France

#LiberezFarida : la gauche se mobilise après l'interpellation d'une soignante à Paris (IMAGES)

L'interpellation musclée d'une soignante pour «outrage et jet de projectiles sur les forces de l'ordre» lors d'une manifestation, a suscité une vive émotion. Elle est finalement sortie de garde à vue, après une mobilisation pour sa libération.

«Une femme, infirmière de profession, a été interpellée pour outrage et jet de projectiles sur les forces de l'ordre», a fait savoir à l'AFP une source policière, commentant une arrestation qui a eu lieu le 16 juin sur l'esplanade des Invalides, en fin de parcours de la manifestation parisienne des soignants.

La fille de la soignante a confirmé aux médias, dont RT France, que sa mère était sortie de garde à vue ce 17 juin dans l'après-midi. Elle est néanmoins convoquée le 25 septembre au tribunal correctionnel de Paris pour violence, outrage et rébellion, selon ses proches.

Après la diffusion sur les réseaux sociaux de multiples vidéos de la scène, celle-ci a donné lieu à de vives réactions, en particulier au sein de la gauche.

Jean-Luc Mélenchon : «C'est ça leur police soit-disant républicaine»

«Ignoble : Farida l’infirmière est toujours menottée et blessée sans soin. Vous réalisez ? Blessée et menottée. C'est ça leur police soit-disant républicaine», a tweeté dans la nuit du 16 au 17 juin le député des Bouches-du-Rhône et chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, agrémentant sa publication du hashtag ayant émergé sur Twitter : «#LiberezFarida».

Plusieurs de ses camarades politiques se sont rendus au commissariat où la manifestante a été placée en garde à vue : «[Les députés insoumis] Mathilde Panot, Danièle Obono et Eric Coquerel tentent de la faire libérer et sont entrés [dans] le commissariat», a en effet rapporté le soir du 16 juin le journaliste du Point Aziz Zemouri. «Mathilde Panot a tenté de s’entretenir avec la gardée-à-vue mais a été rappelée à l’ordre», poursuit le journaliste.

Selon des images rapportées par le journaliste et activiste Taha Bouhafs, des manifestants étaient présents devant le commissariat dans la soirée pour demander la libération de l’infirmière interpellée.

Benjamin Amar, porte parole de la CGT 94, était également présent devant le commissariat pour demande la libération de Farida.

Selon des propos rapportés par Taha Bouhafs, la famille de Farida aurait réagi en ces termes : «C’est une infirmière à bout, qui n’en peut plus, qui a 17 ans de service derrière elle, qui a été en première ligne pendant la crise du COVID et qui après une énième manifestation réprimée a eu un geste de colère.»

Un contexte confus

«Cette femme, c'est ma mère. 50 ans, infirmière, elle a bossé pendant 3 mois entre 12 et 14 heures par jour. A eu le Covid. Aujourd'hui, elle manifestait pour qu'on revalorise son salaire, qu'on reconnaisse son travail. Elle est asthmatique. Elle avait sa blouse. Elle fait 1m55», a écrit la journaliste Imen Mellaz, dans un tweet commentant une vidéo de l'interpellation.

Je veux ma ventoline, s'il vous plait

La femme en blouse blanche a fait l'objet d'une interpellation mobilisant plusieurs fonctionnaires de police. Dans l'une des vidéos de la séquence, on entend la manifestante réclamer son bronchodilatateur : «Je veux ma ventoline, s'il vous plait», répète-t-elle à plusieurs reprises.

Le journaliste de Brut Remy Buisine a rapporté, en commentaire de sa propre vidéo : «Une femme en blouse blanche, tirée par les cheveux, durant une interpellation, finira évacuée le visage en sang durant la manifestation aux Invalides. Elle réclamera à plusieurs reprises sa ventoline. »

La tension était montée d'un cran après une série de heurts déclenchés par l'arrivée d'individus cagoulés ayant multiplié les actes de vandalisme (car assailli, renversement d'une voiture ou encore jets de projectiles visant les policiers), au cours de la manifestation parisienne.

En outre, des vidéos, vraisemblablement prises avant l'interpellation et montrant une femme en blouse blanche jetant des projectiles sur les forces de l'ordre, ont été partagées par des internautes et médias cherchant à expliquer la tournure qu'ont pris les événements. «Avant cette fameuse arrestation, vous la voyez lancer des projectiles [...] sur les forces de l'ordre, elle revient les provoquer [...] à plusieurs reprises, elle lance à nouveau des morceaux de bitume et puis c'est la charge durant laquelle elle va être interpellée», entend-on analyser sur BFMTV, dans un extrait vidéo relayé sur Twitter. Dans une autre vidéo publiée le 17 juin, BFMTV décrit la scène ainsi : «Cette infirmière laisse éclater sa colère, elle lance des cailloux sur les forces de l'ordre, quand la manifestation dégénère.»

Selon des propos rapportés par Taha Bouhafs, la famille de la soignante aurait déclaré : «Quand bien même elle aurait jeté un caillou, cela ne justifie en rien la réponse disproportionnée et violente des policiers.»

Après une journée de mobilisation nationale, qui s'est déroulée dans le calme dans la plupart des villes, soignants, manifestants ou politiques ont déploré que les affrontements entre black blocs et forces de l'ordre à Paris aient fait passer au second plan les revendications de la profession, qui réclame davantage de moyens pour le secteur de la Santé.

A la fin de la manifestation, la préfecture de police a fait état de 32 interpellations liées aux échauffourées. D'après la source policière de l'AFP, un policier atteint par un projectiles déposera plainte mercredi 17 juin.