Alors que l’attention se concentre sur la situation migratoire à Ceuta, les îles Canaries demeurent une importante porte d’entrée vers l’Europe pour les candidats à l’émigration en provenance d’Afrique. La route atlantique, particulièrement longue et dangereuse, continue de provoquer de lourdes pertes humaines.
Une nouvelle tragédie s’est produite cette semaine avec le sauvetage, le 3 septembre, d’une embarcation partie de Gambie. Selon les témoignages recueillis auprès des survivants par la Croix-Rouge espagnole, 128 personnes se trouvaient à bord au départ. Après près d’un mois en mer, la pirogue a été repérée à la dérive au sud de Grande Canarie.
La veille, un avion de sauvetage maritime espagnol a localisé le cayuco à environ 104 kilomètres au sud-ouest d’Arguineguín. Le navire Guardamar Urania a ensuite secouru 44 hommes d’origine subsaharienne.
Cinq corps se trouvaient également à bord. Les mauvaises conditions météorologiques, avec des vents atteignant 20 nœuds et des vagues de 2,5 mètres, n’ont toutefois pas permis aux secours de récupérer les dépouilles.
Des survivants dans un état d’épuisement extrême
Les rescapés sont arrivés dans un état de grande faiblesse après plusieurs semaines passées en mer. José Antonio Rodríguez Verona, coordinateur régional des urgences de la Croix-Rouge, a décrit des personnes « complètement épuisées », certaines ne pouvant pratiquement plus tenir debout sans l’aide des secours.
Trois migrants ont dû être évacués par hélicoptère dans un état jugé très grave et hospitalisés à Grande Canarie. Trois autres ont également été transportés vers des établissements hospitaliers. Au total, six survivants ont été pris en charge à l’hôpital, dont un a depuis pu sortir.
Les survivants ont raconté aux équipes de la Croix-Rouge que de nombreux passagers étaient morts au cours de la traversée. Ils auraient notamment manqué d’eau et de nourriture après plusieurs jours en mer.
Des familles gambiennes entre espoir et désarroi
En Gambie, la disparition de l’embarcation avait progressivement fait perdre tout espoir aux familles des migrants. Modou Ceesay, responsable de l’organisation Youth Against Irregular Migration, explique que les proches avaient été alertés de la situation, sans toutefois savoir où se trouvait la pirogue.
Après plus de deux semaines sans nouvelles, certaines familles avaient fini par envisager le pire. La réapparition de l’embarcation a donc suscité un regain d’espoir, même si l’identité des survivants reste encore à établir.