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«Il ne produit plus de solutions utiles» : Macron critique le Conseil de sécurité

Le président français Emmanuel Macron estime que le Conseil de sécurité n'est plus à même de répondre efficacement aux crises que traverse le monde. Un avis partagé par le président de l'Assemblée générale de l'ONU, qui souhaite le réformer.

Dans un entretien accordé à la revueLe Grand Continent et publié le 16 novembre, le président français a vivement critiqué le Conseil de sécurité de l’ONU, affirmant que cette instance ne produisait «plus de solutions utiles». Selon le chef d'Etat, qui défend un «nouveau multilatéralisme», il est en effet nécessaire de «chercher les voies d’une coopération utile» pour faire face aux crises majeures de 2020, que sont la pandémie et le terrorisme.

Ce qu'il ne juge donc plus possible de faire dans le cadre actuel du Conseil de sécurité. «Cela implique d’acter que les cadres de la coopération multilatérale sont aujourd’hui fragilisés, parce qu’ils sont bloqués : je suis obligé de constater que le Conseil de sécurité des Nations Unies ne produit plus de solutions utiles aujourd’hui ; nous sommes tous coresponsables quand certains deviennent les otages des crises du multilatéralisme, comme l’OMS par exemple», soutient-il.

Pour le président français, la solution viendra d'une Europe politique forte, qui permettra selon lui à la France de peser davantage, pour lui «la seule possibilité pour imposer nos valeurs, notre voix commune, pour éviter le duopole sino-américain, la dislocation, le retour de puissances régionales hostiles». Evoquant un «jeu russe» et un «jeu chinois», le locataire de l'Elysée affirme que l’année 2020 est marquée par une «crise du cadre multilatéral de 1945 [...] mais, plus grave à [ses] yeux, au fond, une crise de l’universalité des valeurs portées par ses structures».

«Il y a un relativisme contemporain qui vient, qui est vraiment une rupture, et qui est le jeu de puissances qui ne sont pas à l’aise avec le cadre des droits de l’Homme des Nations Unies», conclut-il.

Appels à la réforme

Des critiques auxquelles a fait écho le président de l'Assemblée générale de l'ONU, l'ex-ministre turc Volkan Bozkir. Lors d'un débat organisé par l'Assemblée générale le 16 novembre, ce dernier a estimé qu'à de nombreuses reprises, le Conseil avait «failli à sa responsabilité de maintenir la paix et la sécurité internationales».

«Les intérêts concurrents de ses membres et le recours fréquent au droit de veto ont limité l'efficacité du Conseil de sécurité», a ajouté le diplomate turc. «Même dans certaines des crises humanitaires les plus urgentes, le Conseil n'a pas pu apporter une réponse opportune et adéquate. C'est un grave revers par rapport aux principes fondateurs de l'ONU et à nos efforts communs pour construire un monde pacifique», a encore poursuivi Volkan Bozkir, avant de conclure que la réforme du Conseil de sécurité était selon lui «un impératif inévitable, à la fois difficile et essentiel».

Depuis le déclenchement de la pandémie de Covid-19 en début d'année, ce Conseil n'a tenu que très peu de réunions sur les conséquences du virus pour la stabilité de la planète. Il lui a fallu plus de trois mois pour dépasser des divergences sino-américaines afin d'adopter le 1er juillet une résolution rédigée par Paris et Tunis, appelant à davantage de coopération et à un cessez-le-feu dans les pays en conflit pour faciliter la lutte contre la pandémie.

Lors du débat du 16 novembre, les 193 membres de l'ONU ont parlé du droit de veto, de l'élargissement de l'instance et de sa représentativité régionale. Mais avec des divergences toujours profondes qui ne laissent pas augurer d'une relance positive des discussions menées depuis 13 ans sur une réforme.