Entretiens

Baverez : «Si la France ne trouve pas des solutions à ses problèmes, elle court à la révolution»

Nicolas Baverez est avocat, économiste, membre du comité directeur de l'Institut Montaigne et du club Bilderberg. Pour RT France, il explique sa vision des risques et des enjeux de demain pour la France et dans le monde.

«Le volcan, c'est le volcan de l'Histoire. Nous vivons une période d'accélération de l'Histoire, avec une succession de chocs, de crises, qui déstabilisent à la fois les gouvernants, les citoyens, mais aussi les intellectuels qui essaient de comprendre ce monde». C'est ce monde complexe et volcanique, en proie à de nouveaux défis que Nicolas Baverez analyse dans son dernier ouvrage, «Danser sur un volcan». 

Selon lui, la France, mais aussi le monde, sont à la croisée des chemins. Terrorisme, bouleversement des institutions, émergence de nouvelles puissances, crises financières, mais aussi crises migratoires, concoctent un cocktail explosif contre lequel il est urgent d'agir ou auquel il faut s'adapter rapidement plaide-t-il. 

Malgré ce constat inquiétant, l'économiste reste optimiste, voyant dans ces bouleversements des difficultés mais aussi des opportunités. «Je crois que, dans ce monde, il y a des risques. Par exemple, la réaffirmation des identités et le fanatisme religieux peuvent causer de la violence. Mais il y a aussi beaucoup d'espoir : on a quand même réussi à faire sortir 1,2 milliard de personnes de la pauvreté en un quart de siècle !», rappelle-t-il.

Il loue ainsi les progrès apportés par la technologie, que ce soit dans le domaine des transports, de la santé (et notamment l'espérance de vie qui, grâce aux progrès de la médecine, a considérablement augmenté) ou de l'éducation. Par ailleurs, pour cet économiste, là où les changements vont supprimer des emplois, ils peuvent aussi en créer d'autres. L'auteur de Danser sur un volcan, insiste ainsi sur l'importance d'offrir un inventaire complet des différentes difficultés propres à notre époque, mais aussi d'apporter des solutions. 

La France est devenue le pays malade du monde développé en raison de son incapacité à prendre en compte les bouleversements de l'Histoire

«Ces solutions, c'est aux politiques d'y réfléchir, en particulier en France» explique-t-il, et de «prendre les choses au sérieux pour éviter le pire et faire en sorte que les problèmes évoluent vers un monde plus juste. Car si certains faits ne peuvent être évités, il faut dès lors les affronter». 

«Les troubles, on en a déjà les signes avant-coureurs» souligne-t-il. Evoquant les agriculteurs, l'industrie et de nombreux services (médecins, commerçants...) qui grognent, ainsi «qu'une partie de la jeunesse prête à prendre les armes contre la France et ses citoyens».

Si aucun personnage politique n'incarne à ses yeux la solution aux problèmes de la France, il estime néanmoins que «Nicolas Sarkozy a le leadership, Alain Juppé la capacité de rassemblement», et que «François Fillon est le candidat ayant le programme le plus sérieux». Sur la gauche, il est moins locace, François Hollande n'ayant pas annoncé s'il envisageait se représenter et les différents partis de gauche n'ayant pas encore décidé s'ils envisageaient ou écartaient définitivement une primaire. 

La France est un pays qui ne fait des réformes qu'à l'occasion des révolutions disait le général de Gaulle. J'aime le rappeler

«2017 est une élection décisive» avertit-il. «Si la France n'arrive pas à débattre de ses problèmes et à trouver des solutions pour les régler, alors oui, nous courons un risque extrêment élevé de violence et de transformation du pays, non pas par le jeu normal de la démocratie, mais par une révolution».