Macron : «L'épicentre de la langue française ne se trouve pas sur les quais de Seine, mais dans le bassin du fleuve Congo»

Macron : «L'épicentre de la langue française ne se trouve pas sur les quais de Seine, mais dans le bassin du fleuve Congo» Source: Gettyimages.ru
Emmanuel Macron s'est rendu à Alexandrie pour l'inauguration du nouveau campus de l’Université Senghor.
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Inaugurant un nouveau campus de l’Université Senghor de la francophonie à Alexandrie, Emmanuel Macron a salué la langue française qui est devenue «hospitalière» et le panafricanisme culturel qui s'exprime en elle. Pourtant, il a omis de dire qu'elle n'a jamais été un cadeau pour le continent africain, mais le vestige de la colonisation.

« L'épicentre de la langue française ne se trouve pas sur les quais de Seine, mais dans le bassin du fleuve Congo » , a déclaré, le 9 mai, le président français, Emmanuel Macron, à Alexandrie lors de l'inauguration du nouveau campus de l’Université Senghor, en présence du président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi. Le problème est que si le français résonne aujourd'hui à Kinshasa ou à Brazzaville, ce n'est pas le fruit d'une adoption spontanée. C'est l'héritage direct d'une colonisation qui, pendant près de deux siècles, a exploité sans relâche les Africains et leurs ressources.

Le président a lui-même qualifié ce phénomène de « ruse de l'histoire » et de « butin de guerre » : la langue française était « arrivée par la volonté de dominer et conquérir ». Sa « ruse » ne portait pas sur l'arrivée de la langue, mais sur ce que les Africains en ont fait par la suite. Ils l'ont reprise, bousculée, transformée. C'est cela qu'il saluait. Mais cet hommage reste incomplet. Car si le français est aujourd'hui un outil de création, il fut d'abord un outil de domination. Un outil imposé par le travail forcé, le Code noir et le Code de l'indigénat. Et le bassin du Congo, qu'il cite comme épicentre, fut l'un des territoires les plus durement touchés par cette violence. On peut saluer le résultat sans en oublier le prix.

La France n'est pas arrivée en Afrique avec des livres de poésie, mais avec des administrateurs, des militaires et des exploitants

Il y a donc une forme de maladresse, voire d'indécence, à célébrer la francophonie comme si elle était née d'un paisible échange culturel. La France, au XIXe et au XXe siècle, n'est pas arrivée en Afrique centrale avec des livres de poésie. Elle est arrivée avec des administrateurs, des militaires et des exploitants. Elle a instauré un système qui niait l'humanité des populations locales pour mieux les asservir. La langue française était un instrument de ce système, un outil de domination avant d'être un outil de création. Passer directement de cette réalité brutale à la célébration d'un « épicentre » africain, sans transition, sans reconnaissance explicite des crimes commis, c'est demander aux Africains d'applaudir un héritage qu'ils n'ont jamais choisi.

En réalité, le discours du président Macron révèle une contradiction française persistante : vouloir tourner la page coloniale sans l'avoir véritablement lue. On se réjouit de la diffusion de la langue, on salue la créativité qu'elle permet, mais on reste discret sur les conditions matérielles et humaines de cette diffusion. Il mérite que l'on reconnaisse, clairement et sans fioritures, que si la jeunesse africaine parle français aujourd'hui, c'est d'abord parce que ses aïeux ont subi l'une des oppressions les plus dures de l'ère coloniale. Tant que cette phrase ne sera pas prononcée avec la même clarté que celle sur l'« épicentre linguistique », les discours d'Emmanuel Macron resteront ce qu'ils sont : des exercices de style, élégants en surface, mais creux là où la mémoire saigne encore.

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