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Sommet diplomatique sur l'Afghanistan à Moscou en présence d'une délégation talibane

Des délégations de Chine, du Pakistan ou encore des Taliban sont attendues à Moscou ce 20 octobre pour des pourparlers sur l'état politique et sécuritaire de l'Afghanistan. Washington a de son côté déclaré ne pas pouvoir y prendre part.

Mercredi 20 octobre

Les Taliban prêts à collaborer avec la Russie, l'Iran et la Chine pour stabiliser l'Afghanistan.

Entretien avec Olivier Crone, ancien officier en Afghanistan et ancien conseiller politique à Kaboul. Il était invité pour évoquer le sommet diplomatique sur l’Afghanistan à Moscou.

Grand reporter pour RT France, Régis Le Sommier revient sur les enjeux de cette réunion consacrée à l'Afghanistan. Il rappelle qu'il s'agit d'un pays «extrêmement difficile à gouverner» et «qui se conçoit à travers sa géographie». Il évoque des pourparlers qui essaient «de voir un peu plus clair sur ce qui va se passer et comment la situation pourrait évoluer».

Les Taliban doivent tenir leurs engagements en matière de respect des droits humains et de pluralisme politique pour pouvoir compter sur une reconnaissance de la communauté internationale, a fait savoir ce 20 octobre l'émissaire du Kremlin pour l'Afghanistan.

«Cela a été dit à la délégation afghane, ce moment n'interviendra que si elle commence à se tenir à la majeure partie des attentes de la communauté internationale concernant les droits de l'homme et le caractère inclusif [des institutions]», a déclaré Zamir Kaboulov, à l'issue de pourparlers internationaux avec les Taliban à Moscou.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov prend la parole pour inaugurer ce nouveau round de discussions sur l'Afghanistan.

Lors de son discours, il a exprimé ses «regrets» quant au refus de Washington de participer à ces discussions pour la seconde fois, espérant qu'un représentant américain pourrait participer à de prochains rounds de négociations.

Le ministre russe a fait part de son espoir que les autorités afghanes puissent prendre en compte les différentes forces politiques et ethniques du pays, dans le cadre du «nouvel équilibre des forces» qui s'est imposé depuis la prise de pouvoir des Taliban. «Il est difficile de qualifier de stable la situation dans le pays», a remarqué Sergueï Lavrov, insistant sur le fait que des groupes terroristes comme Daesh et des organisations de narcotrafiquants tentaient de tirer profit de l'instabilité.

«La présence des pays occidentaux pendant 20 ans a conduit à ce que nous voyons maintenant», a noté le ministre russe, insistant sur l'importance du rôle à venir de l'ONU.

Il a également annoncé l'envoi prochain d'une aide humanitaire au «peuple afghan ami».

Depuis 2017, la Russie organise des pourparlers diplomatiques sur la situation en Afghanistan au format dit «de Moscou», réunissant les envoyés des puissances de la région : outre le pays concerné et l'Etat hôte, la Chine, l'Inde, l'Iran et le Pakistan y prennent part. Or ce 20 octobre 2021, le sommet qui se tient à Moscou dans ce format aura une importance singulière : il sera l'occasion pour une délégation des Taliban, les nouveaux maîtres de l'Afghanistan depuis mi-août, de s'asseoir à la table des négociations. 

Les Etats-Unis, invités, ont annoncé qu'ils ne participeraient pas au sommet, le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price invoquant des difficultés logistiques. «Nous serons heureux de participer à ce forum à l'avenir, mais nous ne pouvons y prendre part cette semaine», a-t-il déclaré, précisant que ces rencontres avaient «été efficaces dans le passé».

Crise humanitaire se profilant

Ces pourpiers porteront de la situation politique et militaire du pays et sur les efforts de la communauté internationale pour prévenir une crise humanitaire dans le pays, selon un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères.

Car l'Afghanistan, dont les forces militaires américaines se sont retirées dans la précipitation cet été, est encore loin de connaître stabilité : selon l'AFP, le pays reste économiquement paralysée en raison du gel, depuis le retour des Taliban au pouvoir, de tous les avoirs du pays et des aides internationales, qui maintiennent le pays sous perfusion. Un tiers de la population afghane serait menacée de famine, selon les Nations unies.

Sur le plan sécuritaire, la branche locale de Daesh, l'Etat islamique - Khorasan (EI-K), a revendiqué une série d'attentats destinés à déstabiliser «l'émirat» proclamé par les Taliban. 

Enfin, sur le plan politique, le gouvernement formé début septembre par les Taliban n'est reconnu par aucun Etat à ce jour. Des grandes puissances parmi lesquelles la Russie et les Etats-Unis plaident pour la formation d'un gouvernement ouvert aux différents pans de la société afghane et attendent des efforts du groupe islamiste en ce sens.