International

Syrie : les frappes françaises débattues par le Parlement sans vote, deux jours après l'intervention

Tandis que le gouvernement français a pris la décision, sans consulter le Parlement, de s'aligner sur Washington et Londres pour bombarder la Syrie le 14 avril, députés et sénateurs débattent de l'intervention.

Mardi 17 avril

Frappes en Syrie : réactions d'élus à l'Assemblée nationale

Lundi 16 avril

La séance est levée.

Marielle de Sarnez, présidente de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, a évoqué «une opération menée avec responsabilité dans un cadre maîtrisé, proportionné et circonscrit à l'effet recherché : la destruction des capacités chimiques du régime syrien».

Edouard Philippe reprend la parole, après l'intervention des députés et sénateurs. Répondant à Christian Jacob, il assure que si le gouvernement n'a pas convoqué un débat avant les frappes, c'était pour conserver un «effet de surprise».

Evoquant le parallèle avec l'Irak, il souligne que le but de cette intervention était de «faire tomber [le] régime [de Saddam Hussein].» «Il n'en est pas question dans l'intervention [en Syrie]», ajoute-t-il. Edouard Philippe estime ensuite que l'utilisation d'armes chimiques en Syrie «n'est pas prétendue, elle est avérée». Cela constitue selon le Premier ministre une différence avec les prétendues armes de destruction massive irakiennes, prétexte à une invasion de ce pays par les Etats-Unis en 2003.

José Evrard, député non-inscrit, a débuté son discours en condamnant la décision d'Emmanuel Macron d'avoir bombardé la Syrie. Il a dénoncé l'«agression d'un Etat souverain [qu'il a qualifiée] indigne du point de vue moral et illégal du point de vue du droit».

Pour le député, avec cette intervention militaire, «la France participe à la destruction du système légal de l'ONU et détruit son propre droit de veto».

Il s'est ainsi ouvertement interrogé : «La France souhaite-t-elle en finir avec le droit international et suivre aveuglément les Etats-Unis ?»

José Evrard a continué son discours en remettant en question «des preuves qui n'existent pas», dénonçant par la suite que les sources d'information à ce sujet étaient issues des réseaux sociaux : il a ainsi fustigé «ceux qui se présentent en chef de guerre en doutant de leurs certitudes» et remis en question «les témoignages de la nébuleuse terroriste, de l'Observatoire syrien des droits de l'homme et des Casques blancs».

Au nom des patriotes, il a annoncé vouloir s'opposer «à toute nouvelle aventure, à toute nouvelle provocation d'attaques chimiques».

Le député Jean-Paul Lecoq, du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, a dénoncé l'ordre donné aux militaires français de frapper la Syrie : «Il fallait attendre l'ouverture et les conclusions de l'enquête internationale destinée à établir les faits, les preuves.» Il a ainsi déploré l'absence de «légitimité à une quelconque riposte», contredisant Edouard Philippe.

L'élu a par la suite dénoncé l'irresponsabilité des trois puissances ayant mené les frappes «en voulant jouer aux gendarmes du monde». Il a ainsi déploré un «suivisme français surprenant au regard du principe d'indépendance nationale».

Jean-Luc Mélenchon affirme : «Ceux qui ont recours aux armes chimiques doivent être châtiés.» Il déplore toutefois une intervention française «sans preuves» et, évoquant les ressources naturelles présentes en Syrie, estime que cela donne à chacun «de puissantes raisons d'agir et de se sentir concerné».

Il rappelle l'absence de «mandat de l'ONU» et note que l'intervention de la France en Syrie a eu lieu «sans aucun allié de l'Union européenne». Dénonçant ainsi une «fumisterie», il souligne que l'intervention n'avait pas d'«objectif probant».

Le chef de file des Insoumis s'étonne du fait que la destruction annoncée d'usines présumées de production d'armes chimique ne dégage pas «une seule petite bouffée d'air impur».

Poursuivant son intervention, Jean-Luc Mélenchon interroge Edouard Philippe au sujet d'une formulation évoquée par Emmanuel Macron pour justifier la participation de la France aux frappes en Syrie. «Que signifie la légitimité de la multilatéralité ?»

Il finit son intervention par évoquer le temps des BRICS affirmant : «C'est fini le temps où à quelques pays, nous pouvions décider pour tout le monde !»

Valérie Rabault, présidente du groupe Nouvelle gauche : «La France, pour la première fois de son histoire contemporaine, a mené des opérations militaires en dehors de ses frontières sans mandat explicite de l'ONU.»
Evoquant les frappes en Syrie, la députée s'est adressée au Premier ministre et a déploré «la création d'une brèche» dans le cadre juridique international. Selon elle, «cette situation singulière» a été provoquée par le droit de veto de certains membres au conseil de sécurité de l'ONU. Au nom de son groupe parlementaire, la député a demandé à Edouard Philippe de prendre une initiative pour faire évoluer ce droit de veto.

Pour Franck Riester, président du groupe de députés UDI, la «France a pris ses responsabilités en participant en Syrie à une intervention contre l'arsenal chimique du régime criminel de Bachar el-Assad».

Le député a poursuivi en affirmant que «ne rien faire aurait été un aveu d'impuissance, un renoncement». Il a déploré les critiques contre les frappes françaises «de l'extrême droite à l'extrême gauche en passant par Les Républicains, fermer les yeux aurait été une inaction».

Marc Fesneau, député Modem : «Il était du devoir de la France d'agir.»

Le parlementaire a souhaité rappelé l'attaque chimique présumée d'avril 2017, qu'il attribue à Damas : «Tous, nous avons vu les photos insoutenables qui témoignent des victimes de cette barbarie.» Quelques jours après les événements, la France avait en effet affirmé que l'armée syrienne était à l'origine de l'attaque de Khan Cheikoun.

Le député a affiché le plein soutien de son parti aux frappes françaises en Syrie.

Christian Jacob, chef du groupe Les Républicains, a déclaré : «Rien n'interdisait [à Macron]» de recourir à un débat avant de lancer l'intervention en Syrie.

Il regrette que le chef de l'Etat ait «franchi une ligne», celle d'intervenir sans mandat de l'ONU.

Rendant hommage à la position de Jacques Chirac en 2003, il estime qu'en «s'alignant sur les positions américaines, nous renonçons à une forme de singularité de la France».

Il appelle par ailleurs à une «solution politique globale» en Syrie, et évoque la position de Moscou : «La Russie a peut-être beaucoup de défauts, mais que serait devenue la poudrière syrienne sans l"intervention des Russes ?»

«L'utilité des frappes françaises en Syrie reste à démontrer», juge-t-il encore.

Interrogé au micro de RT France, le président de Debout La France, Nicolas Dupont-Aignan rappelle qu'aucune preuve de l'utilisation d'armes chimiques par le gouvernement syrien, n'a été présentée par Paris. «C'est de la propagande !», estime-t-il.

Richard Ferrand, président du groupe des députés La République en marche (LREM), s'est félicité de l'intervention française en Syrie ; il a qualifié l'opération de «nouvelle preuve des prouesses dont les aviateurs et les marins [français] sont capables».

Richard Ferrand affirme que «ce sont les services de renseignement français qui ont confirmé les informations et les preuves pour conclure que cette attaque chimique a bien eu lieu et qu'elle est bien l’œuvre du régime syrien».

Le député a affiché le soutien «sans failles» du groupe LREM aux frappes françaises en Syrie.

En guise d'introduction au débat entre parlementaires sur l'intervention française en Syrie, le Premier ministre Edouard Philippe a rappelé les objectifs généraux de la France en Syrie : «Notre ennemi n'est pas la Syrie, nous ne sommes pas entrés en guerre contre la Syrie ou contre le régime de Bachar el-Assad, notre ennemi c'est Daesh.»

Alors que Paris n'a toujours pas présenté les preuves qu'elle affirme détenir de l'implication de Damas dans l'attaque chimique présumée, Edouard Philippe accuse le gouvernement syrien d'en être responsable.

Le Premier ministre a par ailleurs affiché la volonté française de renforcer le consensus international en faveur d'une solution politique inclusive. Il a affirmé que «les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Arabie saoudite, la Jordanie et la France doivent ouvrir une négociation avec l'Iran, la Russie et la Turquie.»

«Notre riposte était amplement justifiée», juge encore Edouard Philippe.

Le débat commence. Le Premier ministre Edouard Philippe commence par défendre l'intervention française en Syrie.

Après les frappes de Washington, Paris et Londres contre la Syrie, le Parlement français débat le 16 avril à 17h de l'intervention française, sans vote.

Le gouvernement d'Emmanuel Macron, qui a salué une opération militaire «réussie», accuse Damas d'être responsable d'une attaque chimique présumée à Douma, dans la Ghouta orientale. Paris avait alors décidé de frapper la Syrie, sans mandat de l'ONU, avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, tôt le 14 avril, sans avoir au préalable consulté le Parlement.

Plusieurs élus de l'opposition ont dénoncé «une démonstration symbolique de force», en violation du droit international. Députés de La France insoumise, du Front national, des Républicains ou même de La République en marche ont émis de sérieuses réserves sur l'intervention française.

Le gouvernement syrien, qui était sur le point de reprendre l'enclave sous contrôle de groupes islamistes lorsque l'attaque présumée a éclaté, nie toute responsabilité. Moscou affirme pour sa part avoir les preuves qu'il s'agissait d'une mise en scène.

Une équipe de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), organisme neutre lié à l'ONU et basé à La Haye, est arrivé le 15 avril en Syrie pour y mener une enquête sur le terrain.

Lire aussi : Trump convaincu par Macron de rester en Syrie ? La Maison Blanche ne semble guère de cet avis