France : trois jeunes reconnus coupables de vol après avoir récupéré des déchets alimentaires

(REUTERS/Eric Gaillard) Source: Reuters
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Un tribunal à Montpellier a déclaré coupables de vol trois personnes qui ont récupéré de la nourriture jetée par un supermarché. Ces dernières se disent « freegans » et essaient de vivre en dehors de la société de consommation.

Le 27 mai 2014, Léa (24 ans) Adrien (26 ans) et Mike (32 ans) récupéraient de la nourriture dans la cour d’un supermarché à Frontignan au sud de la France quand la police les a appréhendés. Les jeunes gens ont été surpris en train de remplir sept sacs poubelle de cent litres de nourriture périmée, y compris des spécialités gastronomiques qu’ils ramassaient pour se préparer à un long voyage.

La police a détenu les trois jeunes pendant 12 heures et a pris leurs empreintes et échantillons ADN. Lundi, Léa et Adrien ont comparu devant le tribunal à Montpellier tandis que le jugement de Mike s’est tenu en son absence. Leur action de récupération ayant été qualifiée de vol, ils risquent jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100 000 d’euros d’amende.

L’avocat des jeunes gens a déclaré qu’ils s’étaient saisis de la nourriture par nécessité, a rapporté la chaîne France 3. L’état de nécessité existe dans le code pénal français comme clause exonératoire de responsabilité légitimant l’acte pénalement répréhensible s’il a été commis pour se protéger d’un danger imminent, dans ce cas la famine.

Les jeunes accusés se disent « freegans », le mot est composé de « free » et « vegan ». Ce terme désigne une personne qui refuse la violence envers les animaux et choisit de vivre en dehors de l’économie conventionnelle de marché. Les freegans sont parfois squatteurs et s’opposent à la société qu’ils trouvent pleine de matérialisme, de consumérisme et d’apathie morale.

Ce dossier a attiré l’attention de quelques groupes de défense des droits de l’homme. La Ligue des droits de l’homme (LDH) a organisé un rassemblement devant tribunal contre ce qu’elle appelle la « criminalisation de pauvreté ». Des groupes contre le gaspillage ont recueilli 3 867 signatures dans le cadre d’une pétition en faveur des accusés.

Le juge a reconnu les jeunes coupables mais n’a pas prononcé de peine car leur infraction n’a pas causé de nuisance à autrui ni à l’ordre public. Le représentant du supermarché a assisté au procès en tant que témoin mais la compagnie n’a pas porté plainte.

Pour Mike, néanmoins, les ennuis judiciaires ne sont pas terminés. Ce dernier fait face à des accusations dans un autre procès concernant voiture utilisée pour charger les aliments s’est avérée être volé. En fait, son numéro d’immatriculation a été retrouvé dans la base de données des voitures disparues. C’est la voiture qui a tout d'abord attiré l’attention de la police.

Le problème des déchets alimentaires est maintenant à l'ordre du jour du gouvernement. On attend un rapport du ministère de l’Agriculture dans deux mois. Un député a proposé l’année passée un projet de loi qui forcerait les grands groupes de distribution à céder leurs déchets alimentaires à des organisations de charité. Les organisations chargées de la distribution des déchets dans le projet ont exprimé la crainte qu’elles pourraient se heurter à des problèmes de logistique plus importants que l’avantage de se procurer des aliments gratuitement.

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