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Eric Dupond-Moretti exhorté par une association à accorder l'asile à Julian Assange

L'association Robin des Lois a interpellé le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti afin que la France accorde l'asile à Julian Assange. L'actuel garde des Sceaux était l'avocat du fondateur de WikiLeaks jusqu'au 6 juillet, date de sa nomination.

L'association Robin des Lois a appelé ce 20 août le gouvernement français à accorder l'asile politique à Julian Assange en interpellant, dans une lettre, le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti. Le ministre était l'avocat du fondateur de WikiLeaks, jusqu'à sa récente nomination, et avait plaidé pour l'octroi de cette protection en février.

«On demande rendez-vous à Eric Dupond-Moretti pour qu'il relance la demande d'asile au président Emmanuel Macron, une demande qu'il avait formulée à cor et à cri en février lorsqu'il était devenu l'avocat de Julian Assange», a expliqué à l'AFP François Korber, délégué général de l'association Robin des Lois. Celui-ci a fourni en substance la même analyse ce 20 août sur RT France. Selon lui, «si la France lui accorde l’asile, l’Angleterre est obligée de lui remettre» Assange, du fait du Brexit et des traités qui uniront les deux pays d'ici la concrétisation de la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne.

Lors d'une conférence de presse organisée avec Reporter sans frontières en février, Eric Dupond-Moretti avait en effet exhorté Emmanuel Macron à accorder l'asile politique à Julian Assange au vu de sa «situation désespérée». «Les 175 ans de prison qu'on lui promet aux Etats-Unis, c'est une peine indigne, insupportable et contraire à l'idée que l'on peut tous se faire des droits de l'Homme», avait-il poursuivi. 

Si un pays européen accorde aujourd’hui l’asile à Julian Assange, la protection subsidiaire s’applique et les autorités britanniques ne pourront pas l’extrader, même si le tribunal de Londres l’ordonnait

Interrogé par Le Monde, John Shipton, le père de Julian Assange, a répondu, le 18 août, n’avoir eu aucune nouvelle sur d’éventuelles démarches engagées en France depuis les annonces du 20 février. 

Ainsi, dans un courrier au ministre Dupond-Moretti, l'association Robin des Lois, qui milite pour l'amélioration des droits des détenus, reprend cette proposition et «émet le souhait que l’Etat français prenne l’initiative de proposer à Julian Assange l'asile politique». «Les conditions politiques et juridiques sont, semble-t-il, réunies pour qu’un tel statut puisse bénéficier au prisonnier politique le plus connu au monde actuellement», est-il en outre écrit dans ce courrier dont l'AFP a obtenu copie. «La proposition de rencontre de Robin des Lois sera étudiée et une réponse leur sera faite en conséquence», a assuré la Chancellerie, interrogée par l'AFP. Cependant, ajoute-t-elle, «le garde des Sceaux ne peut pas interférer dans des procédures de demande d'asile qui relèvent de la responsabilité d'un organisme indépendant, l'Ofpra», l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Quelle faisabilité ?

Concrètement, Emmanuel Macron peut décider d'accorder un tel asile en vertu de l’article 53-1 de la Constitution qui prévoit en particulier que «les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté».

Par ailleurs, le Brexit étant engagé, «si un pays européen accorde aujourd’hui l’asile à Julian Assange, la protection subsidiaire s’applique et les autorités britanniques ne pourront pas l’extrader, même si le tribunal de Londres l’ordonnait», explique Emmanuel Ludot, l’avocat de Robin des Lois, cité par Le Monde. Le procès examinant la demande d’extradition à Londres a commencé le 24 février durant quatre jours et doit se poursuivre le 7 septembre pour au moins trois semaines.

Ce serait pour le président de la République une initiative magnifique en faveur des droits de l’homme qui serait saluée dans le monde entier

Comme le rapporte LeMonde, au cas où Emmanuel Macron déciderait d’accorder un tel asile, Robin des Lois est déjà en train d'étudier le moyen de sécuriser dans le temps ce qui serait une «décision politique réversible». L’association a donc préparé une requête auprès du président du tribunal judiciaire de Créteil, dont dépend le siège de l’Ofpra dans le Val-de-Marne, afin de permettre à Assange de déposer une demande formelle d’asile sans être présent sur le territoire.

«Assange ne représente plus le même enjeu pour les Etats-Unis d’aujourd’hui»

Sur RT France ce 20 août, François Korber a estimé que la France ne devrait pas s'embarrasser de ce que pensent les Etats-Unis et que l'affaire Assange vaudrait la peine de «se fâcher un peu» avec cet allié. La France, «c'est le pays des droits de l'homme, il y a un homme qui est en train de mourir en prison [...] il est accusé d'espionnage, ce n'est pas un espion, c'est un journaliste», selon François Korber, qui ajoute que la France s'honorerait à lui accorder l'asile. «Face à cela, que pèsent les intérêts américains ?», demande-t-il. «Moi je ne me lève pas tous les matins en pensant aux intérêts américains», poursuit-il.

«Assange a révélé l’envers du décor d’une Amérique va-t-en-guerre relevant d’une époque révolue, il ne représente plus le même enjeu pour les Etats-Unis d’aujourd’hui», fait en outre remarquer François Korber au Monde. Sur le plan politique, accorder l’asile à Assange «serait pour le président de la République une initiative magnifique en faveur des droits de l’homme qui serait saluée dans le monde entier», estime l'avocat Emmanuel Ludot.

En 2015, Julian Assange avait présenté une requête d'asile en France de manière informelle, dans une longue lettre ouverte publiée par Le Monde. Mais le président François Hollande avait rejeté cette demande.