Un «acharnement idéologique» : face à la légalisation de l’euthanasie, un évêque évoque le départ de France de certaines congrégations

Un «acharnement idéologique» : face à la légalisation de l’euthanasie, un évêque évoque le départ de France de certaines congrégations© Les petites sœurs des pauvres
Des Petites Sœurs des pauvres et des résidents d’un Ehpad à Orléans, en France, géré par cette congrégation qui se consacre aux personnes précaires. [Photo d’illustration]
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Alors que l’Assemblée nationale s’apprête à adopter le texte sur la «fin de vie», l’évêque de Nanterre fustige le «manquement à la parole donnée» du gouvernement et déplore le rejet en bloc des amendements. Selon cet homme de foi, les établissements de santé catholiques pourraient être amenés à quitter le pays «par fidélité à leur projet éthique».

« Le gouvernement nous avait donné des assurances sur son soutien à une telle clause d’établissement, il y a encore peu de jours. Mais, pendant la discussion, la ministre déléguée a systématiquement donné un avis défavorable aux amendements défendus par des députés issus de sensibilités politiques pourtant variées. »

Auprès du Figaro, Monseigneur Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, a fait part de son amertume à l’égard de l’attitude du gouvernement français à l’approche du vote solennel, à l’Assemblée nationale, sur la proposition de loi dite « sur la fin de vie », visant à légaliser l’euthanasie en France. L’évêque est revenu sur l’insertion, dans le texte, d’une clause de conscience collective pour les établissements privés, notamment confessionnels, afin de « respecter leur tradition et leur charte éthique et, à travers elles, les personnes accompagnées ».

« Le député socialiste Dominique Potier a évoqué, pour montrer que ce genre de statut dérogatoire est possible en droit français, l’économie sociale et solidaire, dont le statut juridique n’est pas exactement le même que celui de l’ensemble des entreprises », a relaté l’homme d’Église. Toutefois, durant l’examen du texte, les tentatives d’insérer une telle clause se sont soldées par des échecs face à des rapporteurs et des ministres défendant ce « nouveau droit ».

« Cela fait peur d’être forcé et obligé » de donner la mort

Parmi les 1 800 amendements déposés, seule une vingtaine ont été adoptés. Parmi eux figure celui de la députée du Rassemblement national Marie-France Lorho, adopté le 23 juin en l’absence de la gauche dans l’hémicycle, visant à exclure les médecins – tenus par le serment d’Hippocrate – des soignants habilités à pratiquer l’injection létale. Présentée comme une petite victoire par les opposants au texte, son adoption viendrait « bafouer » un « texte équilibré et cohérent », a dénoncé le rapporteur général (Les Démocrates), Philippe Vigier, qui a demandé une seconde délibération.

« Cela fait peur d’être forcée et obligée », a confié, également au Figaro, mère Marie Christine, mère supérieure de la maison de retraite des Petites Sœurs des pauvres de Versailles, en région parisienne. « On parle quand même d’emprisonnement, a-t-elle ajouté. Pour l’instant, la loi n’est pas adoptée, mais nous refuserons, parce que c’est en complète contradiction avec le fait que nous nous battons pour préserver la vie jusqu’à son terme. »

« Cent vingt-quatre ans après l’expulsion des congrégations religieuses de France par l’anticléricalisme d’Émile Combes, alors président du Conseil, certaines congrégations, admirables de dévouement et de générosité, vont peut-être devoir fermer leurs maisons et quitter notre pays par fidélité à leur projet éthique. Voilà où risque de nous mener l’acharnement, non pas thérapeutique, mais idéologique, actuel », a-t-il déclaré au quotidien français.

En 1902, des milliers d’établissements scolaires tenus par des congrégations ont été fermés en France sur ordre d’Émile Combes. Une conséquence de la loi du 1ᵉʳ juillet 1901 sur les associations, qui a soumis les congrégations à un régime d’exception. Dans les mois qui ont suivi ces fermetures, plusieurs congrégations ont été expulsées.

Deux décennies plus tôt, sous les gouvernements de Charles de Freycinet puis de Jules Ferry, des milliers de jésuites furent expulsés de France. D’autres congrégations, dont les bénédictins et les franciscains, qui, par solidarité avec les jésuites, ne demandèrent pas leur autorisation, suivirent le même chemin. Des centaines de couvents furent également fermés.

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