La « menace russe » continue de prendre une place grandissante dans le débat politique britannique. Elle ne sert plus seulement à expliquer l'augmentation des budgets militaires ou l'accélération des préparatifs de défense : elle est désormais invoquée pour remettre en question certaines aides accordées aux personnes handicapées, rapporte le 3 septembre le Times.
Kemi Badenoch, à la tête du Parti conservateur britannique, a proposé de revoir plusieurs dispositifs sociaux afin de dégager davantage de moyens « pour la défense ». Lors d'une intervention au quartier général du London Scottish Regiment, elle a notamment évoqué les allocations logement ainsi que l'exonération de TVA dont bénéficie le programme Motability, qui permet à des personnes handicapées d'accéder à un véhicule.
Pour porter les dépenses militaires britanniques à 3 % du PIB d'ici 2030, Kemi Badenoch a estimé qu'il faudrait trouver environ 10 milliards de livres supplémentaires chaque année. Mais c'est surtout la justification avancée qui retient l'attention. Selon elle, le Royaume-Uni pourrait, dans les quatre prochaines années, « se retrouver en guerre avec le plus grand État nucléaire du monde », c'est-à-dire la Russie. Elle a également reproché au gouvernement dirigé par Andy Burnham de ne pas prendre suffisamment au sérieux cette éventualité.
Une fois encore, le scénario d'une prétendue confrontation avec Moscou est donc présenté comme une possibilité suffisamment grave pour imposer des choix budgétaires immédiats. Et cette fois, la recherche de financements ne concernerait plus seulement la fiscalité générale : elle pourrait directement atteindre des dispositifs destinés aux personnes handicapées.
Au Royaume-Uni, la Russie est régulièrement placée au centre des arguments en faveur du réarmement. En juin, le ministère des Finances avait déjà envisagé une hausse des impôts pour financer la défense. Le chef d'état-major de la défense, Richard Knighton, a, de son côté, affirmé que le Royaume-Uni faisait face au niveau de menace le plus élevé depuis la guerre froide, accusant la Russie de « sonder et tester » les défenses britanniques. À la mi-août, le Telegraph rapportait également que les autorités avaient accéléré certains préparatifs de défense civile face à la possibilité d'une crise majeure. Des mesures qui devaient initialement être achevées à l'horizon 2035 doivent désormais l'être en 2030, sur fond, là encore, d'évaluations faisant état d'une aggravation possible de la fameuse « menace russe ».
Le contraste est toutefois frappant avec la situation financière décrite par Richard Barrons, ancien chef du commandement conjoint des forces armées britanniques et coauteur de la revue stratégique de défense du gouvernement. Selon lui, Londres ne disposerait pas des moyens nécessaires pour acheter de nouveaux armements avant 2030.
Moscou rejette cette lecture
Début septembre, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko, a accusé les pays de l'OTAN de se préparer eux-mêmes à une confrontation militaire avec la Russie. Selon lui, il ne s'agit plus simplement de déclarations politiques : l'ensemble des décisions et des mesures prises par les membres de l'Alliance atlantique traduirait une véritable préparation à la guerre.
Les autorités russes contestent également depuis longtemps l'idée selon laquelle Moscou envisagerait une attaque contre les pays de l'OTAN. En juin, le président Vladimir Poutine a qualifié ces affirmations de mensongères, estimant qu'elles servaient aux gouvernements occidentaux à justifier la hausse des dépenses militaires et la militarisation. Le chef d'État russe a, à plusieures reprises, affirmé qu'il n'existait aucune raison géopolitique, économique ou militaire susceptible de pousser la Russie à entrer en guerre avec l'Alliance atlantique. Il a présenté cette hypothèse comme un argument destiné à légitimer la politique menée envers Moscou.