Téhéran donne deux mois à Total pour obtenir l'autorisation de Washington de rester en Iran

Téhéran donne deux mois à Total pour obtenir l'autorisation de Washington de rester en Iran© Charles Platiau Source: Reuters
Le groupe Total voit son activité en Iran menacée par les sanctions américaines

La participation de Total au projet Pars-Sud en Iran est menacée par les sanctions américaines. Le ministère du Pétrole iranien fait savoir au groupe français qu'il avait deux mois pour obtenir de Washington une – très improbable – exemption.

Ce 30 mai, le ministre iranien du Pétrole a annoncé qu'il donnait deux mois au géant pétrolier Total pour parvenir à convaincre les Etats-Unis de lui accorder une exemption aux sanctions américaines contre l'Iran. C'est à cette seule condition que Total peut espérer conserver sa participation dans l'exploitation du vaste champ gazier offshore de Pars-Sud, dans le Golfe.

«Total a 60 jours pour négocier avec le gouvernement américain», a déclaré Bijan Namdar Zanganeh, cité par l'agence de presse de son ministère, Shana. «Le gouvernement français peut lui aussi mener des négociations avec le gouvernement américain durant ces 60 jours pour obtenir que Total reste en Iran», a-t-il ajouté. Si l'entreprise française ne parvient pas à obtenir une exemption, la société chinoise CNPC «remplacera Total dans ce projet», a rappelé le ministre.

En vertu de l'accord conclu en juillet 2017, d'un montant de 4,8 milliards de dollars, Total détient 50,1% des parts du consortium pour le développement de la phase 11 de Pars-Sud, suivi par le groupe chinois CNPC (30% des parts) et de l'Iranien Petropars (19,9%). 

Or, le 8 mai dernier, le président américain Donald Trump a annoncé que son pays se retirait de l'accord historique signé en 2015 entre des grandes puissances et l'Iran, en vertu duquel Téhéran avait accepté de brider son programme nucléaire en échange de la levée d'une partie des sanctions internationales. Après l'annonce de nouvelles sanctions américaines contre l'Iran, mais aussi contre toutes les entreprises ayant des liens avec la République islamique, les Etats-Unis ont donné à ces dernières un délai de 90 à 180 jours pour se retirer d'Iran. Total fait partie des premiers groupes concernés par ce revirement.

L'avenir du groupe français en Iran dépend de Washington

Le géant français a d'ores et déjà averti qu'il mettrait fin à son grand projet gazier en Iran à moins d'obtenir une dérogation de la part des autorités américaines, avec le soutien de la France et de l'UE. Dans une interview accordée au quotidien Les Echos publiée le 2 avril, Patrick Pouyanné, PDG de Total, avait déjà reconnu à mots couverts que son groupe dépendait du bon vouloir des autorités américaines pour le maintien de ses activités en Iran.

En juillet 2017, Total avait signé cet accord pour une capacité de production de quelque 57 millions de mètres cube de gaz par jour, soit 400 000 barils équivalent pétrole. Lors de la signature, Patrick Pouyané avait commenté ainsi l’accord dans un communiqué : «Nous sommes fiers et honorés d’être la première compagnie internationale à signer un IPC [Iranian Petroleum Contract], qui offre un cadre commercial attractif, suite à la conclusion de l’accord international sur le nucléaire (JCPOA) en 2015 et de contribuer ainsi au développement des relations entre l’Europe et l’Iran.»

L'abandon du projet Pars-Sud ne menace pas les capacités de production de Total. Mais il démontre que les intérêts stratégiques du commerce français subissent directement le contrecoup des décisions américaines. Et en dépit des discours volontaristes d'Emmanuel Macron quant à la protection des entreprises françaises lésées par les sanctions américaines, l'Etat français ne semble pas prêt à s'engager dans un bras de fer avec les Etats-Unis. S'exprimant sur ce sujet à la mi-mai, le président Emmanuel Macron, avait d'ailleurs commenté en ces termes la politique étrangère américaine et ses conséquences pour les intérêts économiques européens : «Notre intérêt premier n’est pas un intérêt commercial ou d’entreprises.»

Lire aussi : Face aux sanctions américaines, l'Allemagne s'insurge, la France renonce

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