Diplômé de l'ENA, Bruno Le Maire veut fermer l'établissement... et il n'est pas le seul !

Source: Reuters

Conformisme, pauvreté des idées... Les critiques de l'ENA ne manquent pas, y compris au sein de ses anciens élèves. Elle reste pourtant la formation de référence pour les élus de la République. RT fait le point sur ses détracteurs.

«Il est temps de supprimer l’ENA. Elle a rempli son office pendant des années, formé des fonctionnaires de grande qualité. Mais nous entrons dans un monde nouveau : celui des entrepreneurs, de la créativité, de l’innovation», a expliqué le candidat à la primaire de la droite dans une interview jeudi 1er septembre accordée au Parisien.

En ce jour de rentrée scolaire, il a indiqué qu'il faisait de l'éducation sa priorité et a promis de supprimer l'Ecole nationale d'administration (ENA) s'il est élu lors de l'élection présidentielle de 2017.

Les critiques envers le prestigieux établissement ne sont pas nouvelles, mais elles surprennent émanant d'un ancien. Bruno Le Maire n'est pourtant pas le premier a suggérer sa fermeture, pour la réformer en profondeur et l'adapter aux défis du monde contemporain. 

La ministre de la Fonction publique dénonce la «démagogie»

«La critique de l’ENA est facile, c’est un repoussoir classique pour tous les populistes», a commenté la ministre de la Fonction publique, Annick Girardin, lors d'un déplacement dans cette école de formation des élites, basée à Strasbourg, selon son entourage.

Pour elle, Bruno Le Maire, issu de l'ENA lui-même, «a besoin d’exister dans cette primaire, il essaie d’aller contre sa nature», «la fonction publique mérite mieux que la démagogie des anciens élèves de l’ENA». 

D'après les propos rapportés à l'AFP, la ministre a ensuite insisté sur «le vrai enjeu», «oublié» selon elle par Bruno Le Maire: «la diversification des profils des hauts fonctionnaires de demain».

Elle a souhaité que «les hauts fonctionnaires de demain» soient «innovants et créatifs», «incarnent la diversité de notre société» et «soient exemplaires contre le pantouflage (possibilité pour un haut fonctionnaire d'aller travailler dans le privé, ndlr) et les conflits d’intérêts».

Un «système malsain» et «refermé sur lui-même»

Malgré plusieurs réformes, l'«Ecole Nationale des Archaïsmes» comme l'avait surnommé Louis Giscard d'Estaing, fils de l'ancien président et député, n'a jamais cessé d'être critiquée depuis sa création en 1945 par Michel Debré. Ses détracteurs lui reprochent un «quasi monopole concernant l'administration, le secteur privé ou la politique», ainsi que son «système fondé sur le copinage et le corporatisme».

Jacques Chirac, Jean-Michel Fourgous, Hervé Novelli, Louis Giscard d'Estaing... de nombreux hommes publics, dont plusieurs énarques, ont formellement milité pour la réforme ou suppression de l'ENA rapporte l'IFRAP, think tank basé à Paris. 

En 1967, Jean-Pierre Chevènement traitait ainsi ses camarades énarques de «mandarins de la société bourgeoise» et en 1972, le PS est allé jusqu'à inscrire la suppression de l'ENA à son programme. Cette revendication n'a cependant pas vu le jour... car elle a été mise à l'écart par de jeunes énarques ayant acquis des responsabilités au sein du parti.

Durant sa campagne présidentielle de 1995, Jacques Chirac évoquait l'ENA comme le «symbole d'une élite qui a failli, d'une caste qui se coopte». Laurent Fabius a toujours clairement signifié qu'il était favorable à sa suppression, dénonçant un «système malsain» et «refermé sur lui-même».

Conséquences économiques

Jean-Michel Fourgous, ancien député UMP des Yvelines, avait été jusqu'à déposer une proposition de loi visant à dissoudre l'ENA. Selon lui, de nombreuses catastrophes financières du secteur public peuvent être imputées au «système ENA» rapporte l'IFRAP. Le fait que certains postes clés de grandes entreprises publiques soient réservés en priorité à des énarques, ayant des liens avec le pouvoir est pour le député un fléau onéreux aux conséquences désastreuses. Le problème : la tendance de l'Etat à parachuter ses protégés à la direction de grandes entreprises dont il est le principal actionnaire, ces PDG étant le plus souvent incompétents... mais proches du pouvoir. 

«Combien l'ENA a coûté à la France ?» s'est-il interrogé, citant en exemple le Crédit Lyonnais, le Crédit Foncier, Air France, ou encore la SNCF, dirigés par des énarques qui ont «engendré des déficits abyssaux», car selon le député, leur formation d'énarque ne leur a pas donné une connaissance suffisante du monde de l'entreprise. 

Sans fin, les critiques envers l'ENA pourraient se résumer à la citation de Jacques Julliard, qui après sa démission du Conseil d'administration de l'ENA en juin 2000, avait déclaré : cette école reproduit «un élitisme qui paraît moins soucieux de la bonne gestion des affaires de l'Etat que de la réussite des carrières individuelles».

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