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Migrants, une crise mondiale potentiellement explosive

Alors que Calais est sous le feu des projecteurs et que le sort des migrants s'accrochant aux camions fait la Une des journaux, RT France analyse les ressorts d'une crise migratoire sans précédent et les dangers dont elle est porteuse.

600 000 réfugiés attendent actuellement en Libye de pouvoir émigrer en Europe. Ils représentent trois années de migration, au rythme actuel des événements. Une poussée migratoire intense, auquel le Vieux continent n'était pas préparé. Alors que l'Europe politique peine à apporter des solutions efficaces et solidaires à cette crise, les extrêmes, eux, prospèrent aux quatre coins de l'Union. Quant aux migrants en quête d'une vie meilleure, ils continuent à s'entasser par centaines de milliers dans des camps de fortune, souvent au péril de leur vie.

Tour d'horizon d'une crise migratoire historique et potentiellement explosive.

En 2014, plus de 600 000 réfugiés ont demandé l'asile en Europe, c'est 45% de plus que l'année précédente. Leurs principaux pays d'origine sont la Syrie, l'Erythrée, l'Afghanistan et le Mali. 

Plusieurs événements régionaux ont conduit au pic migratoire auquel nous assistons aujourd'hui. Le renversement, en 2011, du régime de Mouammar Kadhafi par des insurgés épaulés par une coalition internationale, est sans nul doute l'un d'eux. Le Guide, cornaqué par Bruxelles, veillait au grain en retenant une bonne partie des migrants, parvenus en Libye. Le pays riche en pétrole était par ailleurs une terre d'emploi fertile pour nombre d'Africains. Plongée dans le chaos politique le plus total depuis 2012, la Libye est donc devenue, en l'espace de quelques mois seulement, le principal point de passage de l'Afrique vers l'Europe. 

En 2014, par exemple, plus de 200 000 migrants ont emprunté la périlleuse voie de la Méditerranée pour atteindre l'Europe. Les passeurs libyens entassant sans vergogne toujours plus de réfugiés sur de malheureux rafiots, véritables cercueils des mers. 75% des décès de migrants se sont d'ailleurs produits l'année passée en Méditerranée. 

La Syrie, ravagée par une guerre intestine et par la montée en puissance du groupe terroriste Daesh sur ses terres, s'est également transformée en pourvoyeuse de migrants à grande échelle. Les réfugiés syriens sont en effet les principaux demandeurs d'asile en Europe, depuis deux ans.

Si certains fuient la guerre (Syrie, Irak) ou les persécutions de dictatures sanglantes (Erythrée), d'autres prennent la route de l'exil dans l'espoir d'une vie meilleure (Mali, Turquie, Tunisie). Mais la différence entre ces réfugiés politiques et ces migrants économiques est souvent brouillée par le fait que certains subissent de terribles sévices, infligés notamment par les passeurs libyens réputés cruels, au cours de leur exode. La confusion est donc grande.

Pour l'écrivain et journaliste, Domique Jamet, interviewé par RT, «l'Europe n'est pas une maison mais une passoire».

Loin devant tout le monde : l'Italie et la Grèce. Ces deux pays, submergés par des flots de migrants depuis le début de l'année 2015, sont les points d'entrée en Europe, les plus «populaires». La petite île grecque de Kos reçoit jusqu'à 300 migrants par jour !

Mais d'autres points chauds commencent à émerger. Les îles Canaries - territoire espagnol - sont ainsi très prisées par les migrants, tout comme le sud de l'Espagne. Une voie terrestre existe aussi à l'Est de l'Europe (depuis les Balkans, la Turquie, l'Ukraine, etc.), mettant sous pression des pays comme la Hongrie ou l'Autriche.

En attendant de voir leur situation peut-être régularisée, ces migrants sont entassés dans des centres pour réfugiés, surpeuplés et inadaptés. Ainsi, faute de place disponible dans celui de Kos (Grèce), les migrants fraîchement débarqués envahissent littéralement les rues et les trottoirs.

En Autriche, le centre de Traiskirchen est fait de vastes tentes blanches, ornées du sigle de la Croix Rouge et alignées les unes à côté des autres. On l'appelle «la ville aux tentes». En raison des mauvaises conditions de vie dans les centres d'hébergement autrichiens, le pays prévoit d'envoyer 500 migrants vers la Slovaquie voisine. De nombreux opposants ont qualifié cette décision de «dégoûtante» et de «dumping de l'asile».

 

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Et puis à côté de ces centres officiels, fleurissent des camps illégaux aux conditions sanitaires déplorables. A l'image de celui de la New Jungle à Calais, où les migrants, candidats à l'exil vers le Royaume-Uni, bâtissent désormais en «dur» à deux pas de la rocade.

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Paris n'est pas non plus épargnée. Ainsi, plusieurs camps de fortune accueillant des centaines de réfugiés, ont été évacués manu militari par les forces de l'ordre ces dernières semaines.

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Face à l'urgence, l'Europe apparaît pour le moins divisée, chacun tirant à hue et à dia.

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Affolés de voir autant de migrants frapper à leur porte, les parlementaires britanniques ont ainsi proposé de déployer l'armée pour empêcher les réfugiés d'entrer sur l'île. De son côté, la Hongrie, qui ploie sous un nombre record de migrants (de 2000 en 2012 à 54 000 depuis le début de 2015), a décidé de construire un mur le long de sa frontière avec la Serbie.

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Ces tentatives désespérées de stopper le flux migratoire sont nées de l'échec des négociations menées à l'échelle européenne ce printemps. Porté par la Commission, le projet devait permettre de soulager les pays du Sud par un mécanisme de répartition des migrants entre les pays-membres selon un système de quotas et de renforcer les frontières de l'Europe. Mais les «28» ne sont pas parvenus à un accord global, certains pays refusant la solidarité inhérente au plan Juncker.

Si des centres de tri de migrants devraient tout de même voir le jour en Italie et en Grèce - pour distinguer les réfugiés politiques et économiques - la chasse aux bateaux de passeurs libyens opérée par Frontex et Europol (agences de police aux frontières et de renseignements européennes) s'avère être un véritable fiasco. 

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Faute de soutien, l'Italie mettra-t-elle dans les prochains mois ses menaces à exécution ? A l'issue des débats à Bruxelles, le Premier ministre, Matteo Renzi, très en colère, avait en effet évoqué l'idée de délivrer à tous les migrants parvenus jusqu'en Italie des «laisser-passer», leur permettant de circuler librement au sein de l'Union européenne.

Si 55% des Européens se prononçaient pour une limitation de l'immigration en 2014, ce taux opère un bond retentissant dans le sud de l'Europe, comme en Grèce (86%) ou en Italie (80%). La première conséquence de cette crise est donc la montée d'un sentiment anti-immigration un peu partout dans l'Union. Les Européens, qui se débattent avec une crise économique et la flambée du chômage, ont du mal à faire face à cette pression migratoire intense.

Certains partis, ouvertement racistes, comme Pegida en Allemagne ou Aube dorée en Grèce, ont fait ces derniers mois une entrée fracassante dans le jeu politique local et national.

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Mais ce sentiment anti-immigration ne se fait pas que ressentir dans les urnes. Certains passent même parfois aux actes. Ainsi, dans la région de Dresde en Allemagne, des attaques contre les réfugiés sont régulièrement menées par des commandos qui peuvent être armés. De nombreux centres destinés à accueillir des migrants ont ainsi été incendiés ces dernières semaines.

Les rigueurs de l’hiver à venir risquent d’aggraver encore une situation déjà critique pour ces migrants, qu’ils vivent dans des centres de demandeurs d’asile, des camps ou simplement dans la rue. A l’heure actuelle, la situation semble complètement bloquée. Aucune solution politique ne s’esquisse, à moins que les dirigeants politiques ne profitent de leurs vacances pour plancher sur cette question et pouvoir ainsi proposer dès la rentrée des solutions concrètes.