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La fin du bipartisme en Europe ?

Séisme politique suite aux résultats des élections législatives espagnoles ce dimanche. Trois partis ont obtenu plus de 20%, obligeant le parti de Mariano Rajoy a faire une coalition.

Le Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy est arrivé en tête des élections législatives ce dimanche 20 décembre avec  28,72% des voix et 123 sièges sur 350. Cependant le PP a perdu sa majorité absolue nécessaire pour former un gouvernement, il réalise son pire score depuis 1993. Les socialistes de PSOE (Parti socialiste et ouvrier espagnol) ont obtenu 22,01% des voix et 90 sièges, c’est le moins bon résultat de son histoire.

C’est le parti de gauche radical anti-austérité Podemos qui arrivée en 3ème position avec 20% des suffrages et 69 sièges.

Pour le leader de Podemos Pablo Iglesias, le pays «entre dans une nouvelle ère politique», «l’Espagne ne sera plus la même». Selon Inigo Errejon, un autre membre de Podemos le bipartisme touche à sa fin dans le pays.

Autre percée historique, celle du parti centriste Ciudadanos qui rate de peu la barre des 15% avec 14% des voix, il obtient 40 sièges.

L’Espagne va devoir apprendre à gérer des coalitions

Nicolas Sauger, professeur à Sciences Po et spécialiste des institutions politiques, explique que le bipartisme régi par les deux partis principaux est terminé. «L’Espagne est obligée aujourd’hui d’entrer en coalition et cela est assez nouveau pour le pays. Cette nouvelle répartition des forces peut avoir des impacts sur l’organisation territoriale du pays.» En effet les partis régionalistes ou nationalistes vont utiliser leur force électorale pour obtenir des concessions sur l’organisation territoriale espagnole.

Le bipartisme en Europe

L’Espagne n’est pas le seul pays à voir la fin du bipartisme tel qu’on le conçoit : parti de droite contre parti de gauche. Pour Nicolas Sauger l’Europe vit une sorte de retour en arrière. L’Allemagne et l’Italie ne se sont « bipartisés » que depuis quelques années.

On observe une fragmentation partout en Europe avec des petits partis qui font entre 15 et 20% des voix. La montée des petits partis est réelle aujourd’hui, mais il faut noter que les communistes faisaient les mêmes scores il y a 20 ans.

C’est un retour en arrière même si les positions sont différentes

Pendant longtemps se sont les partis centristes qui occupaient cette position de troisième force, aujourd’hui ce sont plutôt des partis à la marge de l’échiquier politique. Depuis les années 80-2000 les deux blocs d’alternances se sont bien structurés. Cependant on voit que ce schéma est mis en cause en Grèce, en Espagne et même en Angleterre. Les deux blocs d’opposition n’ont pas été une continuité historique quand on regarde l’histoire des démocraties européennes.

Le cas de la France

En France le FN a obtenu des scores record pour le 1er tour des régionales mais n’a remporté aucune région. Pour le professeur à Sciences Po, le bipartisme résiste en France grâce à ses institutions. «Avec les scrutins de type majoritaires, les partis doivent passer un certain seuil pour être bien représentés en assemblée». 

Les partis contestataires ne sont pas dans les institutions

Le parti frontiste et d’autres partis contestataires sont plus représentés en termes de voix que de sièges dans les chambres. En Allemagne c’est l’inverse, le pays résiste en termes de voix mais pas de siège.

Pour l’avenir Nicolas Sauger voit plusieurs phases pour le paysage politique européen. «Il y aura des périodes d’intégration et de recomposition. Les électeurs et les partis politiques voient l’intérêt de la fragmentation pendant un moment, mais quand il y en a trop on revient à une coalition. » Pour que le jeu politique reste lisible il est important qu’il n’y ait pas trop de partis.

Le bipartisme classique ne serait donc qu’une phase du jeu politique, une mode qui reviendra ou pas.