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Vers un gouvernement afghan «vraiment inclusif» ? Le Drian espère que les Taliban «ont changé»

Jean-Yves Le Drian a exprimé ses attentes concernant l'Afghanistan au regard de l'arrivée au pouvoir des Taliban. Il s'est notamment félicité du fait que le mouvement islamiste soit entré dans des négociations avec les Etats-Unis.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s'est exprimé le 17 août sur Radio France à propos de la situation politique en Afghanistan où les Taliban ont repris le contrôle de Kaboul le 15 août

Il faut un gouvernement vraiment inclusif et représentatif, qui montre que les Taliban ont changé

Emboîtant le pas de ses homologues étasunien, russe et chinois, le chef de la diplomatie française a notamment plaidé en faveur de l'instauration d'«un gouvernement vraiment inclusif et représentatif, qui montre que les Taliban ont changé». «Ce n'est pas la même génération que ceux qui contrôlaient le pays entre 1996 et 2001 [...] ils sont entrés dans des négociations, en particulier avec les Etats-Unis», a en effet souligné Jean-Yves Le Drian. «Ils ont annoncé qu'ils respecteraient les droits acquis au cours des vingt dernières années en Afghanistan, il faut qu'ils le démontrent», a-t-il encore déclaré.

Le dossier afghan au cœur des préoccupations internationales

Les propos du ministre français interviennent dans la foulée d'une position similaire affichée à Washington, où le secrétaire d'Etat Antony Blinken a estimé, notamment lors d'un entretien téléphonique le 16 août avec la diplomatie chinoise, que les Taliban devaient «opter pour une passation de pouvoir ordonnée [et] établir un gouvernement inclusif».

«Notre position vis-à-vis d'un quelconque futur gouvernement en Afghanistan dépendra du comportement de ce gouvernement. Elle dépendra du comportement des Taliban [...] Un futur gouvernement afghan qui préserve les droits fondamentaux de son peuple, y compris de la moitié de sa population, ses femmes et ses filles, et qui n'offre pas de refuge aux terroristes, c'est un gouvernement avec lequel nous pourrions travailler», a par ailleurs assuré le jour-même le département d'Etat américain par le biais de sa porte-parole, citée par l'AFP.

A Moscou et à Pékin, les diplomaties se montrent tout aussi préoccupées par la nouvelle donne en Afghanistan. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a ainsi plaidé le 17 août pour «un dialogue participatif qui impliquerait toutes les forces principales, peut être un pas vers la normalisation de la situation en Afghanistan».

Quant au chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, il a fait savoir, lors de son entretien téléphonique avec Antony Blinken, que la Chine était prête à davantage communiquer avec les Etats-Unis pour promouvoir «une résolution en douceur» de la question afghane, afin d'éviter une nouvelle guerre civile ou une catastrophe humanitaire dans le pays, mais aussi pour que le pays ne redevienne pas un refuge pour les groupes terroristes.

Concomitamment aux récentes déclarations de Jean-Yves Le Drian sur la situation en Afghanistan, le chef de la diplomatie de l'Union européenne, Josep Borrell a affirmé le 17 août : «Les Taliban ont gagné la guerre. Donc, nous devrons parler avec eux, afin d'engager un dialogue aussi vite que nécessaire pour éviter une catastrophe humanitaire.» Une position qui tranche avec les propos tenus par le même le haut responsable de l'UE qui, cinq jours plus tôt, avait directement menacé le mouvement islamiste en ces termes : «S’ils prennent le pouvoir par la force et rétablissent un émirat islamique, les talibans ne seront pas reconnus (diplomatiquement), ils subiront l’isolement, un manque de soutien international et la perspective d’un conflit continu et d’une instabilité prolongée en Afghanistan.»