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«On affame le peuple syrien» : le chef du Hezbollah réagit à l'entrée en vigueur de la loi César

Le chef du Hezbollah a fustigé les nouvelles sanctions américaines prévues par la loi César. Il a affirmé que le mouvement chiite libanais n'abandonnerait pas la Syrie face à la guerre économique à venir.

Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, a réagi le 16 juin à l'entrée en vigueur de la loi César, avec laquelle Washington entend «favoriser la responsabilisation du régime d’Assad» à travers une série de sanctions visant Damas, ses alliés et toute entreprise participant à l'actuelle reconstruction du pays. Prévue ce 17 juin, l'entrée en vigueur des sanctions américaines «vise à affamer le Liban comme elle vise à affamer la Syrie», a estimé le secrétaire général du mouvement chiite libanais, militairement engagé avec l'armée syrienne.

On affame le peuple syrien, on porte atteinte à la livre

«La Syrie a remporté la guerre [...] sur le plan militaire, sécuritaire et politique», a déclaré Hassan Nasrallah, considérant que la loi César était «la dernière arme pour assiéger la Syrie et faire pression» sur le pays, déjà ciblé par des sanctions économiques américaines et européennes. «On affame le peuple syrien, on porte atteinte à la livre», a-t-il poursuivi, affirmant que «les alliés de la Syrie, qui se sont tenus à ses côtés durant la guerre [...] n'abandonneront pas la Syrie face à la guerre économique et n'autoriseront pas sa chute».

Dans les faits, la loi César élargit l'étendue de sanctions déjà existantes. Elle prévoit notamment un gel de l'aide à la reconstruction et des mesures punitives contre des entités étrangères collaborant avec Damas, dont font partie les entités russes ou encore iraniennes présentes en Syrie.

Comme le rapporte l'AFP, le texte prévoit également des «mesures spéciales» contre la Banque centrale syrienne s'il était avéré qu'elle se livre à des opérations de blanchiment d'argent.

Ravagé par une guerre qui a débuté neuf ans plus tôt, le pays est confronté à une grave crise économique, marquée par une dépréciation de la livre syrienne et une explosion de l'inflation. Le Liban est lui aussi englué depuis plusieurs mois dans un naufrage économique, confronté à un effondrement de la monnaie nationale et à une pénurie de dollars. 

Poids lourd de la vie politique libanaise, le Hezbollah est la seule faction politique à ne pas avoir abandonné son arsenal militaire au sortir de la guerre civile (1975-1990). 

S'adressant à l'exécutif libanais, le chef du Hezbollah a appelé à «ne pas [se] soumettre à la loi César», alors que certaines exportations libanaises transitent par la Syrie.

Damas fustige du «terrorisme économique»

Promulguée en décembre 2019 par la présidence américaine, la loi César (Caesar Syria Civilian Protection Act of 2019) tient son nom d'un ancien photographe de la police militaire syrienne qui a quitté le pays en 2013, emportant avec lui des dizaines de milliers d'images prises dans les prisons du pays. «Son audition, incognito, devant le Congrès américain en 2014 avait été à l'origine [du texte de loi]. Lors d'une apparition en mars 2020 au Sénat des Etats-Unis [...] le transfuge a appelé Washington à passer à l'acte pour sanctionner Damas», notait l'AFP dans une dépêche du 8 juin.

De son côté, la diplomatie syrienne souligne que les sanctions découlant de cette loi ne feront qu'aggraver les difficultés auxquelles sont confrontés les Syriens. Début juin, une source du ministère syrien des Affaires étrangères, citée par l'agence de presse publique Sana, «condamn[ait] fermement le renforcement des mesures coercitives imposées par l'administration américaine à travers la loi César», fustigeant une forme de «terrorisme économique».