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Une djihadiste française bientôt expulsée d’Irak vers la France

Mélina Boughedir avait été arrêtée en juillet 2017 à Mossoul. La Cour pénale centrale de Bagdad l’a condamnée à 7 mois de prison pour entrée illégale en Irak. Elle sera prochainement expulsée en France où elle serait visée par un mandat de recherche.

Nouveau rebondissement dans le cas épineux du retour en France des djihadistes capturés en Irak et en Syrie. Alors que ses avocats craignaient la peine de mort pour leur cliente djihadiste, la Française Mélina Boughedir n'a été condamnée qu'à 7 mois de prison pour «entrée illégale sur le territoire [irakien]». La jeune femme âgée de 27 ans va donc être expulsée d’Irak dans les plus brefs délais pour retourner en France, d'après la décision de la Cour pénale centrale de Bagdad.  

En France, celle-ci est visée par un mandat de recherche diffusé dans le cadre d'une information judiciaire ouverte, selon des informations de LCI.

Le procès irakien de la djihadiste française

Lors de son procès à Bagdad, Mélina Boughedir est apparue vêtue d'une robe noire, d'un manteau gris et coiffée d'un foulard mauve à motifs, avec son enfant dans les bras. Face au président qui l'interrogeait, la jeune femme a répondu qu'elle était «Française», qu'elle était «femme au foyer» à Mossoul. La condamnation de la Cour n’a pas pris en compte d’éventuelles activités djihadistes. L’agence Associated Press, à partir d’informations irakiennes, avait pourtant affirmé que la jeune femme était membre des brigades féminines de la police morale de l’organisation Etat islamique, Diwan al-Hisba. 

Durant son procès, Mélina Boughedir a expliqué avoir quitté son domicile de Nanterre avec son compagnon et ses enfants, être entrée en Syrie puis avoir gagné l’Irak au bout de quatre jours en octobre 2015. Selon les informations du Parisien, le couple aurait exprimé des velléités de rentrer quelques mois plus tard, mais les autorités françaises auraient refusé, conseillant juste de «mettre des bracelets aux enfants avec leur nom pour les identifier plus facilement en cas de décès».

A l'annonce du verdict, la Française a souri de joie. D'autres femmes djihadistes n'ont pas connu la même chance. Une Allemande d'origine marocaine a été condamnée à mort en janvier pour «soutien logistique et aide à une organisation terroriste», tandis qu'une Turque a été condamnée à la peine capitale le 18 février devant le même tribunal. Emmanuel Macron avait insisté sur le fait que l’Irak était souverain pour juger les djihadistes étrangers, y compris les ressortissants français.

La capture de la djihadiste

Mélina Boughedir a été capturée dans les derniers moments des combats qui faisaient rage depuis octobre 2016 pour libérer ce bastion de l'Etat islamique du nord du pays. Elle avait été retrouvée en juillet dans un immeuble de Mossoul épargné par les bombardements, dans lequel elle vivait recluse depuis trois semaines avec ses quatre enfants alors âgés de de 5 mois à 6 ans. Elle ne pesait plus que 40 kilogrammes, était entourée par sa progéniture affamée. Son époux, le djihadiste français Thibaut Maximilien, n'était pas présent. Selon des informations du journal Le Monde, elle aurait assuré : «Mon mari ne voulait pas être un combattant. […] Il ne faisait rien dans l’Etat islamique.» Sur sa disparition, elle a déclaré : «Il était sorti chercher de l’eau [quelques heures plus tôt] et n’est jamais revenu.»

Trois enfants de la djihadiste ont été rapatriés en France le 18 décembre, tandis que le plus jeune est resté avec sa mère incarcérée. 

Me William Bourdon et Me Vincent Brengarth, les avocats de la jeune femme, avaient plusieurs fois appelé les autorités à la rapatrier, invoquant une «obligation morale». Ils avaient alerté le président français sur le fait que leur cliente risquait d’être exécutée.

Qui sont Mélina Boughedir et son compagnon Thibaut Maximilien ?

La jeune femme née en 1990 a obtenu son baccalauréat professionnel en 2009 à Boissy-Saint-Léger avec mention assez bien, comme le stipule le journal local de la ville.

Elle s’est mariée avec Maximilien Thibaut, né en 1985 à Houilles (Yvelines). Il est connu par la justice pour avoir été un membre actif d’une association islamiste, Forsane Alizza. En 2010, le groupe avait engagé sa première action de boycott contre un McDonald's pour protester contre une collusion avec Israël. Ils ont également brûlé des codes civils pour s'élever contre la loi interdisant le port du voile intégral. Ces actions destinées à être médiatisées étaient restées non violentes. Mais sur le site de l’association figurait une vidéo d’appel au djihad.

En 2012, la justice a estimé que ce groupuscule promouvait la violence armée et tenait des propos incitant au terrorisme. En conséquence, il a été dissous à la fin du mois de février 2012 sur requête du ministre de l'Intérieur de l’époque Claude Guéant. Les fonds, instruments financiers et ressources économiques qui appartenaient à ses membres ont fait l'objet d'une mesure de gel d'avoirs.

Une vidéo de menaces envers la France avait été exhumée suite à la dissolution de l’association. Des membres de ce groupe, mis sur écoute à la suite des tueries de Mohammed Merah, ont été entendus proférant des propos à la gloire du tueur. Tandis que des messages postés avec les pseudos et codes du dirigeant de Forsane Alizza ont été interceptés le 18 mars 2012 : «L'attaque de Toulouse est une bénédiction d'Allah, par Allah tout puissant on va mettre des cicatrices à la France.»

Lors du procès visant l’association en 2015, Maximilien Thibaut avait été condamné à trois ans de prison dont deux avec sursis. En prison, il s’était lié d’amitié avec des djihadistes notoires comme Charaf-Din Aberouz, radicalisé, proche du tueur présumé des deux policiers à Magnanville.

Quelques dizaines de Français soupçonnés d'avoir été membres de Daesh se trouveraient actuellement dans des camps ou des prisons en Irak et en Syrie avec plusieurs dizaines de mineurs. Pour le jugement, selon le code pénal, «la loi française s'applique aux crimes et délits qualifiés d'actes de terrorisme [...] commis à l'étranger par un Français». Puisque les délits ont commencé par être commis en France, l'Hexagone a une compétence territoriale, tout comme la Syrie et l'Irak où d'autres faits reprochés ont été commis par la suite. Le droit international stipule également que les Etats sont souverains vis-à-vis des justiciables capturés sur leur sol. La Syrie, où sont détenus de nombreux djihadistes, est le siège de problèmes de gouvernance, mais Nicole Belloubet, la garde des Sceaux, a fait savoir en janvier qu'ils pourraient y être jugés à condition d'avoir un «procès équitable». Quant à Emmanuel Macron, il avait affirmé début novembre que le retour des femmes djihadistes serait examiné «au cas par cas». 

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