Campement de migrants à Paris : ils ont fui la mort chez eux pour trouver la misère en France

Des migrants érythréens sous le pont de Chapelle près de la gare du Nord Source: Reuters
Des migrants érythréens sous le pont de Chapelle près de la gare du Nord

Au cours des dernières semaines, le nombre de migrants qui ont réussi à traverser la Méditerranée sur des bateaux des passeurs à la recherche d’une vie meilleure a doublé, de nouveaux camps temporaires sont apparus au cœur de la capitale française.

Les premières tentes dans les deux campements situés près de la gare du Nord et de la gare d’Austerlitz sont apparues il y a un an, leur nombre s'est toutefois considérablement accru au cours des dernières semaines. Aujourd'hui, on compte plus de 500 migrants et réfugiés africains sur les deux sites. Ces personnes ont plusieurs fois frôlé la mort avant d’atteindre la capitale française, traversant la Méditerranée sur des bateaux de passeurs en provenance de Lybie.

Cependant, l’épopée n’est pas terminée pour la majorité d’entre eux qui s’apprête à reprendre la route, comme l’a indiqué à RT France Naïm, habitant de l’Est parisien qui n'a pas souhaité divulguer son nom de famille. Paris n’est souvent qu’une escale pour ces migrants qui espèrent arriver au Royaume-Uni ou en Suède où l'asile leur semble plus facile à obtenir. Impossible d'obtenir l'asile en France, les réfugiés ont-ils dit à Naïm. Et l’accueil qu’ils ont reçu à Paris, de toute évidence, ne leur donnent pas envie de rester.

Les migrants approchés par Naïm, qui sont majoritairement d’origine éthiopienne, soudanaise ou érythréenne, vivent maintenant à la limite des 10ème et 18ème arrondissements de Paris, sous le pont de la Chapelle en-dessous du métro aérien. Ils manquent de tout, y compris de sommeil, la nuisance sonore du métro les empêchant de dormir.

Le jeune parisien, qui passe chaque jour devant le campement de fortune de la gare du Nord pour aller au travail, a souligné que les femmes, les hommes et les enfants dorment tous dans des tentes, les uns sur les autres, dans la saleté et l’absence totale de calme.

Alors que la France, au nom des droits de l'homme et de la responsabilité de protéger, est intervenue et continue à intervenir militairement dans plusieurs pays africains dont la Lybie qui a basculé depuis dans le chaos, les droits de l'homme, comme l'indiquent Naïm, ne comptent plus quand il faut gérer l'arrivée de réfugiés fuyant les conséquences désastreuses de ces mêmes interventions. «On parle de droits de l'homme lorsqu'il faut aller dans ces pays-là [en Lybie, en Centre-Afrique...] [...] mais lorsque ces personnes-là viennent dans nos pays, on ne veut pas [les leur] appliquer».

Naïm constate que, malgré l'importance du budget de la ville de Paris - une des villes les plus riches du monde à ses yeux - la municipalité ferme les yeux sur les conditions de vie déplorables dans les campements de réfugiés tandis que, dans des petites villes pauvres du sud italien, en Sicile ou à Reggio de Calabre, des moyens existent «pour accueillir ces personnes, leur donner un toit, des douches, pour leur donner à manger, pour leur donner de quoi s'habiller...»

A Paris, les réfugiés qui campent dans la rue ne peuvent compter que sur l'aide des associations et des organisations humanitaires. Et comme l'a souligné Naïm, ce sont surtout les organisations de charité islamique qui viennent en aide aux réfugiés et aux autres migrants de la Corne de l’Afrique. «La communauté musulmane leur apporte des vêtements et de la nourriture, mais le gouvernement ou le maire de Paris ne font rien à ce propos».

L’invité de RT est étonné par l'indifférence des médias français au sort des réfugiés dans la capitale : «Les médias français sont sensibles à la situation des migrants qui meurent dans la mer Méditerranée, mais lorsque ces personnes arrivent chez nous, et c’est simple, ce sont des gens qui sont dans la même ville que les chaînes et que les médias français, mais personne ne va à leur rencontre, personne ne va les voir», a-t-il expliqué.

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