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Sous la pression américaine, l'extradition d'Assange de retour devant la justice britannique

La justice britannique, qui avait rejeté la demande américaine d'extradition du journaliste, se penche sur l'appel déposé par Washington. Toujours enfermé au Royaume-Uni, Julian Assange risque 175 ans de prison s'il était extradé aux Etats-Unis.

Les Etats-Unis abattent l'une de leurs dernières cartes pour obtenir l'extradition de Julian Assange. La justice britannique va examiner les 27 et 28 octobre l'appel américain contre son refus d'extrader le fondateur de WikiLeaks, poursuivi pour une fuite massive de documents dans une affaire qualifiée par ses défenseurs de politique et d'attaque contre la liberté d'expression.

La juge britannique Vanessa Baraitser avait rejeté en janvier 2021 la demande d'extradition américaine, en raison selon elle du risque de suicide de l'Australien de 50 ans, qui risque 175 ans de prison aux Etats-Unis. Le tribunal avait néanmoins rejeté les arguments relevant de la défense de la liberté d'expression, faisant dire à l'actuel rédacteur en chef de WikiLeaks, Kristinn Hrafnsson, que cette décision de justice ne constituait «pas une victoire pour le journalisme». 

Washington avait par ailleurs obtenu de pouvoir faire appel de cette décision, remettant notamment en cause la fiabilité d'un expert qui avait témoigné de la santé mentale fragile de Julian Assange.

Ce à quoi nous assistons est un meurtre

Cet appel, qui doit se dérouler sur deux jours, constitue l'un des derniers recours pour Washington qui, en cas de nouvelle défaite, n'aurait plus qu'une possibilité – saisir la Cour suprême britannique, sans garantie que cela lui soit accordé.

Julian Assange a été arrêté par la police britannique en avril 2019 après avoir passé sept ans cloîtré dans l'ambassade d'Equateur à Londres, où il s'était réfugié alors qu'il était en liberté sous caution. Il craignait une extradition vers les Etats-Unis ou la Suède, où il a fait l'objet de poursuites pour violences sexuelles qui ont depuis été abandonnées. L'Australien, soutenu par de nombreuses organisations de défense de la liberté de la presse, est poursuivi pour avoir diffusé à partir de 2010 plus de 700 000 documents classifiés sur les activités militaires et diplomatiques américaines, notamment en Irak et en Afghanistan, impliquant des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Ses soutiens invitent les Etats-Unis à poursuivre les «criminels de guerre» plutôt que le journaliste qui a révélé leurs méfaits.

Amnesty International, Human Rights Watch et Reporters sans frontières demandent l'abandon des poursuites

Julian Assange est incarcéré dans la prison de haute sécurité de Belmarsh, à l'est de Londres. Plusieurs experts médicaux ont dénoncé des conditions de détention relevant de la torture psychologique. En février 2020, 117 médecins ont publié une lettre ouverte dans la revue The Lancet pour réclamer la fin des «tortures et privations de soins».

Selon sa compagne Stella Moris, qui lui a rendu visite en prison le 23 octobre, Julian Assange est «très mal en point». «[Il] ne survivrait pas à une extradition, c'est la conclusion de la juge», a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse.

10 ans, ça suffit, libérez Assange maintenant !

Toujours le 23 octobre, des centaines de manifestants s'étaient réunis devant la Haute cour de Londres, aux côtés de Stella Moris, pour réclamer sa libération. Ils étaient munis de pancartes «N'extradez pas Assange», «Le journalisme n'est pas un crime» ou encore «10 ans, ça suffit, libérez Assange maintenant !». Plusieurs organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse – dont Amnesty International, Human Rights Watch et Reporters sans frontières –, «profondément inquiètes», ont quant à elles demandé mi-octobre dans une lettre ouverte au procureur général américain d'abandonner ses poursuites. 

La directrice des campagnes internationales de Reporters sans frontières, Rebecca Vincent, a estimé que Joe Biden avait manqué l'occasion de se «distancer de ses prédécesseurs», appelant comme tous les soutiens du fondateur de WikiLeaks à l'abandon des poursuites contre Julian Assange. Le rédacteur en chef de WikiLeaks, Kristinn Hrafnsson, a quant à lui jugé «impensable que la Haute-Cour de Londres parvienne à toute autre conclusion qu'une confirmation» du refus d'extradition.

«Ce à quoi nous assistons est un meurtre», avait pour sa part déclaré le 22 octobre l'ancien analyste de la NSA Edward Snowden, lanceur d'alerte lui aussi recherché par les Etats-Unis, et qui bénéficie actuellement du statut de résident permanent en Russie.