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Nord Stream : une quatrième fuite identifiée, le Conseil de sécurité va se réunir

Une nouvelle fuite a été identifiée en mer Baltique sur les gazoducs Nord Stream visés par un sabotage présumé. Accusée en creux, la Russie a rétorqué que les incidents avaient eu lieu dans des zones sous contrôle de l'OTAN et des Etats-Unis.

Une quatrième fuite a été identifiée en mer Baltique au-dessus des gazoducs Nord Stream visés par un sabotage présumé, ont indiqué les gardes-côtes suédois ce 29 septembre, alors que la controverse pour établir la responsabilité de ces dégradations fait rage, un Conseil de sécurité de l'ONU devant notamment se réunir le 30 septembre à la demande de la Russie. «Il y a deux fuites côté suédois et deux fuites côté danois», a précisé à l'AFP un responsable de l'autorité suédoise. Jusqu'ici, les autorités des deux pays avaient fait état d'une fuite côté suédois et de deux fuites côté danois.

Suivant deux explosions suspectes ayant eu lieu le 26 septembre, les fuites ont été localisées au large de l'île danoise de Bornholm, dans les zones économiques exclusives respectives des deux pays scandinaves. Les gardes-côtes suédois n'ont pas pu présenter dans l'immédiat les raisons de ce signalement tardif, mais ont précisé que les deux fuites côté suédois étaient situées dans le même secteur. La Suède avait jusqu'ici rapporté une seule fuite au-dessus de Nord Stream 1 au nord-est de l'île de Bornholm, tandis que le Danemark a confirmé une fuite sur Nord Stream 2 au sud-est de l'île, et une autre au nord-est au-dessus de Nord Stream 1. Les vastes fuites provoquent d'importants bouillonnements marins de plusieurs centaines de mètres de large en surface qui rendent impossible dans l'immédiat des inspections des ouvrages, selon les autorités.

Moscou soupçonne l'implication d'un Etat étranger, l'OTAN évoque des actes de sabotage «délibérés»

Si les chancelleries occidentales n'ont pas accusé formellement Moscou d'être à l'origine du sabotage présumé, certains pays, dont la Pologne, ont suggéré que les dégradations du gazoduc pourraient être reliées au conflit ukrainien, dans le cadre du bras de fer énergétique entre Moscou et l'Union européenne. L'OTAN a dénoncé, ce 29 septembre, des actes de sabotage «délibérés, inconsidérés et irresponsables» commis contre les gazoducs en mer Baltique, tout en assurant qu'elle se défendrait contre l'utilisation de l'énergie à des «fins coercitives». «Nous sommes engagés à assurer la dissuasion, à nous prémunir et à nous défendre face à l'utilisation, à des fins coercitives, du levier de l'énergie ou de tout autre procédé hybride par des acteurs étatiques ou non étatiques», ont affirmé les 30 membres de l'Alliance dans une déclaration. «Toute attaque délibérée contre les infrastructures critiques de pays de l'Alliance se verrait opposer une réponse unie et déterminée», ont-ils mis en garde.

Moscou a pour sa part indiqué soupçonner l'implication d'un Etat étranger dans les quatre fuites, sans toutefois nommer un pays en particulier. «Il est très difficile d'imaginer qu'un tel acte terroriste puisse avoir lieu sans l'implication d'un Etat», a déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, appelant de nouveau à «une enquête urgente» et mettant en garde contre une «situation extrêmement dangereuse». «Il faudra une coopération entre plusieurs pays. Dans le contexte actuel, où l'on constate un grave déficit de communication et une réticence de nombreux pays à nous contacter dans des domaines aussi sensibles, de nombreuses questions se posent», a ajouté le haut responsable.

Les Etats-Unis – qui ont dans un premier temps affirmé ne pas souhaiter «spéculer» sur les causes de l'incident et vouloir soutenir leurs alliés européens en matière de sécurité énergétique – ont été mis en cause par la Russie en raison de propos de Joe Biden tenus le 7 février 2022. Le président américain avait alors déclaré : «Si la Russie envahit les frontières de l'Ukraine alors, il n'y aura plus de Nord Stream 2. Nous y mettrons fin.»

Interrogée sur ces propos lors d'une conférence de presse le 28 septembre à la Maison blanche, la porte-parole de la présidence américaine Karine Jean-Pierre a tenté de clarifier leur sens, affirmant que Joe Biden n'avait fait référence qu'à la collaboration avec l'Allemagne dans ce dossier, au moment où celle-ci s'apprêtait à geler le processus de certification de Nord Stream 2. «Le président a dit que Nord Stream 2 ne serait pas opérationnel et que nous travaillerions avec l'Allemagne sur ce point. Et il avait raison car l'Allemagne a pris la décision en février de le geler, ce qui a été largement rapporté par vous tous. Et c'est donc de cela que le Président parlait à ce moment-là», a-t-elle développé.

A qui profite la mise hors service des gazoducs ?

Un argument qui n'a pas convaincu la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova : s'exprimant sur la chaîne «Soloviev Live», elle a déclaré : «les tentatives d'explication de la porte-parole de la Maison blanche ne suscitent que la pitié». La diplomate a tenu à rappeler que les incidents affectant les gazoducs Nord Stream s'étaient produits dans la zone économique spéciale du Danemark et de la Suède : loin d'être neutres, ces deux pays seraient «entièrement contrôlés par les services secrets américains», selon Maria Zakharova. Elle a également réfuté les affirmations du secrétaire d'Etat américain selon lesquelles les attaques contre les gazoducs ne profiteraient à personne : «Quand [Anthony] Blinken dit que personne ne profite de la destruction du projet [Nord Stream et Nord Stream 2], c'est ridicule, c'est un mensonge», a-t-elle dénoncé.

L'ambassade de Russie aux Etats-Unis s'est aussi exprimée sur le sujet, rejetant fermement les tentatives de «certains législateurs américains» d'imputer la responsabilité des incidents à Moscou. «Du haut de la colline du Capitole, on a probablement une meilleure vue», a ironisé la représentation diplomatique, évoquant l'activité de navires de guerre américains «la veille de l'explosion», ainsi que «des survols de drones et d'hélicoptères», mais aussi «des entraînements de la marine américaine dans la même zone pour organiser des explosions sous-marines». La question principale, selon l'ambassade, reste celle de savoir «à qui profite la mise hors-service des gazoducs». «Incapables d'offrir une alternative décente à un approvisionnement en gaz fiable et, ce qui n'est pas moins important, bon marché, [...] Washington s'efforce de rendre ses alliés accros à une "dose de GNL" [gaz naturel liquéfié] coûteuse et peu respectueuse de l'environnement», a encore accusé l'ambassade.

Le développement du commerce énergétique entre Moscou et les capitales européennes serait depuis longtemps devenu «la bête noire des stratèges de Washington, incapables d'offrir une alternative valable à des approvisionnements fiables», ce qui aurait conduit les Etats-Unis à décider d'«évincer» la Russie en tant que concurrent, et ce par des moyens autres que commerciaux. Il convient donc de mener «une étude complète et objective des circonstances de ces attaques sans précédent», souligne l'antenne diplomatique, à l'occasion de la réunion du Conseil de sécurité du 30 septembre durant laquelle la Suède et le Danemark doivent apporter des informations plus détaillées sur ces fuites et leurs origines.

Une enquête ouverte en Russie pour «acte de terrorisme international»

La Maison Blanche avait le 28 septembre répliqué aux demandes d'explications russes sur les propos de Joe Biden en affirmant qu'il était «ridicule» d'insinuer que les Etats-Unis pourraient avoir commis ces sabotages. «Nous savons tous que la Russie diffuse de la désinformation depuis longtemps et elle le fait à nouveau ici», avait réagi la porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, Adrienne Watson.

Les services de sécurité russes (FSB) ont quant à eux ouvert une enquête pour «acte de terrorisme international» après le sabotage présumé des gazoducs Nord Stream en mer Baltique, a indiqué le Parquet général russe dans un communiqué du 28 septembre. «Près de l'île de Bornholm, des actions intentionnelles ont été commises pour endommager les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2 situés au fond de la mer Baltique», indique le texte, qui souligne que «la Fédération du Russie a subi un grave préjudice économique du fait de ces actes».

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov avait, le même jour, qualifié d'«absurde» la théorie défendue par certains attribuant à Moscou le sabotage de ses propres infrastructures. Jugeant celle-ci «prévisible» mais néanmoins «stupide», le porte-parole a souligné que les fuites étaient «problématiques» pour la Russie elle-même, le pays n'ayant aucun intérêt à perdre du gaz ainsi.