France

Tweet sur le «martyr» de Marseille : la collaboratrice de La Courneuve sera réintégrée et indemnisée

La justice a tranché. Sonia Nour, la collaboratrice du maire de La Courneuve, épinglée pour un tweet dans lequel elle qualifiait de «martyr» l'assaillant de la gare de Marseille, sera réintégrée dans ses fonctions et indemnisée.

Le 6 novembre, le tribunal administratif de Montreuil a ordonné la réintégration de Sonia Nour, la collaboratrice du maire communiste de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), suspendue après un tweet dans lequel elle avait qualifié l'auteur de l'attaque de Marseille de «martyr» et relativisé les actes de terrorisme.

Le juge des référés a considéré qu'en raison de l’absence de poursuites disciplinaires ou pénales engagées à l’encontre de la fonctionnaire à la date de sa suspension, il existait «un doute sérieux sur la légalité de la décision».

La justice a donc suspendu «l’exécution de cette décision de suspension, jusqu'à ce que le tribunal statue sur le fond de l’affaire» et demandé que la collaboratrice du maire, Sonia Nour, soit réintégrée dans ses fonctions. 

Sollicité par l'AFP, le maire de La Courneuve, Gilles Poux, n'a pas souhaité commenter cette décision.

Selon une information de l'hebdomadaire Valeurs actuelles, la mairie a par ailleurs été condamnée à verser une indemnisation de 1 000 euros à sa collaboratrice.

«On l'entend moins votre grande gueule»

Le 2 octobre, au lendemain de l'attaque au couteau revendiquée par Daesh, dans laquelle deux cousines de 20 ans avaient perdu la vie à la gare Saint-Charles à Marseille, sa collaboratrice avait écrit sur Twitter : «Quand un martyr égorge une femme et poignarde une autre, là ça fait du bruit. Terrorisme, du sang, civilisation blablabla...» Et d'ajouter : «Par contre que le terrorisme patriarcal nous tue tous les deux jours, on l'entend moins votre grande gueule.» 

Sonia Nour avait ensuite affirmé sur sa page Facebook avoir voulu dénoncer la différence de traitement entre les violences faites aux femmes et les actes de terrorisme : «En France, nous avons l'équivalent d'un Bataclan chaque année pour les femmes [...] En quoi le crime dit "islamiste" serait plus atroce que le crime de femmes par leur conjoint ou ex...?»

Une attaque de «l'extrême-droite», selon l'intéressée

Dans les commentaires de soutien sur cette même page, elle avait ensuite expliqué : «Je suis choquée. Je ne pensais pas qu'un maire communiste se servirait du déchaînement de l'extrême droite pour me suspendre sans solde et m'emmener en conseil de discipline pour apologie de terrorisme comme le souhaite l'extrême droite. Pour info je suis enceinte de près de 6 mois...», a-t-elle poursuivi dans le fil de commentaires où de nombreux internautes lui ont apporté leur soutien. 

Le maire communiste de La Courneuve auquel il serait difficile de prêter des sympathie d'«extrême-droite» avait quant à lui réagi très vivement : «Ces propos qui minimisent et banalisent des actes de terrorisme d'une sauvagerie inouïe ne méritent que la condamnation», ajoutant avoir «décidé sans attendre de lancer une mesure disciplinaire accompagnée d'une suspension à effet immédiat à l'encontre de Madame Sonia Nour, en attendant que l'instruction administrative aboutisse».

Une pétition pour la mise en examen de Sonia Nour

Une pétition a été mise en ligne le 3 octobre sur le site MesOpinions.fr, «pour que Sonia Nour soit inculpée d'apologie du terrorisme» et a déjà recueilli près de 18 000 signatures.

«Tandis que deux jeunes femmes viennent d'être assassinées lâchement, tandis que s'ouvre le procès Merah, tandis que l'Europe et la France comptent leurs morts, leurs blessés, leurs familles endeuillées, une employée de mairie de la Courneuve fait l'apologie du terrorisme et appelle ça du féminisme bafouant le combat des femmes», peut-on lire dans le texte de la pétition. 

Lire aussi : Une collaboratrice municipale suspendue après avoir qualifié le terroriste de Marseille de «martyr»