France

Retraites : Mélenchon dénonce «quelque chose de totalitaire» dans le comportement de la majorité

Lors des débats sur la réforme des retraites, le chef de file de LFI a critiqué la majorité, décelant dans son comportement dans l'hémicycle «quelque chose de totalitaire». De son côté, LREM accuse les Insoumis de paralyser le travail parlementaire.

Les débats sur la réforme des retraites à l'Assemblée nationale sont houleux. Alors que l'option d'un recours à l'article 49-3 devient de plus en plus crédible afin de faire passer le texte en force, opposition et majorité se rejettent la faute. 

Ce 23 février, la députée La République en marche (LREM) Célia de Lavergne a reproché aux groupes de gauche de ne pas faire «un bon travail parlementaire» en déposant «31 000 amendements vides de sens et qui bloquent notre institution». L'élue de la Drôme a fait référence aux «paroles en l’air» des députés insoumis et communistes, qui refusent selon elle d’examiner le «fond» du texte qu’ils combattent. De quoi faire sortir de ses gonds le chef de file de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

Mais que voulez vous à la fin ? Une opposition qui ne s’oppose pas, qui ne demande pas de supprimer les articles de loi et qui ne vote pas ? 

«Qu’est-ce qui est du débat parlementaire, et qu’est-ce qui n’en est pas ? Alors là, on n'a pas fini de rigoler si on regarde l’Histoire», a d'abord dit le député des Bouches-du-Rhône. «Le grand Jaurès à cette tribune a pris un poing dans la figure, cela ne s’était jamais vu. Une autre fois il expliquait ce qu’était le socialisme, personne à l’époque ne venait lui dire "Monsieur taisez-vous, ce n’est pas le sujet qui est mis en débat aujourd’hui"», a-t-il ajouté. Avant de critiquer ouvertement le comportement de la majorité : «Mais que voulez-vous à la fin ? Une opposition qui ne s’oppose pas, qui ne demande pas de supprimer les articles de loi et qui ne vote pas ? Mais ça n’existe pas !». La candidat à la dernière élection présidentielle a ensuite décelé «quelque chose de totalitaire» dans ce «rappel» incessant des oppositions par la majorité. «Vous ne nous offrez aucune possibilité d'entrer dans une discussion, car quoi que l'on dise vous êtes contre et vous criez», a-t-il poursuivi.

Cette sortie a provoqué les huées de la majorité LREM, ainsi que quelques sourires dans l'hémicycle, notamment de députés LR, comme Guillaume Larrivé.

Ambiance électrique

L'examen de la très polémique réforme des retraites a débuté le 17 février à l'Assemblée nationale dans une ambiance électrique. La séance du 20 février a notamment été particulièrement agitée, avec 17 suspensions de séance et de 71 rappels. En cause, les quelque 41 000 amendements déposés par l'opposition de gauche, principalement LFI et PCF, mais aussi PS. Parmi les amendements, certains sont pour le moins anecdotiques. Ils proposent par exemple de remplacer l'expression «régression des droits sociaux» par celui d'«affaiblissement», tandis qu'un autre propose le verbe «mènent» plutôt que «conduisent». Objectif affiché : retarder l'examen du texte. «Oui. C’est toujours notre stratégie, nous l’avons d’ailleurs annoncé, on ne s’en cache pas du tout. Ce que nous voulons, c’est retarder [l’examen du texte]», a déclaré la députée LFI Clémentine Autain.

«A ce rythme, à raison de débats 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, le texte sera voté… dans trois ans !», déplore un député UDI dans les colonnes du Parisien.

Reste à savoir jusqu'à quand cette situation va durer. Une troisième semaine d'examen du texte pourrait être ouverte début mars. A moins que le gouvernement ne dégaine l'article 49-3 d'ici là.