France

Elections régionales et départementales : l'abstention bat des records, un «acte politique» ?

L'abstention pour les élections régionales atteindrait entre 66,1% et 68,6% selon les estimations des instituts de sondage. Il s'agit d'un record d'abstention tous scrutins confondus en France hors référendum. Un désaveu pour la classe politique ?

Les Français se sont peu mobilisés pour le premier tour des élections régionales du 20 juin 2021 A 20H, au moment de la fermeture des bureaux de vote, l'abstention atteindrait entre 66,1% et 68,6% selon les estimations des instituts de sondage. Un record d'abstention tous scrutins confondus en France hors référendum. Le taux d'abstention des élections départementales devrait être similaire. 

Un chiffre qui reste peu surprenant du fait des prévisions d'avant scrutin. Tout au long de la journée, les chiffres de la participation n'auguraient d'ailleurs rien de positif. A 17h, la participation s'établissait ainsi à 26,72% en France métropolitaine, en chute libre par rapport aux régionales de décembre 2015 (43,01%) et départementales de mars 2015 (42,75%), selon les chiffres du ministère de l'Intérieur. A midi, elle s'élevait à seulement 12,22%.

«Le niveau de l'abstention est particulièrement préoccupant», a déclaré dans un tweet le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin peu après la fermeture des bureaux de vote. «Notre travail collectif doit être tourné vers la mobilisation des Français pour le second tour», a-t-il ajouté.

Ouverture tardive, manque d'assesseurs : un scrutin perturbé dans plusieurs bureaux de vote 

Plusieurs couacs ont d'ailleurs marqué le scrutin. A Marseille, les électeurs de 34 bureaux, selon la préfecture, ont trouvé porte close à 8h faute d'assesseurs. Une dizaine de bureaux n'a pu ouvrir qu'à 11h, selon la mairie. La pénurie d'assesseurs a en outre été constatée dans d'autres régions et villes françaises comme Saint-Etienne. Ce problème a également été relevé à La Réunion. 

A Cousolre dans le Nord, c'est un autre problème qui a été soulevé : celui d'une pénurie de bulletins pour la liste d’union de la gauche et des écologistes.

Distribution électorale : La Poste et Adrexo convoqués au ministère de l'Intérieur

Par ailleurs, Marlène Schiappa a annoncé sur France 2 que le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait convoqué les deux prestataires chargés de la distribution de la propagande électorale pour les élections, La Poste et Adrexo, en raison, selon Beauvau de «dysfonctionnements majeurs constatés».

Plusieurs candidats et partis s'étaient plaints de problèmes dans l'acheminement des professions de foi chez les électeurs et avaient mis en cause le nouveau prestataire Adrexo, choisi au terme d'un appel d'offres par le ministère de l'Intérieur.

«Combien de temps la démocratie peut-elle survivre sans le peuple ?»

Mais au-delà de ces différents incidents, difficile de ne pas voir dans le vote des abstentionnistes un signal politique fort. «C’est une insurrection populaire silencieuse [...] c'est un acte politique», résume en effet Nicolas Vidal, éditorialiste, pour RT France, y voyant une donnée cruciale à un an des présidentielles.

Du côté des politiques eux-mêmes, le constat était amer. «Combien de temps la démocratie peut-elle survivre sans le peuple ?», s'est interrogé sur Twitter le député LFI François Ruffin.

«A ceux qui pourraient se satisfaire de cette situation, je rappellerai qu’une démocratie sans électeur n’est pas une démocratie», a pour sa part commenté Jean-Luc Mélenchon.

Du côté du RN, le vice-président Jordan Bardella a appelé les électeurs à se mobiliser pour ne pas faire «le cadeau de l'abstention à Emmanuel Macron» lors du second tour.

«Cette abstention nous invite à une forme d'humilité», a pour sa part commenté la ministre Marlène Schiappa.

Estimant que l'abstention devait «tous nous alerter», le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, a évoqué la «situation sanitaire» comme étant, selon lui, l'un des facteurs expliquant ce score.