Sénégal : le FMI annonce une nouvelle mission à Dakar en vue d'un éventuel accord de financement
© picture alliance Source: Gettyimages.ruLe FMI a confirmé une nouvelle visite au Sénégal pour tenter de débloquer le programme de financement, à un moment où le gouvernement a décidé d'augmenter les prix du carburant. Une mesure que l'opposition qualifie de préparation pour une restructuration de la dette publique sénégalaise.
Le Fonds monétaire international et le gouvernement sénégalais engagent un nouveau cycle de discussions du 19 août au 1er septembre, pour tenter de trouver un terrain d'entente afin de débloquer un financement de 1,8 milliard de dollars, suspendu précédemment dans le cadre de l'affaire de la dette cachée du Sénégal, héritée du gouvernement précédent. Une nouvelle série de rencontres sera engagée par la cheffe de mission du FMI pour le Sénégal, Mercedes Vera Martin, avec les plus hautes autorités du pays afin de trouver des points de convergence sur la politique économique et les réformes aptes à servir de cadre à un éventuel programme de financement.
Dans son communiqué, publié le 17 août, l'instance monétaire internationale a fait part de sa détermination à « soutenir le Sénégal dans ses efforts visant à préserver la stabilité macroéconomique et à promouvoir une croissance durable et inclusive », ajoutant que ses services « échangeront également avec différents acteurs économiques et sociaux au cours de la mission ».
Le gouvernement augmente les prix du carburant en rassurant sur la protection et le renforcement du pouvoir d’achat des ménages
Le gouvernement sénégalais a décidé d'appliquer un ajustement partiel des prix à la pompe du carburant, tout en assurant, par voie de communiqué, que ceux-ci restent « en dessous de son coût réel d'importation ». Tout en affirmant poursuivre la politique de subvention du litre de carburant, le gouvernement assure que cette décision « permet d'alléger la charge d'environ 9,7 milliards de F CFA sur un mois, tout en maintenant les prix sénégalais, en particulier celui du gasoil, parmi les moins élevés de la sous-région ouest-africaine ».
Les autorités sénégalaises ont également assuré que cette mesure ne lèse pas le pouvoir d'achat des ménages, bien au contraire selon le communiqué, qui précise que « les filets sociaux, notamment la Bourse nationale de sécurité familiale et l'ensemble des mécanismes de protection sociale des couches défavorisées, continueront d'être mobilisés et renforcés pour sauvegarder le pouvoir d'achat des ménages ». Elles garantissent par ailleurs la sécurité et la continuité des approvisionnements nationaux en produits pétroliers, tout en assurant « une veille permanente sur l'évolution des marchés internationaux, afin d'adapter, le cas échéant, le dispositif de fixation des prix, dans le souci de préserver à la fois les intérêts des consommateurs, la viabilité du secteur et l'équilibre de l'économie nationale ».
L’opposition pointe une préparation pour « une restructuration de la dette publique sénégalaise »
Le Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine (FRAPP) a dénoncé la hausse des prix du carburant comme « une mesure prise dans la perspective d'obtenir le soutien du FMI », l'interprétant comme « un cadeau fait au FMI pour ouvrir la voie à un nouvel accord » et exprimant ses craintes face à « une augmentation du coût de la vie », dans un communiqué publié le 17 août.
Le FRAPP considère cette décision du gouvernement comme « une étape qui pourrait également préparer le terrain à une restructuration de la dette publique sénégalaise », expliquant que les termes « réformes », « convergence de vues » et « financement » cacheraient « des mesures d'austérité dont les populations les plus vulnérables seront les premières victimes ». Le parti a invité toutes les organisations et tous les acteurs économiques et sociaux qui discuteront avec le FMI à ne pas « servir de véhicule pour faire avaler aux populations les pilules de l'austérité et de la restructuration de la dette » et à adopter une « position sans ambiguïté » dans la défense des intérêts des populations sénégalaises.
Il convient de noter que les réformes engagées par le gouvernement sénégalais pour renforcer la gestion des finances publiques, la gouvernance budgétaire et la transparence ont été saluées au mois de juin dernier par le FMI. Le Sénégal a réalisé une croissance du PIB qui a atteint 6,7 % en 2025 et un déficit budgétaire en baisse, passant de 13,4 % du PIB en 2024 à 6,4 % du PIB en 2025, une performance économique obtenue notamment grâce à la rationalisation des dépenses.