France

«Irresponsable et court-termiste» : la droite révoltée par l’accueil de migrants de L'Aquarius

Elus et responsables des Républicains, du Rassemblent national et de Debout La France n'ont pas eu de mots assez durs pour fustiger la décision de l'Elysée d’accueillir une partie des migrants secourus en Méditerranée par le navire Aquarius.

Le fameux navire Aquarius de l'ONG SOS Méditerranée, qui errait en mer à la recherche d'un port, a été autorisé à accoster à Malte avec 141 migrants à son bord, qui seront ensuite répartis entre cinq autres pays de l'Union européenne. Parmi ces derniers : la France, qui a déclaré qu'elle recevrait 60 de ces migrants.  

«Je remercie Malte pour son geste humanitaire et l’assure de la totale solidarité de la France. Il n’y a pas d’alternative à la coopération», a tweeté à ce sujet le président de la République française, Emmanuel Macron, le 14 août.

Cette décision, sur une question on ne peut plus clivante au sein de la classe politique française, a suscité des réactions aussi vigoureuses que divergentes.

Exaltation des valeurs de solidarité du côté de la majorité

Ministres et responsables politiques de la majorité présidentielle, sans surprise, se sont félicités de la décision française d’accueillir une partie des migrants transportés par l'Aquarius, y voyant une confirmation du respect par la République française des valeurs humanistes.   

Ainsi, Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée des Affaires européennes, a ainsi loué la «solution coopérative» trouvée par Malte et les «progressistes européens».

De même, Christophe Castaner, secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé des Relations avec le Parlement, a opposé à «la démagogie à la sauce Salvini» (du nom du ministre italien de l'Intérieur, anti-immigration) à «l'action [...] voulue par la France, dans laquelle l'Europe assume son rôle et [Paris] sa solidarité».

Sonia Krimi, députée de La République en marche (LREM) qui s'était abstenue de voter la loi Asile et immigration pourtant portée par son camp politique, a salué le rôle d'Emmanuel Macron et de la France, qui a refusé de «laisser perdurer une errance faisant le pain bénit des extrêmes».

Cet élan de solidarité française vanté par la majorité présidentielle n'a toutefois pas trouvé grâce aux yeux de tous les élus de l'opposition de gauche : Esther Benbassa, sénatrice Europe Ecologie Les Verts (EELV) de Paris, a ainsi déploré «des solutions au coup par coup», espérant plutôt «une politique d'accueil systématique et concertée».

Droite et Rassemblement national vent debout contre l’accueil des migrants

Mais c'est surtout à droite que la décision de l'exécutif d’accueillir une partie des migrants secourus en mer par l'Aquarius a suscité une levée de boucliers.

Chez Les Républicains (LR), le député Eric Ciotti a jugé que seule une politique européenne ferme en la matière serait «gage d'humanité», le choix d'ouverture des Européens faisant selon lui une nouvelle fois «le jeu des passeurs».

Nadine Morano, eurodéputée du même parti, a jugé que la France avait envoyé un «message reçu 5/5 en Afrique pour continuer l’immigration illégale vers l’Europe».

Président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan a, lui, fait valoir l'impopularité, aux yeux de l’opinion publique, de l'ouverture des portes de l'Hexagone à de nouveaux migrants. Il a aussi fustigé une politique «irresponsable et court-termiste». Fin juin en effet, quand les dirigeants européens étaient confrontés au même problème, un sondage Atlantico- Ifop révélait que 67% des Français pensaient que l’Aquarius (qui transportait alors aussi des migrants secourus en mer) ne devait pas être accueilli par la France.

Enfin, du côté du Rassemblement national (RN), le maire de Fréjus David Rachline a vitupéré le «en même temps» macronien, dans l'affaire de l'Aquarius : «Malte accueille l'Aquarius, et la France recevra près de la moitié des migrants». Deux jours plus tôt, avant la décision du gouvernement français, la présidente du RN Marine Le Pen avait déclaré : «L’Etat doit enfin envoyer le signal de fermeté qui s’impose et fermer nos ports à ces navires de migrants.»

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