France

Hommes blancs âgés : les étranges sous-entendus de l'AFP sur les candidats à la primaire démocrates

«Malgré une diversité record, deux septuagénaires blancs dominent la course» pour l'investiture démocrate, semble regretter l'AFP, notamment épinglée par Marianne pour ses évocations de l'âge, du genre et de la couleur de peau des candidats.

L'agence France presse (AFP) semble s'être livrée à une étude approfondie des programmes des candidats à l'investiture démocrate aux Etats-Unis : par le prisme du genre, de l'âge et de la couleur de peau, comme s'en est indigné l'hebdomadaire Le Point. L'AFP est reprise quotidiennement par la presse française abonnée à ses dépêches qui utilise parfois ses contenus sans les modifier. Son influence médiatique est donc considérable.

Le titre de la dépêche publiée le 28 avril par l'AFP annonce la couleur : «Malgré une diversité record, deux septuagénaires blancs dominent la course à la Maison Blanche». L'AFP regrette-t-elle le choix des Américains qui semble se dégager pour l'investiture démocrate ? Elle s'étonne en tout cas : «Avec l'annonce officielle de sa candidature [...] Joe Biden, a décisivement fait pencher la balance des sondages du côté de deux hommes blancs d'âge avancé. Joe Biden, 76 ans, et Bernie Sanders, 77 ans, règnent sur le camp démocrate, avec respectivement 29,3% et 23% des intentions de vote pour l'investiture du parti, selon une moyenne de sondages réalisée par le site RealClearPolitics.» Et de constater : «Loin derrière à la troisième place, la sénatrice Kamala Harris, qui ambitionne de devenir la première présidente noire des Etats-Unis, enregistre 8,3%.»

«Kamala Harris mène cependant un second groupe de candidats démocrates beaucoup plus mixte et cosmopolite, avec six femmes, trois Noirs, un candidat d'origine hispanique et un autre d'origine asiatique, la première candidate de confession hindouiste et d'origine samoane, ainsi que le premier candidat de premier plan vivant ouvertement son homosexualité», poursuit l'AFP, toujours sans aucune mention du programme des candidats en lice, réduits à leurs origines et leurs orientations sexuelles.

La première candidate de confession hindouiste et d'origine samoane, ainsi que le premier candidat de premier plan vivant ouvertement son homosexualité

Cherchant à expliquer l'avance dans les sondages des deux candidats démocrates plébiscités, l'agence de presse est bien obligée de reconnaître «Joe Biden et Bernie Sanders étaient les plus connus avant de se lancer dans la campagne.» Puis, citant une «experte au Centre d'études sur les femmes américaines en politique (CAWP)», l'AFP enfonce le clou : «La politique présidentielle a été dominée par des hommes et la masculinité au cours de toute notre histoire, non seulement en terme de qui occupe la fonction, mais aussi [...] des attentes que les électeurs ont de nos présidents.»

Le débat sur l'âge, le genre et la couleur de peau est bien réel aux Etats-Unis, notamment dans le cadre de cette course à la présidentielle qui se prépare et, tel que le rappelle Marianne, le candidat à l'investiture Bernie Sanders a déjà fait «l'objet de critiques régulières sur sa vision de la lutte contre le racisme», car il se distingue au sein de son propre parti «en prônant une ligne universaliste». Critiquant la ligne politique défendue par Hillary Clinton sur ces sujets, il avait récemment déclaré dans une interview au magazine GQ : «Il y a des personnes qui sont très favorables à la diversité mais dont les opinions finissent par n'être pas particulièrement sympathiques envers les travailleurs, qu'ils soient Blancs, Noirs ou Latinos.» Et de développer sa propre ligne : «Je crois que nous devons rassembler une coalition de personnes, des Noirs, des Blancs, des Latinos, des Asiatiques, des Amérindiens, autour d'un programme progressiste prêt à défier l'élite extraordinairement puissante de ce pays.»

Lire aussi : Une puissante association anti-raciste américaine accusée de racisme et harcèlement en interne