Khartoum plaide pour sa réintégration au sein de l’Union africaine
© Getty ImagesÀ Addis-Abeba, le Soudan a demandé la levée de sa suspension de l’Union africaine, en vigueur depuis 2021. Khartoum accuse les Forces de soutien rapide et des acteurs étrangers d’alimenter le conflit et menace la stabilité régionale. L’Union africaine devra arbitrer entre exigences politiques et impératif de stabilisation.
Le Soudan tente de rompre son isolement diplomatique. À Addis-Abeba, le ministre soudanais des Affaires étrangères, Mohieddin Salem, a appelé l’Union africaine à lever la suspension de son pays, en vigueur depuis octobre 2021 après le coup d’État militaire. S’exprimant lors d’une session informelle du Conseil de paix et de sécurité, il a dénoncé des « ingérences extérieures » et des « agendas régionaux » qui, selon lui, alimentent la guerre opposant l’armée aux Forces de soutien rapide (FSR).
La réunion, présidée par le chef de la diplomatie égyptienne Badr Abdelatty, marque la première participation d’un ministre soudanais à ce niveau depuis la suspension. Un signal politique fort, alors que Khartoum cherche à regagner une légitimité continentale.
Khartoum pointe du doigt les ingérences étrangères
Devant les représentants des quinze États membres du Conseil, ainsi que des délégués des Nations unies, de la Ligue arabe et de l’IGAD, le ministre soudanais a exhorté l’organisation panafricaine à adopter une position « ferme » face aux exactions attribuées aux FSR.
Il a notamment évoqué les attaques récentes au Kordofan contre des convois du Programme alimentaire mondial, qualifiées de « dangereuse escalade ». Selon lui, les FSR bénéficieraient d’armes sophistiquées, de drones et du soutien de mercenaires fournis par des puissances étrangères, une dynamique qui ferait peser une menace directe sur la stabilité régionale. Le Caire a appuyé cet argumentaire, soulignant que l’effondrement du Soudan aurait des répercussions sécuritaires bien au-delà de ses frontières.
Mohieddin Salem a également réaffirmé l’attachement de son gouvernement à la Déclaration de Djeddah de mai 2023, censée ouvrir la voie à un cessez-le-feu et à un règlement politique. Il a plaidé pour une coordination accrue avec l’Union africaine afin de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire et d’encourager un processus « conduit par les Soudanais eux-mêmes ».
Reste que la levée de la suspension dépendra de garanties politiques et institutionnelles que nombre de capitales africaines jugent encore insuffisantes. Pour Khartoum, le retour au sein de l’organisation continentale constituerait toutefois un pas décisif vers la normalisation et un appui diplomatique crucial dans un conflit qui fragilise l’ensemble de la Corne de l’Afrique.