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Sabotage du Nord Stream: un officier ukrainien serait responsable, selon le Washington Post et le Spiegel

Un commandant des forces spéciales ukrainiennes aurait joué un rôle clé dans le sabotage des gazoducs Nord Stream en septembre 2022 en mer Baltique, selon une enquête conjointe du Washington Post et du Spiegel diffusée le 11 novembre.

Roman Tchervinski, 48 ans, qui a servi dans les Forces d'opérations spéciales ukrainiennes, aurait été le «coordinateur» du sabotage des gazoducs Nord Stream en septembre 2022, selon une enquête du Washington Post et du Spiegel publiée le 11 novembre.

Sont notamment cités des responsables en Ukraine et ailleurs en Europe, ainsi que d'autres personnes ayant connaissance de l'opération, qui ont parlé sous couvert de l'anonymat.

Tchervinski aurait supervisé la logistique et encadré une équipe de six personnes qui a loué un voilier sous de fausses identités et utilisé du matériel de plongée pour placer des charges explosives sur les pipelines, a détaillé le journal américain.

Il n'a ni planifié l'opération ni agi seul, recevant ses ordres de responsables ukrainiens plus haut placés, a ajouté le Washington Post.

En juin 2023, le même Washington Post avait aussi rapporté qu'une agence de renseignement d'un pays européen, sans l'identifier, avait prévenu la CIA en juin 2022 que des forces spéciales ukrainiennes comptaient faire exploser le gazoduc Nord Stream. La CIA aurait alors tenté de dissuader Kiev, selon le quotidien américain.

L'intéressé plaide non coupable...

Par l'intermédiaire de son avocat, Tchervinski a nié tout rôle auprès des deux journaux: «Toutes les spéculations sur mon implication dans l'attaque de Nord Stream sont répandues par la propagande russe sans aucun fondement».

Le sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2, le 16 septembre 2022, avait coupé une route majeure pour les exportations de gaz russe vers l'Europe. La responsabilité des explosions a été attribuée, selon les sources, à l'Ukraine, à la Russie ou aux Etats-Unis. En Occident, l'hystérie médiatique avait pointé du doigt la Russie, qui aurait ainsi saboté ses propres gazoducs. 

... Zelensky aussi

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en particulier, a nié à plusieurs reprises que son pays puisse être impliqué. «Je ne ferais jamais cela», a-t-il déclaré en juin dernier au quotidien allemand Bild, ajoutant qu'il «aimerait voir des preuves». 

Selon The Washington Post, l'opération de sabotage aurait été conçue en maintenant Zelensky dans l'ignorance. Le journal américain et Der Spiegel disent avoir sollicité la réaction du gouvernement ukrainien à leur enquête, mais il n'a pas donné suite.  

Roman Tchervinski est actuellement jugé à Kiev, accusé d'avoir abusé de son pouvoir à l'occasion d'une tentative de pousser un pilote russe à faire défection. Il affirme que ces poursuites constituent des représailles politiques pour le fait d'avoir critiqué le président Zelensky, selon les médias.

Moscou avait exigé des réponses de Washington

La Russie, elle, a fustigé l'absence de résultats des enquêtes occidentales. «Ceux qui mènent l'enquête en Occident ne sont pas intéressés par la vérité», a accusé, le 26 septembre à New York, le représentant permanent à l'ONU de la Fédération de Russie, Vassili Nebenzia.

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a exigé, le même jour, une réponse de Washington, après une enquête du journaliste Seymour Hersh. Ce dernier avait rapporté, citant une source au sein des services secrets américains, que «la décision de l'administration Biden de faire exploser les gazoducs avait peu à voir avec le fait de gagner ou de faire cesser la guerre en Ukraine». Mais «était la conséquence des craintes de la Maison Blanche que l'Allemagne et l'OTAN [...] tombent sous l'emprise de la Russie et de ses ressources naturelles immenses et bon marché».