France

«Ne vous suicidez pas !» : ces slogans de Gilets jaunes qui peinent à attirer l'attention médiatique

L'affaire du fameux «Suicidez-vous !», scandé par certains manifestants lors de l'acte 23, occupe dorénavant une place de choix au sein des médias. Pourtant, ces propos ne sauraient résumer l'état d'esprit général du mouvement.

Singulièrement marqué par des heurts entre les manifestants et les forces de l'ordre, l'acte 23 des Gilets jaunes a largement été commenté et résumé par le prisme d'un épisode court et isolé, dans lequel des individus se mettaient à proclamer les mots «Suicidez-vous !» à l'adresse de la police.

L'injonction, terrible, n'est pas sans rappeler les slogans haineux des «Black blocs» et «Antifas», notamment lors des manifestations contre la loi Travail en 2016. Ces militants scandaient ainsi le slogan «Flic suicidé, à moitié pardonné» ou encore le fameux «Tout le monde déteste la police».

Pour autant, ce «Suicidez-vous», largement médiatisé cette fois-ci, a choqué l'opinion publique, laquelle apprend par ailleurs ce 22 avril que des tags anti-police ont été découverts sur les murs d'une gendarmerie du Finistère. La vidéo originale compte à ce jour plus de 700 000 vues, auxquelles s'ajoutent des images qui passent en boucle sur les chaînes d'information en continu, mais aussi une multitude d'articles en ligne revenant sur cette séquence.

Un tel buzz médiatique aurait-il pu biaiser la réalité, en offrant une place démesurément importante à cette vidéo, au détriment de messages plus fédérateurs vis-à-vis des forces de l'ordre ? Presque passés à la trappe, des propos largement moins haineux, bien au contraire, ont bel et bien été prononcés dans les cortèges, lors de cet acte 23. Et ils ont été relayés par bon nombre d'internautes.

«Rejoignez-nous, ne vous suicidez pas !», entend-on par exemple dans cette scène filmée sur la place de la République à Paris.

Vous êtes des pauvres en bleu, nous sommes des pauvres en jaune.

Un état de fait qu'a d'ailleurs relevé le scénariste Bruno Gaccio au micro de RT France, interrogé le 22 avril devant le commissariat du 12e arrondissement de Paris, dans le cadre de l'arrestation de Gaspard Glanz. «Ce matin, tout le monde est en boucle sur les radios et les télés pour dire les Gilets jaunes ont dit aux flics : "Suicidez-vous !". Dans la minute qui suit, il y a des gens qui ont des pancartes [...] qui hurlent : "Ne vous suicidez pas, rejoignez-nous ! Vous êtes des pauvres en bleu, nous sommes des pauvres en jaune"», a-t-il précisé.

«"Ne vous suicidez pas, rejoignez nous !" : ce slogan adressé aux policiers, entendu dans la manifestation du 20 avril, est resté inaudible pour les propagandistes macronisés de l'éditocratie», a de son côté déploré Henri Maler, fondateur de l'association de critique des médias Acrimed.

Parmi les images qui n'ont pas fait la une mais qui n'en demeurent pas moins disponibles dans plusieurs groupes Facebook de Gilets jaunes, certaines mettent en avant les pancartes de manifestants, appelant la police à rejoindre leurs rangs, ou encore les messages de Gilets jaunes publiés ces dernières semaines sur les réseaux sociaux en soutien aux familles des policiers suicidés.

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Dans une autre vidéo tournée à Lyon et postée cette fois sur YouTube au lendemain de l'acte 23 de la mobilisation, on peut également entendre le slogan «Rejoignez-nous, ne vous suicidez pas !», scandé par des manifestants vêtus de jaune (à partir d'une minute et 52 secondes).

La faible médiatisation de ces slogans n'a pas manqué d'indigner. Certains internautes ont d’ailleurs sollicité à ce sujet la plateforme de fact-checking CheckNews de Libération. Celle-ci évoque des vidéos confirmant qu'un tel discours a bien été tenu par des Gilets jaunes lors de l'acte 23. Commentant une scène filmée à Rouen, un internaute explique par exemple : «Une nouvelle fois on [...] entend : "Ne vous suicidez pas, rejoignez-nous !".»

En diffusant des images capturées à Paris, une journaliste de 20 Minutes décrit quant à elle le discours de «Guilhem, 49 ans, pasteur qui harangue les CRS». «Vous suicidez pas, rejoignez-nous ! Il va faire chaud en juin sous vos casques noirs !», lance-t-il aux forces de l'ordre, selon des propos rapportés par la journaliste.

L'épisode intervient un peu plus de deux mois après l'affaire Finkielkraut, insulté par des individus en marge de l'acte 14 des Gilets jaunes : un incident qui avait alors rapidement servi de matière aux détracteurs des Gilets jaunes.

Des manifestants «qui s'essoufflent», un mouvement qui «faiblit», des actes qui «peinent à rassembler» : malgré le peu d'entrain médiatique concernant son avenir, la mobilisation perdure depuis maintenant plus de cinq mois, tant à travers les actes répétés du samedi, qu'avec le retour d'actions locales organisées en périphérie des grandes agglomérations.

Fabien Rives

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