France

Faux âge, fausse identité : le profil de l'assaillant au hachoir près de Charlie Hebdo se précise

Il serait bien Pakistanais, mais ne s'appellerait pas Hassan et n'aurait pas 18 ans, mais 25 : les enquêteurs de la DGSI progressent dans le dossier de l'attaque qui a fait deux blessés aux abords de l'ancienne rédaction de Charlie Hebdo.

Trois jours après l'attaque au hachoir à Paris, les enquêteurs tentent ce 28 septembre de faire la lumière sur la véritable identité de l'assaillant, dont la garde à vue a été prolongée et qui s'est présenté jusqu'à présent comme un Pakistanais de 18 ans.

Depuis le début de l'enquête, cet homme, qui a reconnu avoir blessé gravement le 25 septembre deux salariés de l'agence de presse Premières Lignes en pensant s'en prendre à des journalistes de Charlie Hebdo, se présente comme Hassan A., âgé de 18 ans, né à Mandi Bahauddin, une ville agricole du Pendjab au Pakistan.

Cette identité correspond à celle d'un jeune homme entré en France encore mineur, il y a trois ans. Pris en charge par l'aide sociale à l'enfance dans le Val-d'Oise jusqu'à sa majorité en août, il ne présentait «aucun signe de radicalisation», selon le conseil départemental cité par l'AFP.

Hassan A. s'appellerait Zaheer Hassan Mehmood et aurait 25 ans

Selon l'agence de presse, il n'était pas connu non plus par les services spécialisés, n'étant ni fiché ni inscrit au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) sous ce nom.

Toujours selon cette même source, c'est en analysant son téléphone portable que les policiers de la brigade criminelle et de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), chargés de l'enquête sous l'autorité du parquet national antiterroriste (Pnat), ont mis la main sur la photo d'une pièce d'identité.

Selon ce document, Hassan A. s'appellerait en réalité Zaheer Hassan Mehmood et aurait 25 ans, ont fait savoir à l'AFP des sources proches du dossier confirmant une information du Monde

A ce stade de l'enquête, ce patronyme n'apparaît pas non plus dans les fichiers de police ou de renseignement, a précisé l'une de ces sources.

C'est sous cette identité que s'est présenté cet homme dans une vidéo enregistrée avant l'attaque et authentifiée par les enquêteurs, selon une source proche du dossier. Dans ce document de deux minutes, qui a circulé dans le week-end sur les réseaux sociaux, l'assaillant, en habit traditionnel, pointe, entre chants psalmodiés et pleurs, «les caricatures du prophète Mohammed qui ont été faites».

«Aujourd'hui, vendredi 25 septembre, je vais les condamner», ajoute-t-il, sans donner plus de détails et sans faire allégeance à une quelconque organisation. Il revendique en revanche avoir pour «guide» le mollah Ilyas Qadri, chef de file de Dawat-e-Islami, un groupe religieux apolitique et non-violent d'inspiration soufie, basé au Pakistan.

Deux portables saisis dans un hôtel social à Cergy-Pontoise

Des perquisitions dans deux des domiciles présumés de cet homme présenté comme «itinérant», un hôtel social à Cergy-Pontoise et un appartement de Pantin (Seine-Saint-Denis), ont permis la saisie de matériel, notamment de téléphones portables, dont l'analyse pourrait permettre d'en savoir davantage sur son parcours avant son arrivée en France en 2018.

La garde à vue de l'assaillant, qui parle mal le français et est assisté d'un interprète en ourdou, a été prolongée de 48h le 27 septembre, a indiqué une source judiciaire à l'AFP. 

Cinq autres gardes à vue sont encore en cours ce 28 septembre : trois anciens colocataires du principal suspect dans son appartement de Pantin, son jeune frère et une connaissance.

Ces auditions consistent pour l'heure à comprendre l'«environnement» de l'assaillant car, selon une source proche du dossier, «tout laisse à penser qu'il a agi seul».

Cinq autres personnes ont déjà vu leurs gardes à vue levées. Le 27 septembre, le coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, Laurent Nunez, a estimé dans un entretien à l'AFP que «nous améliorons la détection» en la matière mais «il faut resserrer encore les mailles du filet».

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a estimé que les Français et leurs dirigeants avaient «peut-être [...] collectivement» évacué la menace du «terrorisme islamique» et qu'il lui revenait de leur «rappeler la réalité».