Ces personnalités qui n’excluent pas une victoire du Front national en 2017

De quoi donner le sourire à la présidente du Front national ? Source: Reuters
De quoi donner le sourire à la présidente du Front national ?

Lors d’un entretien paru le 29 avril dans le magazine Society, Manuel Valls a assuré que ceux qui ne croyaient pas en une victoire de Marine Le Pen «se trompaient». Il n’est pas le seul.

C’est un épouvantail avec lequel une partie de la classe politique et médiatique joue à se faire peur. Et si Marine Le Pen entrait à l’Elysée ? Depuis plusieurs mois, personnalités politiques et écrivains n’écartent plus cette possibilité. Dernier en date ? Manuel Valls. Dans un entretien au magazine Society, le locataire de Matignon fait une déclaration qui sonne comme un avertissement : «Ceux qui expliquent que l'extrême-droite ne peut pas gagner se trompent. En quoi, elle ne pourrait pas gagner ? Si c'est un candidat de gauche qui se qualifie contre elle au second tour, une partie de l'électorat de droite peut ne pas suivre.»

D’autres poussent l’analyse jusqu’à l’affirmative. La fille de Jean-Marie Le Pen réussira là ou son père a échoué. Tour d’horizon des convaincus.

Quand la gauche s'alarme

Le 25 octobre, Malek Boutih était l’invité de BFM Politique. Le député socialiste de l’Essone semblait résigné. Sur un ton mélangeant dépit et frustration, il a lâché cette bombe : «2017, c’est un peu joué d’avance. Ce n’est pas une question de casting. A jouer le casting, c’est encore refuser de voir les choses.» Jouée d’avance l’élection ? Malek Boutih s’est montré affirmatif : «En l’état actuel des choses, je ne vois pas comment Marine Le Pen ne gagne pas la présidentielle. S’il y a un peu de changement, ça ne suffira pas. Il faut se préparer à une crise politique majeure.»

A l’époque, le pronostic avait fait grand bruit. Et avait apporté à l’ancien président de SOS Racisme, son lot de critiques. «Je désapprouve cette stratégie qui consiste à surjouer la peur du Front national,méthode dangereuse à effet-boomerang garanti», lui avait adressé son collègue sénateur, Gaëtan Gorce.  

C’est plutôt à gauche que les personnalités politiques aiment à se faire peur. A l’été 2014, Jean-Luc Mélenchon est en pleine traversée du désert. Les récents échecs électoraux du Front de gauche ont entamé sa détermination. «A un moment, il faut s’arrêter de courir. Parce que si on court tout le temps, on va finir par se mettre dans le vide. Et là, j’ai besoin de dormir, de ne rien faire, de bayer aux corneilles», avait déclaré le co-fondateur du Front de gauche.

Un moment de résignation qui donne cette déclaration : «Madame Le Pen récite des morceaux entiers de notre programme. Leur ligne, c’est d’occuper l’espace politique de la gauche. […] Pourquoi elle va y arriver ? Parce que la société est en train de se vider de l’intérieur. Parce que la société est en train de se diriger vers le point "qu’ils s’en aillent tous". Et quand le point "qu’ils s’en aillent tous" est atteint, tout saute en même temps.»

Des œuvres pas si fictives

Le milieu politique n’est pas le seul à parler ouvertement d’une victoire de Marine Le Pen. Plusieurs œuvres de fictions ont récemment vu le jour. Elles ont un point commun. Celui de l'affubler du costume de présidente. Quand Michel Houellebecq imagine un président arabe dans Soumission, François Durpaire et Farid Boudjellal sortaient en novembre dernier La présidente.

L’historien spécialiste des Etats-Unis et l’auteur de bandes dessinées ont imaginé une France dirigée par la présidente du Front national. Si François Durpaire s’est engagé dans ce projet, c’est pour une bonne raison. Il est certain que la réalité rattrapera sa fiction. «J’ai la conviction qu’elle sera élue en 2017», a-t-il déclaré. Et à le croire, l’homme est un bon parieur quand il s’agit de miser sur la politique : «J’ai fait cette BD pour ouvrir les yeux des gens. En 2007, j’ai fait la BD biographique d’Obama en disant qu’il allait été être élu même si Hillary Clinton était favorite dans les sondages. Marine Le Pen ne gagnera pas forcément au premier tour mais elle gagnera au second.»

Dans son scénario, l’historien imagine un Nicolas Sarkozy remporter les primaires car «il tient le parti». En résulte une division à droite ajoutée à une forte abstention. «Je prends une comparaison sportive : vous êtes à la tête de l’équipe de France de tennis, vous leur proposez de jouer sur terre battue contre les Espagnols, c’est suicidaire !», analyse François Durpaire. «Les choix des thèmes de campagne aujourd’hui ne vont pas. On est plus proches d’une Marine Le Pen à l’Elysée qu’un président musulman à l’Elysée comme l’avait imaginé Houellebecq», poursuit l'auteur.

Quand les sondages collent presque au scénario

Au petit jeu des prospectives politiques, les deux compères ne sont pas seuls. Le sociologue Michel Wieviorka a suivi le mouvement. Ce proche de Martine Aubry, à l’origine, avec Daniel Cohn-Bendit, de l’appel à une primaire à gauche, s’est spécialisé dans le racisme et les fractures sociales. Le 3 mars dernier, il publiait Le Séisme, un ouvrage au titre et à la couverture éloquentes qui imagine la chronique d’une France post élection de Marine Le Pen. Le tout sous la plume d’un journaliste américain vivant à Paris.

Une nouvelle fois, l’idée n’est pas le fruit du hasard. Michel Wieviorka en est sûr, si Marine Le Pen se retrouve face à François Hollande, elle l’emportera : «Une partie de la droite préférera voter pour elle. Et les électeurs de gauche sont tellement déçus qu’ils se mobiliseront peu en faveur de Hollande.»

Quelques jours après la sortie de ce livre, Philippe Guibert, ancien directeur du Service d'information du gouvernement, signait une tribune dans Slate. Son titre ? Oui, le FN peut gagner en 2017. L’essayiste Guillaume Faye s’est livré à un exercice de politique fiction sur le site Metamag. Là encore, tout tourne autour d’une hypothétique présence de Marine Le Pen dans le fauteuil de l’Elysée. Récemment, c'est l'économiste Jacques Sapir qui, sur notre plateau, affirmait qu'il ne fallait pas exclure une victoire frontiste.

Auteur: RT France

Ces exemples ne sont qu’une partie des initiatives de ce genre qui se multiplient depuis des mois. Les derniers sondages indiquent que quelque soit la configuration, la présidente du Front national sera au second tour. Mais tous la donnent battue.

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