril à Cayenne, où une tente était dressée devant la préfecture de Guyane, Pou La Gwiyann dékolé a annoncé un durcissement des blocages.

Le contrôle des barrages s'était fait jusqu'alors avec une certaine souplesse. Son durcissement a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, où un fossé semble apparaître à propos du maintien du blocage.

«Il n'est pas tolérable de se voir refuser le droit de circuler librement sur le territoire. [...] Une partie de la Guyane a peur de s'exprimer», affirment les signataires d'une pétition en ligne qui a recueilli un millier de paraphes. Environ 700 internautes font désormais partie d'un groupe Facebook intitulé «Stop aux barrages en Guyane». 

La Guyane connaît depuis plus de deux semaines un mouvement social marqué par des revendications sécuritaires, sanitaires et éducatives. Une «grève générale illimitée» a été décrétée le 25 mars, paralysant l'activité économique. Le blocage du port de Cayenne provoque des pénuries, notamment celle de produits frais.

Le Conseil des ministres a validé le 5 avril une aide d'urgence de plus d'un milliard d'euros à destination de ce département d'outre-mer sinistré. Pou La Gwiyann dékolé réclame 2,1 milliards supplémentaires. 

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«Valeurs» partagées

Des heurts étaient survenus dans l’après-midi du 7 avril devant la préfecture de Guyane, où des centaines de personnes s'étaient rassemblées. L'administration, craignant une possible «invasion» du bâtiment, à l'image de l'occupation, le 4 avril, du centre spatial de Kourou, avait refusé de recevoir une délégation du collectif, qui avait pourtant rendez-vous avec le préfet, ce qui avait attisé les tensions.

Plusieurs policiers avaient été frappés et le commissaire Joël Terry, «blessé lourdement à la clavicule», était resté «inconscient au sol pendant une dizaine de minutes», avait annoncé Laurent Lenoble, directeur de cabinet du préfet de Guyane.

Toujours selon lui, des gaz lacrymogènes avaient été utilisés pour «extraire» l'officier, renforçant la colère de la foule, qui avait ensuite jeté pierres et bouteilles contre la préfecture.

Debout, visiblement affaibli et le bras relié à une perfusion, le numéro 2 de la police en Guyane a reçu le 8 avril une délégation des «500 frères» devant sa chambre d'hôpital. La rencontre a été filmée par la chaîne Guyane première, qui l'a retransmise en direct via Facebook live.

«Les valeurs que nous partageons sont bien plus importantes que nos différences», a déclaré l'officier. Il a exprimé son «respect» des «500 frères» puis serré la main de ses nombreux membres présents, presque tous cagoulés. 

«Les forces de l'ordre ne sont pas notre ennemi. On se bat pour qu'elles travaillent dans de meilleures conditions», a souligné le porte-parole des «500 frères», Mikaël Mancée, un policier en disponibilité, depuis l'hôpital.

Une courte vidéo des heurts du 7 avril, accessible sur les réseaux sociaux, montre deux membres des «500 frères», dont Mikaël Mancée, devant la préfecture, tentant de protéger un policier que semblent agresser d'autres membres du collectif.

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Le ministre de l'Intérieur, Matthias Fekl, a «condamné avec la plus grande fermeté les violences commises contre les forces de l'ordre». La préfecture a annoncé le 8 avril avoir saisi le procureur de la République.

Les deux députés et les deux sénateurs de Guyane ont appelé à une «déclaration forte» du président François Hollande.