France

Agitation à l'Assemblée: différence de traitement entre une députée LFI et Gérard Collomb

Prise à partie par des huées et empêchée par le président de l'Assemblée de conclure sa question, la députée Clémentine Autain a quitté l'hémicycle avec le groupe LFI. Dans le brouhaha, Gérard Collomb a pu, quant à lui, répondre sans être coupé.

«On m'a surnommé dans un journal "le serial coupeur" et je suis prêt à assumer pleinement ce rôle», a expliqué le 11 avril le président de l'Assemblée nationale François de Rugy. Il justifie là un acte polémique : couper la parole à la députée de La France insoumise (LFI), Clémentine Autain, opposante au gouvernement. Lors des questions au gouvernement, François de Rugy de La République en marche (LREM) estime en effet que chaque intervention doit durer, au maximum, «deux minutes».

Alors que Clémentine Autain en était à deux minutes et 15 secondes d'intervention – au sujet de l'action des forces de l'ordre envers les zadistes de Notre-Dames-des-Landes et les manifestants dans les universités – François de Rugy n'a pas laissé le temps à l'élue LFI de conclure.

Une décision très mal perçue par le groupe des Insoumis, d'autant plus que Clémentine Autain s'est vu interrompue dans son argumentation par les cris et protestations de nombreux parlementaires de La République en marche. Elle avait notamment déploré «la fuite en avant autoritaire [du gouvernement] particulièrement dangereuse dans notre démocratie», reprochant «la matraque qui est levée» contre les zadistes de Notre-Dame-des-Landes et les étudiants sur les campus universitaires. «Votre prétendu nouveau monde n'est qu'un régime bien ancien», a ajouté Clémentine Autain lors de la fin prématurée de son discours.

Le micro coupé par François de Rugy (LREM), celui-ci demande alors à Gérard Collomb de répondre à la non-question de Clémentin Autain : «Le temps de parole de madame la députée est le même pour tout le monde, il est de deux minutes, ainsi que pour monsieur le ministre qui, j'en suis sûr, le respectera.»

Clémentine Autain se fait couper au bout de 2 minutes 15 secondes, alors que Gérard Collomb a eu droit à plus de 3 minutes

L'ensemble des élus LFI ont alors quitté leurs bancs pour se diriger vers le bas de l'hémicycle, dans le plus grand désordre. Les huissiers se lèvent pour bloquer une éventuelle incursion des Insoumis auprès des bancs du gouvernement, craignant visiblement que les députés LFI s'en prennent physiquement à Gérard Collomb. Un cordon de sécurité qui a attisé la colère – déjà bien présente – des Insoumis, massés au pied du perchoir. Dans leur sortie de l'hémicycle, ils ont été rejoints par les députés communistes.

Après une intervention de trois minutes et deux secondes, dans une agitation presque générale, Gérard Collomb a pu, quant à lui, assister à une standing ovation de la part des députés LREM. Durant sa réponse, Gérard Collomb a notamment lancé : «Le sens de la démocratie s'exprime encore aujourd'hui dans notre Assemblée.» Ciblant les Insoumis, Gérard Collomb a ajouté : «C'est ici que l'on débat et l'on n'envoie pas dans les facultés et à Notre-Dame-des-Landes un certain nombre de gens inconséquents.»

«Il y a là une forme d'irresponsabilité que nous devons dénoncer, quelles que soient nos tendances par rapport à l'opinion publique», a-t-il martelé. «S'il n'y a pas la loi et l'ordre, il n'y a pas de pays qui tienne [et] l'opinion publique est massivement derrière nous pour une volonté de dialogue», a également clamé Gérard Collomb.

Dans une ambiance agitée, François de Rugy a repris la parole et rappelé l'égalité de traitement qu'il se donnait pour exigence...

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