International

Pays-Bas, Pologne, Italie… Des agriculteurs expriment leur colère dans plusieurs pays européens

Le secteur agricole européen est secoué par plusieurs mouvements de contestation, de l’Italie à la Pologne, en passant par les Pays-Bas. Autant de pays ayant connu des manifestations spontanées, dans un contexte de hausse des prix.

Depuis le 4 juillet, plusieurs pays européens, comme l’Italie, les Pays-Bas ou encore la Pologne, connaissent une vague protestataire émanant du monde agricole, dans un contexte particulièrement rude marqué par une hausse généralisée des prix et la mise en place de mesures visant à endiguer le changement climatique.

Aux Pays-Bas, ce sont ainsi des centaines d'agriculteurs qui ont mené différentes actions coup de poing, dont une opération escargot, et ont manifesté en protestation d'un plan gouvernemental prévoyant la réduction des émissions d’azote.

Les forces de l’ordre ont notamment fait usage de leurs armes de service le 5 juillet, lors d’un rassemblement dans le nord du pays, à Heerenveen. Des supermarchés ont été bloqués, ainsi que leurs chaînes de distribution. Selon plusieurs vidéos partagées sur les réseaux sociaux, des agriculteurs néerlandais auraient mené une opération de blocage à la frontière avec l’Allemagne.

A en croire d'autres images, le slogan «Pas d'agriculteurs, pas de nourriture» aurait par ailleurs été formé à l'aide de véhicules agricoles lors d'un rassemblement à Moerdijk, au Sud de Rotterdam.

En Italie, dont la partie nord est frappée par la sécheresse, les agriculteurs se sont mobilisés pour dénoncer la spéculation sur les denrées alimentaires et la flambée des prix qui, selon eux, en découle. En Calabre, un important cortège de tracteurs a ainsi défilé dans la région sous la houlette du jeune Movimento Territorio e Agricoltura (Mouvement Territoire et Agriculture), a rapporté le Corriere della Calabria le 6 juillet.

Des slogans tels que «Nous ne sommes pas des esclaves, nous sommes des agriculteurs» ou encore «Allons à Rome» auraient été scandés selon des publications partagées par le parti souverainiste Ancora Italia. La formation politique s'est félicitée de la mobilisation des agriculteurs italiens. «L'injustifiable augmentation des prix des matières premières et des biens de première nécessité – fruits des choix politiques scélérats et bellicistes de ce gouvernement [Mario Draghi] – est en train de mettre à genoux nos agriculteurs», a écrit le parti sur Twitter.

D'autres publications témoignent d'une manifestation dans le centre de la capitale polonaise, Varsovie, le 7 juillet, devant le ministère de l’Agriculture. Ainsi qu'annoncée par la presse locale, la mobilisation dénonçait l'inflation liée à «l’importation incontrôlée» de céréales et d’autres denrées depuis l’Ukraine.

Cité par l'hebdomadaire Do Rzeczy, le mouvement politique agraire conservateur AGROunion estime en effet que le stockage en Pologne de céréales ukrainiennes serait à l'origine d'une «déstabilisation des marchés céréaliers» et participerait aux difficultés rencontrées par les agriculteurs polonais qui peinent à «vendre et à stocker leurs récoltes».

Alors que ces différentes mobilisations ne bénéficient pour l'heure que d'un faible écho médiatique, il est à noter qu'elles surviennent au moment où les pays membres de la zone euro connaissent une inflation importante et que la monnaie unique a récemment atteint son plus bas niveau, depuis deux décennies, face au dollar américain.

Selon les récentes analyses portant sur la hausse des prix des denrées alimentaires, il s'agit d'un phénomène aux causes potentielles multiples, parmi lesquelles le redémarrage de l'économie post-Covid-19 et le conflit en Ukraine – Moscou contestant néanmoins jouer un rôle dans cette inflation et pointant l'impact des politiques de relance américaines. Fin juin, le médiatique président du comité stratégique des centres E. Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, estimait pour sa part que l'Ukraine avait «bon dos» pour expliquer à elle seule une flambée des prix qu'il a pour sa part qualifiée de «suspecte».