France

Affaire Lafarge : deux ONG demandent un procès pour «complicité de crimes contre l'humanité»

Le groupe cimentier Lafarge pourrait se voir poursuivi en justice pour complicité de crimes contre l'humanité pour ses liens supposés avec Daesh. Les deux ONG, ECCHR et Sherpa, ont transmis une note aux magistrats.

Deux ONG ayant porté plainte contre le cimentier Lafarge, accusé d'avoir financé des groupes armés en Syrie dont Daesh, ont demandé aux juges de mettre en examen la multinationale pour «complicité de crimes contre l'humanité», a appris l'AFP le 15 mai auprès de ces associations.

Dans une note transmise récemment aux magistrats, les associations Sherpa et le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l'Homme (ECCHR) considèrent que Lafarge se serait rendu coupable de «complicité de crimes contre l'humanité» en finançant Daesh pour pouvoir maintenir l'activité de son usine syrienne de Jalabiya (nord), au mépris des menaces sur la sécurité des employés locaux.

«A ce stade de l'information judiciaire», selon un communiqué commun des associations, la mise en examen du cimentier pour ce chef de poursuite est «inéluctable». Pour l'heure, huit anciens cadres ou dirigeants du groupe ont été mis en examen dans ce dossier, dont l’ex-PDG Bruno Lafont pour «financement d'une entreprise terroriste».

Les entreprises ont les moyens d’alimenter des conflits en collaborant avec des groupes armés qui se rendent coupables de crimes de guerre

«Les entreprises ont les moyens d’alimenter des conflits armés en collaborant avec des régimes ou des groupes armés qui se rendent coupables de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. La lutte contre l’impunité des multinationales devra passer par la mise en cause de leur responsabilité», a déclaré Sandra Cossart, directrice de Sherpa dans le communiqué. 

Enlèvements de salariés, exactions contre les populations civiles, crimes ciblés sur les minorités yézidies ou chrétiennes : pour les associations, le groupe et ses dirigeants ne pouvaient ignorer qu'ils «contribuaient» financièrement aux crimes contre l'humanité imputés à Daesh «dans la région de l'usine (entre 2012 et 2015) mais aussi dans le reste du monde», selon le communiqué. 

Taxes de circulation, achats de matières premières, vente de ciment à Daesh : l'enquête avance

Ce financement «à hauteur de plusieurs millions d'euros», facilité par des intermédiaires, a pris la forme, d'après les investigations, de paiements de «taxes» pour permettre la circulation des marchandises et des salariés et d'achats de matières premières, dont du pétrole, à des fournisseurs proches de Daesh. A ces canaux de financement, s'ajoute selon les associations, une «nouvelle source cruciale» : la «vente directe de ciment» au groupe djihadiste. 

«Si elle était confirmée, elle devrait être considérée comme un acte supplémentaire de complicité des crimes contre l'humanité commis par Daesh, ayant favorisé la construction de routes, galeries et bunkers, lieux de tortures et commissions des crimes», a déclaré à l'AFP Marie-Laure Guislain, responsable du contentieux au sein de Sherpa.

Les deux associations, avec 11 anciens salariés, avaient été les premières à lancer une plainte pour «financement du terrorisme» contre Lafarge, qui a fusionné avec le Suisse Holcim en 2015, en visant aussi la «complicité de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre».

Si le parquet de Paris avait écarté ces deux qualifications à l'ouverture de l'instruction en juin 2017, les juges estiment que ces faits ont «vocation à être instruits», selon une ordonnance du 18 avril dont a eu connaissance l'AFP.

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