France

Ndiaye «assume» les réformes provoquant des violences, ViGi l'invite à aller «en première ligne»

Au micro de BFMTV le 19 janvier, la porte-parole du gouvernement est revenue sur les polémiques autour des plus récentes affaires de violences illégitimes. Elle a notamment dit assumer que les réformes provoquent des violences. ViGi-Police ironise.

Face aux accusations de violences policières qui resurgissent après une nouvelle manifestation émaillée de heurts, la porte-parole du gouvernement a pris la parole ce 19 janvier.

«Il y a beaucoup de saisines, beaucoup d'enquêtes qui sont en cours actuellement, de transmissions au parquet qui ont été réalisées. C'est le cours de la justice française. Je refuse qu'on jette l'opprobre sur nos policiers, parce que ce sont des hommes et des femmes qui font un travail de très grande qualité», a tout d'abord plaidé Sibeth Ndiaye, interrogée par BFMTV.

«Depuis une grosse quinzaine d'années dans ce pays, à chaque fois qu'il y a un mouvement social, il y a une forme de radicalisation», a encore estimé la secrétaire d'Etat, ajoutant que «cela [devait] nous interroger collectivement», et évoquant «une frange extrêmement minoritaire [de] quelques dizaines, centaines ou milliers de militants qui sont aujourd'hui dans une opposition qui est extrêmement radicale».

Si provoquer de la violence, c'est faire les réformes pour lesquelles on a été élu, ça je l'assume

Interpellée sur les critiques, largement partagées par l'opposition, selon lesquelles le gouvernement aurait une part de responsabilité dans les tensions sociales, Sibeth Ndiaye s'est montrée catégorique : «C'est comme si on disait que nous organisons l'insurrection à l'intérieur du pays parce que nous faisons des réformes. On marche sur la tête !»

«Si provoquer de la violence, c'est faire les réformes pour lesquelles on a été élu, ça je l'assume», a ajouté la porte-parole.

Un syndicat l'invite à enfiler «une tenue de maintien de l'ordre»

Sur Twitter, le syndicat policier ViGi, a ironisé sur cette dernière sortie et a invité Sibeth Ndiaye à «assumer les conséquences» de «ses provocations» «au lieu des policiers» et de proposer, taquin : «On vous prête une tenue de maintien de l'ordre et on vous met en première ligne», avant de conclure, plus sérieusement : «Au lieu de les provoquer si vous cherchiez à les apaiser ?»

Dans cette même veine, les associations de police ont alerté à plusieurs reprises au fil de l'année 2019, notamment au mois de décembre 2019 lorsque des policiers recevaient à leurs adresses personnelles de lettres de menace signées ACAB (acronyme de «all cops are bastards»). 

Interrogé par RT France, Jean-Pierre Colombies, ancien commandant de police et porte-parole de l'association policière UPNI (Union des policiers nationaux indépendants) disait à cet égard : «Les policiers sont devenus le réceptacle et le catalyseur de violences qui sont en réalité adressées au gouvernement... et le message, c'est un rejet massif de cette politique ! Qu'en pensent les pauvres flicards qui n'ont rien demandé à personne ? Les dérives graves du préfet Lallement, qui aurait dû sauter sur sa sortie face à une Gilet jaune place d'Italie, et de Castaner, dont on ne compte même plus les erreurs, mènent à toujours plus de violences. Le résultat, c'est qu'on a radicalisé des gens qui ne portaient qu'une demande de justice sociale.»

Déjà le 11 janvier 2019, le Collectif autonome des policiers d'Ile-de-France proposait dans une publication Facebook : «Rien n'empêche les politiques guerriers à endosser les uniformes et se présenter à la tête des troupes qu'ils envoient sans vergogne se frotter aux excités de tout poil. Ça aurait de la gueule !»

Une enquête ouverte après l'acte 62

Ce 19 janvier également, le parquet de Paris a ouvert une nouvelle enquête après la diffusion de vidéos montrant un homme au visage ensanglanté se faire frapper au sol par un policier, lors de son interpellation en marge de l'acte 62 des Gilets jaunes à Paris.

Sur les images diffusées sur les réseaux sociaux, le manifestant est allongé au sol devant l'armurerie de la gare de l'Est, le visage ensanglanté, quand le policier, qui le maintient, lui assène au moins deux coups de poing.

Cette enquête et ces déclarations de Sibeth Ndiaye font suite au changement de ton du gouvernement face aux violences policières. Le 14 janvier, le président de la République a fait pression sur le ministère de l'Intérieur en réclamant des «propositions» rapides «pour améliorer la déontologie» des forces de l'ordre. Quelques jours auparavant, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avaient consacré une bonne partie de ses vœux à la police nationale au devoir «d'exemplarité» et à l'éthique.

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