Poutine à Sarkozy en 2007 : «Tu continues sur ce ton et je t'écrase», une «fake news» de France 2 ?

Poutine à Sarkozy en 2007 : «Tu continues sur ce ton et je t'écrase», une «fake news» de France 2  ?
Nicolas Sarkozy lors de sa première rencontre avec Vladimir Poutine en 2007, capture d'écran YouTube, DR

Vladimir Poutine cacherait-il derrière ses manières policées un tempérament de brute ? C'est ce que sous-entend Nicolas Hénin, collaborateur entre autres au «Point». Jean-Daniel Lévitte, alors conseiller de Nicolas Sarkozy, dément pourtant en bloc.

Dans un documentaire fleuve de France 2 diffusé le 15 décembre 2016, le journaliste Nicolas Hénin, face caméra, rapporte des propos de nature à faire frémir. Nicolas Sarkozy, tout juste élu, se serait mis en tête de rappeler à Vladimir Poutine quelques rudiments en matière de droits de l'homme (et de la femme), de liberté de la presse et de démocratie, la liste n'étant pas exhaustive. 

Vladimir Poutine n'aurait même pas pris la peine de coincer Nicolas Sarkozy aux toilettes ou dans un parking désert, afin d'éviter tout témoin gênant : «C'est bon, t'as fini là ?», aurait lancé froidement le chef d'Etat russe, selon Nicolas Hénin : «Alors maintenant de deux choses l'une, ou bien tu continues sur ce ton et je t'écrase, ou alors tu arrêtes de parler comme ça et tu verras.»

Nicolas Hénin était-il là ? Lui a-t-on rapporté ces propos ? Les tient-il des interprètes-traducteurs officiels (Vladimir Poutine ne parle pas français) ? Ces sources peuvent-elles être recoupées, ou a-t-on affaire à une «fake news» caractérisée ? C'est ce que semble penser Jean-David Levitte, conseiller diplomatique qui avait suivi comme son ombre l'hyperactif Nicolas Sarkozy lors de ce déplacement. Ce dernier dément catégoriquement : «On nous a apporté du café et des chocolats que Nicolas Sarkozy a goûtés avec plaisir», se rappelle-t-il.

Montage vidéo de haute voltige

La scène présumée est reconstituée, de façon assez convaincante d'ailleurs, grâce à une habile permutation des champs et contrechamps. Non que la volonté de tromper soit présente – il est évident pour un spectateur averti qu'il a affaire à des comédiens – mais la mention «reconstitution» n'est pas ajoutée aux images tournées, mélangées aux images d'archive, et dont la colorimétrie, comme le mobilier et la «scène» sont parfaitement raccord.

Quelques secondes d'inattention du spectateur et ce dernier sera persuadé d'avoir vu Vladimir Poutine menacer Nicolas Sarkozy. C'est peut-être le cas de quelques milliers, voire dizaines de milliers de spectateurs, désormais persuadés que Vladimir Poutine a «écrasé» son homologue français.

Le montage articule même les images de la conférence de presse lors de laquelle Nicolas Sarkozy semble chercher de l'air et desserrer son col. La magie du cinéma opère : on pourrait presque en déduire que Vladimir Poutine a cherché à étrangler le président des Français.

Coup de chaud ou cravate trop serrée ?

Plusieurs «théories» furent avancées dès la diffusion de ces images, dont un coup de chaud, ou encore un peu trop de vodka, une explication privilégiée par la télévision d'Etat belge, la RTBF. «Apparemment, il n'avait pas bu que de l'eau», ironisait alors le présentateur du journal de la Deux.

Aussi la thèse – rocambolesque – avancée par Nicolas Hénin pourrait bien être la plus «complotiste». Coïncidence, ce dernier dénonce d'ailleurs dans son livre La France russe, enquête sur les réseaux Poutine, paru en 2016, la «poutinisation» d'une partie de la classe politique française, dont Nicolas Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon ou encore François Fillon et Marine Le Pen.

En 2015, Nicolas Hénin a suscité un tollé après avoir expliqué sur le plateau de Laurent Ruquier le djihadisme par l'échec de l'intégration des immigrés dans la société occidentale, inférant que les terroristes ne sont pas responsables de leurs choix.

Voir aussi : Les saisons russes sur CNN (VIDEO)

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