France

Mélenchon, Ciotti, Le Pen... Après l'ouragan Irma, les critiques contre le gouvernement fusent

Divers responsables politiques ont élevé la voix contre la gestion des ouragans dans les Antilles par l'exécutif. Jean-Luc Mélenchon et Eric Ciotti ont réclamé une commission d'enquête parlementaire. Le gouvernement se défend de toute impréparation.

Après le déferlement de l'ouragan Irma dans la nuit du 7 au 8 septembre sur les Antilles françaises, dix personnes sont mortes et sept sont portées disparues dans les îles françaises de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, selon un dernier bilan provisoire. La colère monte au sein de l'opposition, dont certaines figures, de différents bords politiques, accusent le gouvernement d'avoir mal géré cette catastrophe.

Ciotti et Mélenchon demandent l'ouverture d'une enquête parlementaire

Ainsi, le député Les Républicains (LR) des Alpes-Maritimes Eric Ciotti a dénoncé le 10 septembre «une défaillance de l'Etat» à ce suget, réclamant une commission d'enquête parlementaire.

«Très clairement, je crois qu'il y a une défaillance de l'Etat à Saint-Martin et Saint-Barthélemy», a martelé le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes au «Grand Jury» LCI/RTL/Le Figaro, pointant notamment un «défaut d'anticipation». «On aurait du mieux prépositionner des forces, des unités de sécurité civile pour protéger les populations», a ajouté Eric Ciotti, se disant «extrêmement choqué par les images de pillage».

«Il n'y a pas suffisamment de moyens de protection», a-t-il encore noté, quand bien même la situation était «inédite».

Des critiques auxquelles le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, a vigoureusement réagi sur son compte Twitter : «Instrumentaliser la souffrance, un attentat ou une catastrophe naturelle... Eric Ciotti est constant. J'ai confiance dans nos forces de sécurité», a-t-il déclaré. 

Eric Ciotti a rétorqué à l'antenne qu'il n'avait pas, bien entendu, mis en cause les forces de sécurité françaises, mais posé la question de la capacité de l'Etat à anticiper.

La veille, un autre membre de LR, l'ex-président du conseil représentatif des Français d'outre-mer, Patrick Karam, avait similairement condamné des «défaillances du gouvernement».

De l'autre côté du spectre politique, le leader de La France insoumise (FI) Jean-Luc Mélenchon, invité de l'émission «Dimanche en politique» sur France 3 le 10 septembre, a lui aussi demandé l'ouverture d'une enquête parlementaire, pour savoir si l'on avait prépositionné des forces militaires et civiles en nombre suffisant, à l'approche de l'ouragan.

Marine Le Pen dénonce l'incapacité du gouvernement à anticiper la crise

Le 9 septembre, la présidente du Front national (FN) Marine Le Pen avait tenu à apporter son «soutien total aux compatriotes antillais» qui subissaient la violence l'ouragan Irma, mais aussi «le chaos, les pillages et la dévastation» commis par «des bandes criminelles» Selon elle, «rien n'a été prévu ni anticipé» du côté du gouvernement en ce qui concerne cette double crise sécuritaire.

Pour la dirigeante frontiste, les moyens militaires et les secours déployés dans le cadre de ce désastre étaient insuffisants et ne permettaient pas la réponse «d'une grande et puissante nation comme la France».

Le gouvernement dément toute impréparation... mais provoque de nouvelles réactions

Interrogé le 10 septembre lors du Grand Rendez-vous Europe1/Les Echos/CNews, Christophe Castaner, a soutenu que le gouvernement était au courant depuis quelques jours que le risque était extrêmement élevé. «Nous avions mis des militaires, des services de soins, de santé en mobilisation en Guadeloupe, parce qu'il aurait été inopportun de les localiser sur le site à risque», a-t-il fait valoir.

«Plus de 1 000 personnes sont immédiatement intervenues sur site», a encore souligné le porte-parole, vantant aussi «un service de sécurité civile en France d'un niveau exceptionnel».

Le soir du 9 septembre, le président Emmanuel Macron avait quant à lui annoncé le doublement des effectifs militaires et de police pour «renforcer rapidement la sécurité des sinistrés», dans un message diffusé sur Twitter.

«Pourquoi toutes ces mesures n'ont-elles pas été prises avant ?», a rétorqué le 10 septembre le député FN Gilbert Collard sur BFMTV, considérant que le gouvernement avait eu «à peu près cinq jours» pour se préparer avant l'arrivée de l'ouragan sur les îles françaises.

Une autre annonce du gouvernement n'a pas réussi à convaincre toute la classe politique : l’acheminement de 240 gendarmes mobiles, 30 hommes du GIGN et 15 du GIPN dans les îles ravagées, en plus des 410 gendarmes et 80 policiers déjà sur place.

«On me dit qu'il y a 410 gendarmes déjà sur place, ça n'est pas ce que constate la population», a rebondi l'ancien ministre des Outre-mer, le socialiste Victorin Lurel, le 10 septembre depuis Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), tout en reconnaissant qu'il ne s'agissait que de «ressentis».

L'ancien président de la région Guadeloupe, tout en concédant que l'Etat avait désormais «pris conscience des choses», a toutefois exhorté les pouvoirs publics à «faire davantage, mieux et autrement». 

Face à toutes ces critiques formulées contre l'exécutif, les autorités ont fait savoir, en fin d'après-midi du 10 septembre, que le président Emmanuel Macron se rendrait à Saint-Martin le soir du 11 septembre.

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