Islamiste assigné à résidence à Brienne-le-Château : le maire dénonce une politique du fait accompli

Nicolas Dhuicq revient pour RT France
Nicolas Dhuicq revient pour RT France

Nicolas Dhuicq revient pour RT France sur les problèmes que pose la présence de Farouk Ben Abbes dans sa ville. Il estime avoir agi par loyauté envers ses administrés afin qu'ils ne soient pas surpris et réclame plus de concertation avec l'Etat.

Député de la première circonscription de l'Aube, membre du parti Les Républicains (LR) et appartenant au collectif parlementaire de la droite populaire, Nicolas Dhuicq a répondu aux questions de RT France.

RT France : Pourquoi avez-vous choisi Facebook pour dénoncer la présence de Farouk Ben Abbes dans votre ville ?

Nicolas Dhuicq : J'ai d'abord envoyé un courrier de protestation au ministère de l'Intérieur. A partir de ce moment-là, l'information allait inévitablement sortir dans la presse, et notamment dans la presse locale. J'ai donc anticipé et rendu publique la présence du djihadiste sur Facebook. La première raison est que je voulais maîtriser cette info pour éviter un effet de surprise dans la population. Cela aurait été bien plus terrible pour les habitants de l'apprendre par les journaux sans que leurs élus, dont moi-même, ne les informent de ce qui se passe sur le lieu même où ils vivent, le lieu où leurs enfants vont à l'école et où ils travaillent. C'est une question de loyauté.

La deuxième raison – elle est très claire – c'est d'alerter le ministre de l'Intérieur et de lui faire comprendre qu'il ne peut pas prendre une telle décision sans travailler en amont avec les élus locaux. J'ai la chance d'être aussi député de l'Aube et j'ai ceci en plus qu'un simple maire n'a pas : des moyens de contacts directs avec l'Etat et le gouvernement. Ce que je veux dire, c'est qu'il aurait été plus intelligent d'avoir une concertation préalable au lieu d'être mis devant le fait accompli. Nous devrions travailler ensemble à la tâche difficile d'assurer la sécurité des Françaises et des Français.

RT France : Comment cela se passe-t-il à Brienne-le-Château depuis l'annonce de la présence de Farouk Ben Abbes ?

Nicolas Dhuicq : Brienne-le-Château est un bourg de zone rurale d'un peu plus de 3 000 habitants dans lequel les informations circulent à la vitesse de la lumière. Je savais pertinemment hier [le 15 juin] en envoyant ce courrier au ministère de l'Intérieur que la population briennoise le saurait immédiatement dans les heures qui suivraient.

Ce qui se passe à Brienne le Chateau, c'est que les parents d'élèves sont inquiets. Nous arrivons à la fin de l'année scolaire et nous allons avoir beaucoup de manifestations festives dans les écoles. Je dois aussi rassurer les parents à ce sujet et leur dire que pour moi, l'inquiétude est surtout que l'individu s'évade. Il est assigné à résidence concrètement cela veut dire que de 20h à 6h du matin il est dans la chambre d'un hôtel, privé et payé par les impôts des contribuables et que le reste de la journée, il peut déambuler sur le territoire de la commune. A condition qu'il aille pointer à la brigade de gendarmerie trois fois par jour pour signifier qu'il est toujours là.

RT France : Que comptez-vous faire maintenant ? Quel pouvoirs avez-vous ?

Nicolas Dhuicq : Maintenant que le mal est fait, je demande au gouvernement qu'il revoie sa position et qu'il déplace Monsieur Ben Abbes dans un secteur qui soit mieux surveillé – nous n'en n'avons pas les moyens à Brienne – et plus adapté à son profil.

L'état d'urgence ne pourra pas être tenu indéfiniment

Le cas de Farouk Ben Abbes pose cette question essentielle pour toutes les démocraties, qui doivent à la fois respecter l'Etat de droit, la liberté de parole et de pensée individuelle – nul ne souhaite un Etat totalitaire – mais qui doivent aussi assurer la protection des citoyens. Il n'est certes pas condamné pour terrorisme, mais nous savons qu'il a des liens. Il a été condamné une fois pour n'avoir pas respecté son assignation à domicile à Toulouse. La police avait trouvé en perquisitionnant son domicile des armes de guerre et des gilets pare-balles.

Le gouvernement mène une politique de circonstances, une politique à court terme. Il faut une vision plus globale. L'état d'urgence ne pourra pas être tenu indéfiniment. Nos forces de sécurité intérieure et notre armée de terre mobilisée dans l'opération Sentinelle commencent à être fatiguées. La lutte contre le terrorisme nécessite d'avoir du renseignement humain mais nous avons un problème de recrutement en France, parce que le statut des fonctionnaires fait que les salaires de départ sont insuffisants pour recruter des personnes parlant plusieurs langues et capables d'infiltrer les réseaux terroristes.

Le député-maire que je suis n'a pas d'autre information que par la presse et les médias, radio, télévision et internet. Je n'ai aucun pouvoir puisque je n'ai évidemment aucune autorité hiérarchique sur le ministre de l'Intérieur. Tout ce que je peux faire, c'est alerter la population comme je l'ai fait, alerter les médias, et attirer l'attention du gouvernement sur une décision qui ne me semble pas raisonnable.

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